L'ours polaire

L'ours polaire

Marion Mitchell Morrison, alias John Wayne...

J'ai eu dernièrement l'occasion de voir sur Arte un fort intéressant reportage consacré à l'acteur John Wayne en tant que symbole d'une certaine idée des États-Unis. Ce reportage dévoilait aussi des aspects méconnus du personnage.

 

Premiers pas

Ce n'est pas dans les plaines du Far West qu'est né John Wayne. Marion Robert Morrison est en effet né dans une pauvre ferme de Winterset (Iowa), en plein Middle West le 26 mai 1907. Quand son frère cadet naîtra, ce dernier sera prénommé Robert et Marion y perdra son second prénom, devenant Marion Mitchell Morrison

Ce changement recouvre bien des choses : le frère cadet de Marion était le préféré de sa mère qui rejetait le futur « John Wayne ». Ce dernier ne trouvait affection et consolation qu'auprès de son père. Souvent, son père et sa mère se disputait et cette dernière avait trop fréquemment le dernier mot Il détestait en plus son prénom de « Marion » qui lui valait beaucoup de quolibets et de bagarres.

La famille de Marion descendait de colons irlandais qui émigrèrent aux États-Unis en 1782. Son père, Clyde Leonard Morrison (1884-1937) était le fils de Marion Mitchell Morrison (1845-1915), vétéran des armées de l'Union lors de la Guerre de Sécession. Sa mère, Mary Alberta Brown (1885-1970) était originaire du Nebraska.

La famille Morrison déménagea en 1910 pour la Californie et se fixa en 1911 à Glendale où son père devint pharmacien. Le lieu était désertique et infesté de serpents à sonnettes. Le jeune Marion y développera une aversion pour les serpents qui peupleront ses cauchemars jusqu'à sa mort.

Quand il se rendait à l'école, il passait devant la caserne des sapeurs pompiers accompagné de son chien, un énorme Airedale nommé Duke. L'un des soldats du feu le surnomma « Little Duke » et il fut bientôt désigné ainsi. On laissa ensuite tomber le « little » et il devint « Duke », un surnom qu'il préférait de loin à son prénom et qu'il gardera toute sa vie.

A l'adolescence, il travailla durant ses congés scolaires dans une boutique d'ice cream pour le compte d'un homme qui ferrait les chevaux des studios d'Hollywood. Il faisait parti de l'équipe de football américain de son école. Il entra ensuite à l'Université de Californie du Sud après avoir en vain tenté d'entrer à l'académie navale. La mer le fascinait en effet bien plus que les plaines, les montagnes et les déserts du Far West et il aimait plus les bateaux que les chevaux !

« Duke » rêvait de devenir avocat et jouait dans l'équipe de football américain de son université avec son mètre quatre-vingt treize. Son destin bascula quand il se blessa en faisant du surf. Il se trouva contraint d'abandonner le football américain, perdit du même coup sa bourse et fut forcé de renoncer à l'université et à sa carrière d'avocat.

 

Premiers pas au cinéma

Il se mit à survivre en exerçant des petits boulots. Contre des tickets pour un match de football américain, la grande vedette des Westerns du muet Tom Mix lui trouva un job d'été dans le magasin des accessoires de la Columbia. Il jouera alors des rôles de figurant dans de petits films en tant que joueur de football américain et gagnait 75$ par semaine. Il posera alors les bases d'une amitié durable avec l'homme qui lui fournissait la plupart de ces rôles : John Ford. Ce dernier avait en effet remarqué cet homme grand et imposant, mais qui se déplaçait avec délicatesse.

Raoul Walsh remarque lui aussi le futur John Wayne et l'engage en 1930 dans le rôle principal de son film « The Big Trail (La piste des Géants) », celui de l'éclaireur d'un convoi de chariot dans l'Ouest Sauvage.

 

 

Mais Marion n'avait pas de nom d'acteur. Walsh organisa une réunion en l'absence du principal intéressé. Walsh proposa celui d'Anthony Wayne d'après le nom d'un général de la Guerre d'Indépendance Américaine, mais il fut rejeté comme sonnant trop italien. Walsh proposa alors « John Wayne ». Tout le monde s'écria "Tope là". Marion Mitchell Morrison ne fut mis au courant de son nouveau nom que le lendemain. Dans le même temps, son salaire passa à 105$ par semaine.

Ce film (La Piste des Géants) fut la première grosse production du parlant à être tourné en extérieur. Il coûta la somme astronomique, pour l'époque de deux millions de dollars, utilisa des centaines de figurants et les espaces encore largement désertiques du sud ouest américain. Il sera tourné en deux versions : une utilisant une caméra 35mm classique et une autre utilisant une caméra de 70 mm alors expérimentale afin de tirer le meilleur parti des grands espaces. Ceux qui virent le film dans ce format furent enthousiasmés. Le problème était que très peu de cinéma pouvaient alors faire des projections dans ce format et que du coup le film fut considéré comme un énorme flop !

 

Cet échec faillit marquer la fin de la carrière de John Wayne qui se trouva relégué dans de petits rôles : cadavre en 1931 dans « The deceiver », et surtout acteur dans de nombreux westerns à petits budgets dont la qualité variaient entre l'honnête série B et le pathétique ! Dans « Riders of destiny (Les Cavaliers du destin) », on l'entend même chanter… Enfin, je veux dire que sa voix est doublée dans un genre de production alors fort à la mode : les «westerns avec cow-boys chantant »…

 

 

Tournant parfois deux films en même temps et travaillant souvent dix huit heures par jour, Marion y mettra au point le personnage qui lui apportera par la suite la gloire, travaillant sa démarche, sa façon de parler et de regarder. Il fera durant cette période la rencontre du cascadeur équestre Yakima Canutt avec lequel il se liera d'amitié. Canutt lui enseignera de nombreux « trucs » et l'aidera à perfectionner ses talents équestres qui n'étaient juste alors que passable !       

Bien des années plus tard, il fera en tant que cavalier l'admiration des figurants Navajos de l'un de ses films avec John Ford.

Depuis 1924, il fréquentait la fille d'un riche homme d'affaire panaméen, Joséphine Alicia Saenz (1908-2003). Les parents de cette dernière voyaient d'un mauvais œil la possible union des deux tourtereaux, John Wayne étant un chrétien Presbytérien alors qu'eux étaient de fervents catholiques, mais le mariage fut célébré en 1933.

De cette union naîtront le futur producteur Michael Wayne (1934-2003), Mary Antonia Wayne (1936-2000), Patrick Wayne (1939-) et Melinda Wayne (1940-).

 

Ce mariage capotera au bout de quelques années seulement : Wayne restait longtemps absents sur des tournages et était presque constamment entouré par des gens du monde du cinéma. Il se plaignait aussi en disant que pour embrasser sa femme il devait « demander l'autorisation du Vatican »! Le couple était aussi en désaccord au sujet de l'éducation à donner à leurs enfants. Ils se sépareront en 1943 et divorceront en 1945.

 

 

Vedette


En 1939, John Ford décide de lui donner le rôle principal de son nouveau film « Stagecoach (La chevauchée fantastique) ». Dès la première apparition de Cisco Kid devant la diligence, on sait que l'on a affaire à l'acte de naissance de John Wayne qui crève réellement l'écran. Le film aura un énorme succès, deviendra un classique et assure son passage au vedettariat après dix ans de purgatoire dans les séries B.

 

 

John Ford deviendra pour lui un mentor le considérera un peu comme son fils, le faisant apparaître dans une vingtaine de ses films. Les noms de deux hommes sont indissociables l'un de l'autre.

Il tourne son premier film couleur, « Shepherd of the hills (Le retour du proscrit) », en 1941 avec son ami Harry Carey, puis apparaît l'année suivante dans le seul film qu'il tournera avec Cecil B. De Mille, « Reap the wild wind (Les naufrageurs des Mers du Sud) ». Ce sera aussi l'une des rares fois où il jouera un personnage qui a un sens des valeurs quelque peu ambigu.

 

 

Maudits Japs!

 

 

C'est alors qu'il accédait aux plus hautes marches que le destin lui joua un sale tour : le 7 décembre 1941 les japonais attaquèrent sans déclaration de guerre préalable la flotte américaine à Pearl Harbour.

L'indignation populaire fut immense aux Etats-Unis et tout Hollywood, vedettes en tête, entra en guerre : John Ford, Tyrone Power, James Stewart… et bien d'autres encore.

John Wayne n'apprit la nouvelle qu'avec un jour de retard : il était ivre mort « quelque part » au Mexique. Notre homme adorait en effet la tequila dont il pouvait boire d'énormes quantités avant de céder à l'ivresse et les petites latinos.

 

John Wayne fit un autre choix que ses pairs : rester à Hollywood. Il avait en effet mis plus de dix ans pour arriver au sommet et craignait en s'enrôlant dans les forces armées américaines de perdre son statut tout neuf et de se retrouver cantonné pour le restant de sa carrière à de petits rôles dans des films miteux ! Il ne fera que repousser son intégration dans les forces armées, bien que ses amis et relations l'incitaient à s'engager pour la durée du conflit dans la Marine, l'armée de terre, les services secrets (OSS) ou même dans l'unité cinématographique commandée par l'Amiral John Ford! Ce dernier sera fort irrité par les atermoiements continuels de Wayne . Les deux hommes seront brouillés pendant plusieurs années.

 

John Wayne lui-même en souffrira. Il participera un jour à une tournée d'acteurs hollywoodiens dans le Pacifique pour soutenir moralement les Marines qui combattaient. Les Gi's le recevront avec enthousiasme, tout comme les autres acteurs, mais un soldat le prendra à parti en lui reprochant violemment de ne s'être pas engagé. Cela déclenchera une bagarre générale parmi les soldats tandis que John Wayne partait piteusement.

Cet événement à très probablement beaucoup joué dans sa volonté d'incarner ensuite « les qualités fondamentales de l'américain» (selon lui) : le patriotisme, la loyauté, le sens de l'honneur, l'abnégation et l'esprit de sacrifice…

D'un autre côté, l'absence des autres « pointures » d'Hollywood allait lui permettre d'occuper le terrain laissé vierge par les autres et d'imposer son image d'américain solide et patriote. Ironiquement, le Corps des Marines diffuse encore aujourd'hui à chaque contingent de recrues le film « Sands of iwo Jima (Iwo Jima) » qui date de 1949. Le sergent qu'interprète dedans John Wayne y est présenté comme l'incarnation du parfait Marine ! Il est de fait que si l'on prend ce film comme argent comptant, John Wayne a vaincu à lui seul le Japon !

 

 

Chose amusante, en cette même année 1949 John Wayne refusa le rôle principal dans le film « All the King's men (Les fous du Roi), considérant que le script, qui parlait de corruption et de politique, était « antiaméricain » dans beaucoup de ses aspects. L'acteur Broderick Crawford qui prendra le rôle en sera récompensé par l'Oscar du meilleur premier rôle masculin, devant… John Wayne dans « Sands of Iwo Jima » !

Il retrouve par contre John Ford avec lequel il se réconcilie. En tout, il jouera dans plus de vingt films de ce dernier dont "Fort Apache" (Le massacre de Fort Apache) en 1948, un western qui marque une inflexion dans le traitement des indiens dans les films de John Ford. D'ennemis irréductibles et impersonnels, ils deviennent des personnages victimes de tromperie.

 

 

Suit  «She wore a yellow ribbon (La charge héroïque) » l'année suivante,  « The quiet man (L'homme tranquille) » dans lequel il interpréte un boxeur qui se retire dans son Irlande natale, le superbe « The Searchers (La prisonnière du désert) » où il trouve sans doute son meilleur rôle, celui d'Ethan Edwards, un vétéran de la Guerre de Sécession au passé trouble, hanté par le racisme et la volonté de vengeance1  en 1956

 

 

Viennent ensuite« The wings of Eagles (L'aigle vole au soleil) »  en 1957 et surtout l'excellent  « The man who shot Liberty Valance (L'homme qui tua Liberty Valance) » en 1957.

 

 

Toutefois, c'est avec William Wellman qu'il aura l'un de ses rôles les plus populaires dans « The high and the might (Ecrit dans le ciel) » (clip)  en 1950.

 

 

En 1941, il fera la connaissance de l'actrice mexicaine Esperanza Baur Diaz (1924-1955) alors que son premier mariage commençait à battre de l'aile. Ayant divorcé, Wayne l'épousera en 1946. Ce ne sera pas une union heureuse! L'Esperanza était exaspérée par l'importance que John Wayne donnait à son travail et était jalouse des quatre enfants qu'il avait eu précédemment.

 

 

Il y eu des accusations mutuelles d'infidélité, de violence en état d'ivresse, de cruauté mentale et de bris de vaisselles! Elle l'accusera d'avoir une liaison avec l'actrice Gail Russel, sa partenaire dans « Angel and the badman (L'ange et le mauvais garçon) » en 1947.

Wayne dira d'elle qu'elle était une ivrogne qui l'accusait de l'avoir poussée quand elle tombait. Un soir où il rentrait d'une fête promotionnelle dans les studios avec beaucoup de retard, elle lui tirera dessus avec un pistolet. Par chance pour Wayne, elle était complétement saoule et le manqua! Ils se sépareront en 1952 et divorceront en 1954.

 

 

La croisade anticommuniste et pour la défense des valeurs américaines

 

C'est à cette époque qu'il se lancera dans la politique. Toujours dominé par le remord de ne s'être pas engagé dans l'armée lors de la Seconde Guerre Mondiale, il voudra en effet devenir tant dans la vie qu'à l'écran l'incarnation de l'américain idéal tel qu'il l'imaginait. Il se voudra défenseur de ce dernier et de ses valeurs, et pour cela, il devra se trouver des ennemis. Le Japon et l'Allemagne étant défaits, c'est tout naturellement qu'il rejoindra les rangs des Républicains et des anticommunistes les plus virulents. Lui qui avait été socialiste durant sa jeunesse et avait voté en 1936 pour le démocrate Roosevelt. Lui qui clamait son admiration pour son successeur Harry Truman.

Et comme je l'ai déjà mentionné, il ne se contenta pas de faire de la figuration, mais sera l'un des portes paroles les plus influents pour l'aile la plus conservatrice des Républicains jusqu'à sa mort.

Dès février 1944, il prendra part à la création de la « Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals » dont le nom est explicite, même en anglais! Il sera élu Président de cette dernière en 1947 et multipliera les déclarations en faveur du «House Un-American Activities Committee », la fameuse commission dirigée par le fanatique Sénateur McCarthy. Il allait même voir les suspects d'activités « antiaméricanismes » pour les persuader de parler devant la Commission et de dénoncer leurs complices!Pour montrer son soutien à l'anticommunisme, il acceptera de jouer dans le film « Big Jim McLain », un pur film de propagande...

 

 

Staline, qui adorait pourtant ses films fera étudier son assassinat par le KGB. Sa mort mettra fin au projet, mais lors de sa visite de 1958 aux Etats Unis Nikita Khrouchtchev en parlera à Wayne en lui précisant qu'il avait donné personnellement l'ordre de stopper la mission en question.

 

 

L'Alamo de John Wayne

En 1952, il fondera avec le producteur Robert Fellows la compagnie Batjac qui produira plusieurs de ses films jusqu'en 1976. C'est avec cette firme qu'il sortira « Alamo » en 1960. Ce film dont il rêvait et sur lequel il travaillait dès 1950 était son bébé. Il en était en effet tout à la fois le producteur, le réalisateur et l'acteur principal de ce dernier. Il voulait s'en servir pour montrer les défenseurs de l'Alamo comme les archétypes de son Amérique Idéale, loin de la vérité historique. Si son film sera couverts d'éloges pour ses scènes de bataille, il sera quand même descendu en flammes par les critiques. Nominé aux Oscars dans la catégorie « Producer of Best Pictures », il n'aura même pas droit à un accessit !

 

 

John Wayne ne réalisera plus d'autres films. Rendus méfiants par ses dépassements de crédits et de temps de tournages, les « majors » ne le lui permettront plus d'autres films. Il assumera cependant en 1968 une partie du tournage du film « The green berets (Les Bérets Verts)

.

En 1953, il rencontrera Pilar Pallete (1936-), une actrice péruvienne fille d'un important homme politique. Elle venait de divorcer d'un chasseur de grand gibier et ils firent connaissance alors que John Wayne arpentait les abords de Lima à la recherche d'endroits de tournage pour « Alamo ». Ils se marièrent l'année suivante et Pilar abandonna sa carrière d'actrice. Elle donnera trois enfants à John Wayne : Aissa (1956-), John Ethan Wayne (1962-) et Marisa (1966-). D'abord actrice, la première deviendra avocate tandis que les deux autres resteront acteurs.

 

 

Wayne se montra un père attentionné et généreux, mais aussi très exigeant! Pas question pour un Wayne d'aller à la plage pieds nus comme les autres enfants... Ils devaient y aller avec des chaussures et ne pouvaient les enlever que pour aller à l'eau! Il voulait aussi que toute sa famille soit avec lui au moment de la signature de ses contrats et l'accompagne sur les tournages. Quand ses enfants grandiront et commenceront à vivre de leur côté où à rechigner à l'accompagner partout, cela provoquera des disputes entre lui et sa femme. Celle-ci s'adonnait à la peinture et refusait souvent d'accompagner son mari en pleine mer sur son yacht. John Wayne préférait en effet la mer et la pêche au gros aux chevaux et aux vaches! Le ménage finira par péricliter et ils se sépareront en 1976.

 

Wayne demeurait un acteur très populaire qui caracolait dans les cimes du "box-office" grâce à des succès tel que celui du célibrissisme "Rio Bravo" en 1959 où il retrouve Howard Hawks qui lui donne le rôle quasi-iconique du shérif John T. Chance, incarnation cinématographique des valeurs morales qu'il défendait.

 

 

 

Le dinosaure

 

Dépassé par une Amérique qui allait profondément changer dans les années 1960, John Wayne allait se sentir de plus en plus en décalage et plonger dans la dépression.

Il soutiendra au début de la décennie Richard Nixon contre Kennedy. Quand ce dernier sera élu, il fera la déclaration suivante : « Je n'ai pas voté pour lui, mais il est mon Président et j'espère qu'il fera un bon boulot ».                                           

Il utilisera alors son statut de vedette et d'icône populaire pour supporter les causes défendus par les Conservateurs, incluant la Guerre du Vietnam. Pour cette dernière cause, il ira jusqu'à co-réaliser, produire et jouer dans le film « The Green Berets (Les Bérets Verts) » en 1968. Unique film à défendre la guerre du Vietnam, il montre les GI's américains comme des humanitaires combattant des Vietcongs lâches et cruels. La critique éreintera le film et plus d'un GI's fan de John Wayne vouera ce dernier aux gémonies quand il aura la chance de rentrer de la guerre!

 

 

Il avait aussi d'autres soucis plus personnels. Gros fumeur depuis son adolescence, on lui diagnostiqua un cancer du poumon en 1964. Il devra subir l'ablation de son poumon gauche et de quatre côtes. Contre l'avis de ses associés et des studios, il rendra publique sa maladie et militera pour que les gens suivent des campagnes de dépistages. Il sera déclaré complètement guéri en 1969. Bien que sa capacité pulmonaire réduite l'handicape considérablement au point de lui rendre impossible des efforts prolongés et de l'obliger fréquemment à recourir à l'aide d'une bouteille d'oxygène, il continuait cependant à chiquer et fumait des cigares.

 

Il ne stoppera pas non plus son activisme politique : en 1966 et 1970 il soutiendra la candidature de Ronald Reagan au poste de gouverneur de Californe l'un des fiefs de la contre-culture des années 1960. Il repousse cependant les propositions de ceux qui auraient voulu le voir surfer sur son immense popularité pour briguer un mandat national en 1968. Il repoussera aussi avec violence les avances de ceux qui auraient voulu le voir en Alabama succéder au gouverneur démocrate pro-ségrégationniste George Wallace. Il mènera par contre une active campagne de soutien à la candidature présidentielle de Richard Nixon et deviendra l'un des membres de la très conservatrice et anticommuniste « John Birch Society ».

 

En 1971, il suscitera la colère de beaucoup par les propos qu'il tiendra lors d'une interview donné au magazine « Play Boy ».

Parlant lors de cet entretien des Amérindiens, il déclarera : « Je ne vois pas ce qu'il y avait de mal à leur prendre ce grand pays si c'est que vous me demandez. Notre soi-disant vol de ce pays était une question de survie. Il y avait un grand nombre de gens qui avaient besoin des terres que les Indiens essayaient de garder pour eux mêmes... Je suis convaincu que l'idée d'une autodétermination des réserves... semble être ce pour quoi les Socialistes travaillent maintenant – pour prendre soin de tout le monde du berceau à la tombe. Mais vous ne pouvez pas gémir et vous plaindre parce que quelqu'un d'autre a réussi et que vous non, comme le font ces Indiens. Nous serons bientôt tous sur une réserve si les Socialistes continuent de financer ces groupes avec l'argent de nos impôts ».

Sur les Noirs, il dira : « Je croirais à la supériorité des Blancs jusqu'à ce que les Noirs soient assez éduqués pour être responsables. Je ne crois pas qu'il faille donner de l'autorité et des postes de direction et de responsabilité à des gens irresponsables. La communauté universitaire a développé certains tests qui déterminent si les Noirs sont suffisamment éduqués... Je ne me sens en rien responsable du fait qu'il y a cinq ou dix générations certains d'entre eux étaient des esclaves. Mais je n'excuse pas l'esclavage. C'est juste une péripétie de la vie, comme celle de ces enfants qui sont paralysés depuis l'enfance et ne peuvent pas jouer au football comme les autres.

Et quand on lui demanda comment les Noirs pouvaient remédier aux injustices du passé, Wayne répondit : « En allant à l'école. Je ne sais pourquoi les gens disent que les Noirs ont été empêchés d'aller à l'école. Il leur a toujours été permis d'aller dans les écoles publiques quelque soit l'endroit où je me trouvais. Je pense que n'importe quel Noir qui peut concourir avec un Blanc peut obtenir un meilleur résultat que lui. Je souhaiterais que l'on me dise où dans le monde ils ont de meilleurs droits qu'ici en Amérique ».

Il fera aussi allusion à son engagement dans la guerre du Viet Nam : « Bien sûr que j'ai brandi le drapeau américain. Connaissais-vous un meilleur drapeau à brandir? Bien sûr que j'aime mon pays avec toutes ses tares. Je n'ai pas à avoir honte de cela, ne l'ai jamais été et ne le serais jamais. J'ai été fier quand le Président Nixon a ordonné le minage du port de Haïphong, ce qui aurait dû être fait longtemps avant, parce que je pense que nous aidions un petit pays courageux à se défendre lui-même contre le Communisme. C'est ce que j'ai essayé de montrer dans les « bérets Verts » et j'ai été couverts de critiques.

Le « symbole de l'Amérique » était alors en mauvais état physique et moral. L'un de ses amis, qui allait souvent faire des courses2 avec lui raconte qu'il marchait dans les rues chauve et bedonnant en mangeant beignets sur beignets et en disant à ceux qui le croisait : « Eh oui, c'est moi, John Wayne! ».

 

 

Les dernières étapes

 

 

Soudain, en 1968,alors que sa carrière ronronnait,  il réalisa un stupéfiant changement d'image en incarnant le vieux shérif borgne et ivrogne du film dans «True Grit (100 dollars pour un shérif) ». C'est paradoxalement ce rôle qui lui donnera enfin en 1970 l'Oscar pour le meilleur acteur masculin. Emu, mais conscient de l'ironie de la situation, il dira en recevant la statuette : « Si j'avais su, je me serais mis ce truc sur l'œil vingt ans plus tôt!

 

 

En 1976, il tourne dans « The Shootish (Le dernier des géants) » de Don Siegel. Il y incarne J. B. Brooks, un pistolero, le dernier du genre. Dans le vingtième siècle débutant, il est le dernier témoin de l'âge déjà mythologique de la Conquête de l'Ouest et son personnage est atteint d'un cancer au stade terminal. Ce sera son dernier film et il y a un paralléle facile à faire entre la fiction et le destin qui attendait Wayne.

 

 

Durant le tournage du film, aura lieu une scène qui pour anecdotique n'est pas moins signifiante de la personnalité de John Wayne et de la manière dont il considérait son personnage. Alors que Siegel lui décrivait une scène où il devait abrité par le comptoir d'un bar abattre de dos un adversaire. John Wayne refusa catégoriquement de tourner cette scène. Excédé, Siegel grommela « Clint3 l'aurait fait... ». John Wayne l'entendit et devint aussitôt rouge de colère!

 

Il faut reconnaître en effet que John Wayne n'était pas du genre à frapper dans le dos! En 1974, il ira sur le campus de Harvard, qui était quelques années auparavant l'un des principaux foyers de l'opposition à la guerre du Viet Nam pour répondre dans un amphithéâtre aux questions parfois hostiles des étudiants. Il s'en tirera avec les honneurs en usant d'humour. Même des adversaires acharnés rendront hommage à sa combativité et à son « fair play », surtout s'ils n'avaient pas connu le Viet Nam comme Martin Scorsese... Et tous reconnaissaient son talent d'acteur.

Aujourd'hui encore, 31 ans après sa mort, John Wayne apparaît au troisième rang des acteurs préférés des Américains. C'est la seule star décédée à être dans la liste et la seule à y paraître tous les ans depuis la création de cette liste en 1994.

 

 

Dernière station

 

 

Wayne s'était inscrit comme volontaire pour essayer un vaccin contre le cancer. Cela ne le sauvera pas! On lui diagnostiquera peu après « The shootish » un cancer de l'estomac. Il mettra jusqu'à la fin un point d'honneur à assurer ses apparitions en public. La dernière aura lieu trois semaines avant sa mort le 11 juin 1979 à Los Angeles, à l'occasion de la remise d'une récompense. Pour paraître moins maigre, il avait enfilé sous son costume une tenue de plongée qui le faisait atrocement souffrir de la chaleur. Beaucoup doutaient qu'il puisse tenir toute la cérémonie... mais il l'a fait! Il décéda trois semaines plus tard à l'hôpital.

 

Il est enterré à Corona Del Mar au cimetière du « Pacific View Memorial Park ». Sa tombe a vu sur la mer qu'il aimait tant, bien loin de Monument Valley ou des Plaines de l'Ouest...

Certains relient son cancer au tournage du film « The Conqueror (Le Conquérant) » dans lequel il jouait le rôle de « Gengis Khan »! Ce fut certainement l'un des pires films dans lequel Wayne a joué!

Sur les 220 membres de l'équipe de tournage de ce film réalisé en 1956 et acteurs, 91 eurent un cancer, avec un taux cde mortalité de 41%. Dans le lot les stars John Wayne, Susan Hayward et Agnes Moorhead.

Le film fut en effet tourné dans l'Utah à l'est d'une zone d'essais nucléaires en plein air, avec les vents dominants soufflants de cette direction, ce qui fait que beaucoup de gens pensent que l'équipe du film a été irradié.

John Wayne pensait lui-même que ses cancers venait du fait qu'il fumait jadis six paquets de cigarettes par jour!

 

 

"An american icon"

 

Après sa mort, il croulera sous les récompenses à titre posthume : « Médaille d'or du Congrès », « Médaille Présidentielle de la Liberté », un aéroport à son nom en Californie etc...

Qu'en conclure? D'abord que l'on peut être un grand acteur, un homme plutôt sympathique et honnête, mais avoir des idées qui puent!

 

« Duke » s'est en effet rallié à la faction la plus dure de la droite américaine, avec des déclarations frisant le racisme en 1971. Il faut certes tenir compte du contexte de l'époque : le mouvement des « Blacks Panthers » était alors fort actif, les manifestations contre la guerre ne cessaient pas et les Amérindiens commençaient à lutter ouvertement pour la reconnaissance de leurs droits et de leurs cultures.

John Wayne n'arrivait pas à comprendre tout cela. L'Amérique qu'il avait tenté d'incarner, cet Amérique idéale qu'il fantasmait au point de la croire réelle n'avait jamais existé que dans les films. Mais il y croyait....

L'interview de Playboy a été faite par un homme amer et désabusé, qui envisageait vers la fin de sa vie de quitter les États Unis pour le Mexique ou le Panama, où il possédait une île.

Le monde et son pays avait changé, et il était resté sur le bord de la route, comme un dinosaure qui aurait seul survécut au météore.

Reste des films, surtout ceux avec John Ford, qui sont magnifiques et un superbe acteur. Pardonnez à John Wayne ses fautes et ses défauts : il n'était qu'un être humain. Ne boycottez pas tous ses films, ce serait vous priver de beaucoup de plaisir, mais soyez conscient de la vérité derrière les images...

 

1 Où il joue le rôle inhabituel d'un personnage sombre et tourmenté au racisme obsessionnel envers les Amérindiens. C'est à moins de vue son meilleur rôle et il l'aimera à tel point qu'il donnera à l'un de ses fils le prénom d'Ethan, qui est celui du personnage qu'il jouait.

2Il était en effet un accro du shopping et des catalogues de ventes par correspondance. Le plus souvent, il n'achetait pas pour lui-même, mais pour ses amis et pas nécessairement des choses de grandes valeurs.

3Pour mémoire, Don Siegel a tourné « L'inspecteur Harry » avec Clint Eastwood.



16/03/2010
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