L'ours polaire

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Little Big Horn (4) : Légendes et fantômes

 

L'objet du présent article n'est pas de parler de la bataille de Little Big Horn sur le plan historique, mais d'étudier son impact historique et l'évolution de sa représentation à travers le temps, ainsi que celle de l'image du général Custer.

 

Toutefois, pour ceux qui n'auraient pas lu l'article sur ce thème que j'ai commis ou tout autre écrit d'ailleurs, en voici un résumé vite fait :

Le 25 juin 1876, le 7ème régiment de cavalerie allait être défait par 1500 à 1800 guerriers Sioux et Cheyennes. Il allait perdre en tuès ou en blessés la moitié de l'effectif engagé, dont son commandant et les 215 hommes qui l'accompagnaient, ses adversaires ayant quant à eux entre 150 et 200 morts.

Cette défaite historique, proportionnellement l'une des pires jamais subie par l'armée américaine, a été causé par le manque préalable de reconnaissance qui a donné une image faussée du nombre d'indiens présent et du terrain. L'impétuosité et le réel courage physique de Custer joua contre lui en lui interdisant toute idée de retraite. Il escomptait avoir l'appui de son second Benteen, mais ce dernier apportera son assistance au détachement de Reno. Sur ordre de Custer, Reno avait lancé une attaque de diversion, mais celle-ci s'était soldée par une déroute. Custer et ses hommes furent alors submergés par les indiens.

 

Autre chose, le fameux "Last stand" montrant le général Custer mourrant dernier au milieu des corps de ses soldats n'a jamais existé. Où plutôt il y a eu au moins trois "Last Stand" différents! Et on sait de façon certaine que des sodlats trouvèrent la mort après celle de Custer.

En fait, le mythe du "Custer's last stand" participe à la fois d'influences romantiques et de la volonté d'une femme amoureuse de glorifier la mémoire de son défunt mari : Elisabeth Bacon Custer.

 

1) Elisabeth Bacon Custer

Impossible en effet de ne pas parler de la veuve de Custer.                                                            Surnommée "Libbie", elle est née en 1842 à Monroe dans le Michigan. Elle était la fille d'un juge riche et influent. Avant sa treizième année, elle verra mourir ses trois frères et soeurs ainsi que sa mère. Elle resta seule au monde avec son père qui la dota richement. Elisabeth Bacon n'était pas seulement une jolie femme. Elle était aussi très intelligente et en juin 1862 elle était la meilleure élève du séminaire de jeunes filles où elle étudiait. C'était une féministe avant l'heure et elle fera d'ailleurs partager ses idées progressistes à son époux. Cependant, son père escomptait la voir faire un beau mariage avec un mari d'un niveau social supérieur au sien et repoussa plusieurs prétendants.

 

Elle rencontra pour la première fois George Custer à l'automne 1862. Entre les deux, ce sera le coup de foudre! Mais le père d'Elisabeth vit d'un très mauvais oeil cela : George Custer n'était que le fils d'un forgeron et un officier de fraîche date qui n'avait ni réputation ni sans doute d'avenir... Aussi il interdit à Custer l'entrée de sa maison et à sa fille de rencontrer ce dernier à l'extérieur sous quelque motif que ce soit, après avoir repoussé une demande en mariage de Custer. Ce n'est qu'après que Custer ait été breveté Major Général que le juge Bacon rendit les armes et consentit au mariage, le 9 février 1864.

 

Leur relation matrimoniale sera passionnée et tumultueuse, tout deux étant entêtés et ambitieux. Leur correspondance privée est truffée d'allusions à la sexualité et de doubles sens. Leur amour était fusionnel : chacun vouait sa vie à l'autre. Elle le suivait à chacune de ses affectations, même après la la fin de la Guerre de Sécession. Cela était très rare à l'époque et elle n'hésitait pas à suivre son époux dans des lieux dont le confort était très éloigné de ce qu'elle avait connu. Ce sera aussi le cas quand elle le suivra sur la frontière, au Texas, dans le Kansas et au Dakota. Son époux passera même devant une cour martiale pour avoir un jour quitté son poste pour rejoindre son épouse à laquelle il voulait épargner un long et dangereux voyage à travers une région frappée par une épidémie de choléra.

 

La mort de son mari allait être un coup d'autant plus terrible pour elle que beaucoup de journaux et d'officiels critiquèrent son mari pour avoir mal conduit les opérations et conduit ses hommes au massacre. Le Président Ulysses S. Grant lui-même blâmera Custer pour le désastre. Craignant que son cher mari joue le rôle de bouc émissaire et en porte le poids devant l'histoire, elle décida de consacrer sa vie à la défense de la mémoire de celui-ci et s'y adonnera avec passion. Elle écrira d'innombrables articles et parcourera en long et en large les Etats Unis et même l'Europe en donnant des conférences et des lectures où elle donnait à son défunt époux la parure du martyr. Elle écrira aussi trois livres, dont je reparlerai, entre 1885 et 1893. Chacun faisait évidemment l'éloge de son défunt époux! Autre facteur décisif : la mort de son mari en faisait une veuve de militaire et elle n'avait plus droit qu'à la moitié de la solde de son George. Or celui-ci avait laissé derrière lui de grosses dettes et ce n'est pas le chagrin d'une veuve qui allait empêcher les créanciers de lui réclamer les sommes dues. Femme fière et indépendante, elle ne voulait pas être à la charge de quiconque. Une carrière littéraire lui permettait de subvenir à ses besoins. Or, la dame en question avait une plume alerte et le sens du détail pittoresque et devint donc une écrivaine à succès.

 

Et elle réussira à imposer l'image d'un Custer héroïque conduisant ses hommes contre un adversaire largement supérieur en nombre et défendant avec eux sa position jusqu'au bout... Cette image du héros romantique tombant le dernier au milieu de ses hommes avait un précédent avec la légende de l'Alamo et s'inscrivait dans un continuum littéraire démarrant avec Léonidas et ses Spartiates aux Thermopyles ou Roland le Preux à Roncevaux!

Elisabeth Custer écrira en tout trois livres. Ceux ci présentent des points communs : elle y montre son mari sous son meilleur jour : vaillant, protecteur de la veuve et de l'orphelin, incorruptible, etc... Sous sa plume, les hommes du 7ème régiment de cavalerie deviennent de preux chevaliers qui ne tuent que les animaux mâles à la chasse et font faire un pas de côté à leur monture pour éviter d'écraser un papillon! Ils sont montrés comme des Apollon ou des athlétes, alors que l'archéologie montre d'eux l'image d'hommes souffrant généralement d'une mauvaise hygiène bucco-dentaire, de séquelles de malnutrition ou de dures conditions de vie! Les indiens y sont paradoxalement plutôt bien traités par rapport aux normes de l'époque. Si elle ne trouve pas de mots assez durs envers les femmes indiennes qu'elle accuse souvent de pousser leurs époux à la violence et à la cruauté et qu'elle qualifie Rain In The Face de "démon incarné", elle donne souvent des indiens l'image du "noble sauvage", du "splendide guerrier" aux tenues d'un faste exotiques, parfois ridicule pour elle quand celle-ci incorpore des éléments d'origine blanche : veste d'uniforme, chapeau, ombrelles...

 De ses trois livres "Boots and saddles, or life in Dakota with General Custer" (1885), "Tenting on the Plains or General Custer in Kansas and Texas" (1887), "Following the guidon" (1890), seul le premier évoque de façon brève Little Big Horn :

 

"Tandis que nous attendions dans une angoisse inexprimable quelque nouvelle pleine d'espoir, la garnison fut soudainement agitée par des dépêches provenant de l'état major de la division dans l'Est. Nous les femmes savions que des nouvelles étaient arrivées et avions du mal à réfréner notre curiosité, parce qu'elles avaient une importance vitale pour nous; Des éclaireurs indiens étaient rassemblés au fort et envoyés vers l'expédition sur le Yellowstone avec la consigne d'y amener les dépêches le plus vite possible. Après leur départ, quand garder le secret devint inutile, on nous dit que l'expédition qui avait été lancée depuis le Département de la Platte avait rencontré les Hostiles sur la Rosebud et avait été forcée de battre en retraite.

 

Tous ces indiens victorieux étaient partis rejoindre Sitting Bull, et c'était pour en avertir notre régiment que ces dépêches étaient parti de notre poste, qui était le terminal du réseau télégraphique dans le nord-ouest, et les ordres donnés avec l'information étaient de prendre des précautions au cas d'une rencontre avec un grand nombre d'ennemi. La nouvelle de l'échec de la campagne de l'autre département sonnait le glas de nos espoirs. Nous sentions que nous n'avions plus rien à attendre, mais que nos troupes soient submergées par nos adversaires, cela nous semblait impossible, comme nous étions certaines que nos scouts indiens devraient traverser cette vaste partie du pays à temps pour les prévenir du danger.

 

Le premier vapeur qui revint du Yellowstone m'apporta des lettres de mon mari , avec la permission, que j'espérais tant, de le rejoindre par le prochain bateau. Les indiens avaient tiré sur le vapeur quand il avait passé les hautes falaises dans les gorges. Je comptais les heures, jusqu'à ce que le second vapeur soit prêt. On a été obligé, après l'avoir chargé, de couvrir la cabine du pilote et les autres points vulnérable du pont supérieur avec des plaques de blindage pour repousser les attaques. Puis des sacs de sable étaient placés autour des sentinelles pour les protéger, et d'autres précautions prises pour la sécurité des passagers. Tous ces préparatifs et délais augmentaient mon impatience, et il me semblait que l'heure du départ n'arriverait jamais pour le vapeur.

 

Pendant ce temps notre propre poste était constamment entouré par les Hostiles, et les postes de garde les plus éloignés soumis à leurs attaques. Il n'était pas inhabituel d'attendre battre l'appel à l'infanterie avant l'aube pour défendre la garnison. Nous voyons les visages des officiers pâlir, tout braves qu'ils étaient, quand l'audace des sauvages était assez grande pour s'attaquer à nos postes de garde.

 

Une image d'un jour de notre vie dans ces temps de désolation est resté fixé à jamais dans ma mémoire.

 

Un dimanche après-midi, le 25 juin, notre petit groupe de femmes éplorées, partageant la même anxiété, chercha le réconfort en se rassemblant dans notre maison. Nous essayons de trouver un dérivatif à notre peine en chantant de vieux hymnes : certains d'entre eux dataient des jours de notre enfance, quand nos mères nous berçaient pour nos endormir à leurs sonorités apaisantes. je me rappelle de la douleur avec laquelle une jolie jeune femme s'effondra sur le tapis et cacha son visage dans les bras d'une amie. Une autre s'asseya au piano et en carressa doucement les touches qui se joignirent à nos voix. Toutes partageaient les mêmes pensées et leurs yeux étaient remplis des mêmes visions lointaines et désirs. Un désir indescriptible de revoir les absents, une terreur indicible pour leur sécurité remplissait chaque coeur. Les paroles de l'hymne "E'en though a cross it be, Nearer, my God, to Thee," sortirent presque comme un sanglot de toutes les gorges.

 

A cette même heure, les craintes que nos esprits torturés avaient imaginées étaient devenues réalités et les âmes de ceux que nous chérissions montaient au ciel pour y rencontrer leur Créateur.

 

Le 5 juillet -car cela prenait du temps pour que les nouvelles nous parviennent- le jour se leva sur une belle journée, mais avec les premiers rayons du Soleil, vint le premier signal du désastre. Un vapeur arriva portant les blessés de la bataille de Little Big Horn, du dimanche 25 juin. Cette bataille brisa les vies de 26 femmes de Fort Lincoln, et les enfants orphelins d'officiers ou de soldats joignirent leurs pleurs à ceux de leurs mères endeuillées."

 

Elle n'en sera pas moins la fondatrice du mythe et la gardienne féroce de celui-ci jusqu'à sa mort en 1933. Ses livres auront de nombreux lecteurs, comme le Président Theodore Roosevelt et son succès lui permettra de vivre à l'aise et de laisser à sa mort plus de 100000 euros.

Mais elle ne sera pas la seule à écrire... loin de là!

 

1) Livres

 Dès l'annonce de la défaite connue, les journalistes qui la relatent multiplièrent les comparaisons avec la "Charge de la Brigade Légère", les Troyens, l'Alamo etc.... Cela découlait naturellement des figures de styles que les journalistes de l'époque affectionnaient et utilisaient abondamment, mais allait accompagner dans l'esprit des lecteurs la nouvelle.

 

Aussitôt des poètes, parfois aussi éminents que Walt Whitman (1819-1892) y allèrent de leur poème pour célébrer la mort du héros et de ses compagnons, et cela dès la nouvelle de la bataille connue

 

           Thou of the tawny flowing hair in battle,

            I erewhile saw with erect head, passing ever in

            front, bearing a bright sword in thy hand,

            Now ending well in death the splendid fever of thy deeds.

 

Ecoutons auss iun autre éminent versificateur, Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882) dans "The revenge of Rain In the face" :

 

In his war paint and his beads,
Like a bison among the reeds,
In ambush the Sitting Bull
Lay with three thousand braves
Crouched in the clefts and caves,
Savage, unmerciful!

Into the fatal snare
The White Chief with yellow hair
And his three hundred men
Dashed headlong, sword in hand;
But of that gallant band
Not one returned again.

The sudden darkness of death
Overwhelmed them like the breath
And smoke of a furnace fire:
By the river's bank, and between
The rocks of the ravine,
They lay in their bloody attire.

But the foemen fled in the night,
And Rain-in-the-Face, in his flight
Uplifted high in air
As a ghastly trophy, bore
The brave heart, that beat no more,
Of the White Chief with yellow hair.

 

A noter que visiblement mal informé, Longfellow écrit que Rain In The Face aurait arraché le coeur du pauvre général... alors que c'était le frère du général Custer, Thomas Custer, qui était l'objet de la rancune de Rain In The Face... et que ce dernier a généralement nié avoir fait cela! Il était en effet trop occupé pour se soucier d'un individu en particulier : ce jour là, il marqua de nombreux "coups" et tua plusieurs soldats. Comment dans la poussière, la fumée et dans la confusion du combat aurait-il reconnu un militaire en particulier? En tout cas, on apprend que Sitting Bull (qui ne participa pas directement au combat) avait 3000 guerriers "cachés dans des failles et des grottes" pour surprendre "Cheveux Jaunes et ses 300 hommes"! Pratiquement le double de guerriers que dans la réalité! Et cachés comme des bêtes fauves dans "des failles et des grottes" qui n'existaient que dans l'imagination féconde du poète....

 

Les écrivains de "dime novels", des romans à quatre sous y allèrent aussi de leur couplet, sans se soucier le moins du monde de vraisemblance : l'un d'entre eux dépeignait Custer et ses hommes encerclés par des milliers d'indiens - pardon des sauvages sanguinaires - et montrait les héros s'effondrant un à un autour de leur chef glorieux tandis que s'empilaient devant eux les cadavres des "Hostiles". Enfin, seul restait le héros Custer, couvert de blessures, mais toujours debout, qui s'effondrait touché à mort dans les derniers rayons du soleil couchant.

Ce n'était plus Custer à la Little Big Horn, mais la chèvre de Monsieur Seguin au Far West! Quant aux Indiens, s'ils subirent des pertes (près de 200 morts), ils échappérent au génocide!!

La première biographie du "Boy general" sera écrite par Frederick Whittaker seulement quelques mois après Little Big Horn. Whittaker n'avait rien d'un historien. Né en 1838 à Londres, il était le fils d'un avocat qui prit la fuite aux Etats Unis. Whittaker père avait eu en effet le tort de se porter garant pour un nobliau et ne pouvait s'acquitter des dettes accumulées par ce dernier, aussi il ne lui restait plus que la fuite pour éviter la prison! Son père continuera son métier d'avocat dans sa nouvelle patrie et voulait voir son fils lui succéder. Mais celui-ci voulait devenir écrivain. Au déclenchement de la Guerre de Sécession, il s'engagera dans la cavalerie de l'Union et la terminera avec le grade de second lieutenant. Quittant l'armée après la fin du conflit, il sera agent littéraire, puis enseignant. Il commencera sa carrière d'écrivain comme poète en 1869, mais ce sera surtout comme auteur de "dime novels" qu'il se fera connaître. Ces "dime novels" étaient des romans populaires dont la qualité allait du pitoyable à l'excellent. Ceux que Whittaker écrivait étaient "de capes et d'épées" et étaient fort bien écrits dans un style simple et efficace. Il avait du succès et vivait plutôt confortablement. Il publiait aussi des articles dans des revues importantes de l'époque comme "Galaxy"  et deviendra rédacteur adjoint du "Army and Navy Journal", poste qu'il allait abandonner durant un an pour écrire sa biographie de Custer. Tout cela pour dire qu'il n'était pas un écrivaillon obscur et qu'il connaissait la cavalerie américaine.... et n'avait jamais pris part à une guerre indienne!

 

Durant ses recherches pour écrire cette biographie, il correspondit avec Elisabeth Custer et livrera un ouvrage tout à fait conforme aux vues de cette dernière : Reno y est décrit comme un homme sans expérience dans les guerres indiennes qui panique  au premier engagement. Mais le mieux habillé pour l'hiver est Frederick Benteen qui est dépeint comme un subordonné qui cause la mort de son supérieur par sa désobéissance. Custer lui, est décrit comme étant le paragon de toutes les vertues martiales... Whittaker décrit le "boy general" comme l'égal d'Hannibal, Saladin, Cromwell, Seydlitz ou Zieten! Il utilise le témoignage du scout Crow Curley pour montrer un Custer debout au milieu de ses hommes morts ou blessés et exhortant ces derniers à une ultime résistance. D'où l'image d'un Custer seul debout au milieu des morts et des agonisants défiant la multitude des "sauvages". Il souligne aussi le fait que les indiens n'ont pas attiré Custer dans un piège et furent surpris par son attaque, ce qui est conforme à la réalité historique, réalité qui allait souvent être piétiné au cinéma ou dans d'autres romans!

 

 L'année suivante paraît sous la plume de Frances Fuller Victor "Eleven years in the Rocky Mountains and life on the frontier, also a history of the Sioux War, and a life Gen. George A. Custer, with a full account of his last battle". Originalité pour l'époque, il s'agissait d'une femme écrivain native de New York (où elle vit le jour en 1826) qui commença sa carrière littéraire par des nouvelles et des poèmes qu'elle écrivait avec sa soeur. En 1853 elle se mariera et s'installera avec son mari sur une ferme près d'Omaha, dans ce qui s'appelait alors le territoire du Nebraska. La vie était rude et elle quittera son époux pour regagner New York où elle épousera un ingénieur naval. Elle le suivra à San Francisco, puis en Oregon, à Portland, où ils s'installeront en 1864. A cette époque, elle continuait d'écrire de la fiction et se consacrera à l'histoire de la région tout en étant une militante féministe infatigable. Pendant 13 ans, elle compilera des témoignages de première main, utilisant ces derniers pour écrire tant des documentaires que des oeuvres de pure fiction. Toutes ses créations exaltent le Manifeste de la Destinée et l'expansion américaine dans l'Ouest.

Elle reprend dans son livre bien des éléments de l'ouvrage précédent, notamment le témoignage de Curley, et présente feu Custer et ses hommes comme des chevaliers tombés glorieusement au combat contre les barbares. Notons toutefois à l'avantage de Victor qu'elle ne se trompe pas sur les responsables du conflit et qu'elle considére que les indiens ont réagi face au viol des traités.

 

Sept ans plus tard paraît "Thrilling scenes among the Indians. With a graphic description of Custer's last fight with Siiting Bull" de Thomas McLean Newson. je n'ai pas trouvé d'informations sur cet auteur qui se montre assez succint sur Little Big Horn. Par contre, s'il pare Custer de nombreuses qualités, il le critique sévèrement pour son impétuosité et couvre Sitting Bull d'éloges tout en le qualifiant de "savage", ce qui ne manque pas de piquant! Le portrait de Sitting Bull est d'ailleurs la première gravure figurant dans son livre...

 

 En 1890, l'année même du massacre de Wounded Knee, John Frederick Finerty finit d'écrire "War-path and bivouac : or, The conquest of the Sioux : a narrative of stirring personal experiences and adventures in the Big Horn and Yellowstone expedition of 1876, and in the campaign on the British border, in 1879".

Finerty était un immigrant irlandais qui gagna les Etats Unis en 1864. Il s'engagea dans l'armée de l'Union et servit dans le 99ème régiment de la milice de l'état de New York. Après la fin de la guerre de Sécession, il se lança dans le journalisme et devint correspondant de guerre pour le "Chicago Times" lors de la campagne de 1876 contre les Sioux, puis le long de la frontière américano-canadienne en 1879, toujours contre ces mêmes Sioux. Il couvrira aussi la répression de la révolte des Utes en 1879 et une campagne contre les Apaches en 1881. En 1882, il créera son propre journal, "The Citizen". Il se lancera ensuite avec un certain succès en politique.

Encore une fois, le récit de la bataille est basé sur le témoignage de Curly, mais Finerty le critique et cite d'autres témoins comme le chef Sioux "Horned Horse". Il mentionne comme fait avéré la légende du dysfonctionnement des fusils des soldats. Contrairement aux auteurs précédant, il n'accuse pas formellement Reno de lâcheté, disant même qu'il n'avait d'autre choix que de stopper son attaque contre le village en raison du nombre de ses adversaires. Il lui reproche toutefois de s'être replié précipitamment. Il fait même appel au témoignage de Benteen dans son livre, permettant à ce dernier de se justifier.

Ces ouvrages formeront la base de la légende de Little Big Horn en façonnant le mythe du Last Stand.

C'est dans la suite de la Grande Dépression de 1929 que seront portés les premiers coups à la légende dorée de Custer. Le romancier Frederic Van De Water (1890-1968) sort en 1935 une biographie iconoclaste de Custer : "Glory Hunter". Van De Water y décrit un Custer immature et égoïste qui sacrifie la vie de ses hommes à sa soif de gloire. Suit dans la brèche ouverte en 1939 Fred Dustin (1866-1957) avec "The Custer Tragedy" en 1939.

Une sympathie croissante envers les Amérindiens se manifeste dans le roman "Bugles in the afternoon" de Ernest Haycox en 1944 ou celui de Will Henry "No survivors" (1950). Maiss c'est surtout en 1964 avec le roman de Thomas Berger "Little Big Man" que le mythe sera sévérement écorné. Né en 1924 à Cincinnati (Ohio), Thomas Berger avait combattu en Europe durant la Seconde Guerre Mondiale avant d'étudier à l'Université, puis de devenir libraire et journaliste. Je parlerai de ce livre plus longuement dans la partie "cinéma", puisqu'il a servi de base au scénario du film "Little Big Man".

 

On calculera en 2001 que Custer et la Little Big Horn était le deuxième sujet le plus traité dans la littérature américaine, à l'exception d'Abraham Lincoln!

 

Custer trouvera une seconde vie dans des récits de science fiction décrivant des univers alternatifs, preuve de la popularité persistante du personnage. Ainsi Kurt R. A. Giambastiani dans sa série "Fallen Cloud Saga" imagine que Custer a survécu à la campagne contre les Sioux et Cheyennes, puis est devenu Président des Etats Unis. Giambastiani dépeint le fils de Custer s'opposant à son père autour d'une résolution du gouvernement.

Dans "The Court-Martial of George Armstrong Custer" de Douglas C. Jones, Custer a survécu par miracle à sa défaite de la Little Big Horn. Il est alors traîné devant une cour martiale pour y répondre de ses actions. Mêlant la réalité et la fiction, ce récit rapporte ce qui s'est passé lors de ce procès. Le livre sera transposé en un téléfilm en 1977 avec James Olson dans le rôle de Custer et de Blythe Danner dans celui d'Elisabeth.

 

Avec la série "Southern Victory", de Harry Turtledove, la bataille de Little Big Horn n'a jamais eu lieu et Custer a été nommé Colonel au Kansas en 1881. Il combat bien sûr les indiens, mais aussi des Mormons rebelles en Utah et lutte contre une colonne Anglo-Canadienne qui envahi le Montana lors d'une hypothétique Seconde Guerre Américano-Mexicaine, devenant alors un héros national. Lors de la Première Guerre Mondiale, il lance contre les Etats Confédérés une large offensive de blindés qui les écrase. Il devient après la guerre le Gouverneur-Général du Canada occupé et meurt très âgé dans le début des années 1930.

 

Dans une série de nouvelles, "Drakas!" Custer tombe en disgrâce après avoir refusé de mener ses troupes contre des forces indiennes supérieures en nombre et est chassé de l'armée. Répondant à l'invitation d'une vieille connaissance, il par en Afrique comme mercenaire auprès de l'empire fictif du Draka.

 

Enfin, dans le roman de Percival Everett "God's country", il est dépeint comme un travesti homosexuel qui mange de la viande crue!

J'arrête là ma liste, car il y a en vérité beaucoup plus!

 

 

2) Dessin, tableaux et gravures

 

Custer's last fight


Le peintre Cassily Adams (1843-1921) réalisa en 1884 le tableau ci-ci-dessus intitulé "Custer's Last Fight". L'histoire de ce tableau mérite d'être racontée, car c'est un véritable roman! En plus, il a joué un rôle très important dans la mythologie de Little Big Horn...

 

Cassily Adams était un descendant de John Adams (1735-1826), l'un des "Pères Fondateurs" des Etats Unis et deuxième Président de la jeune république de 1797 à 1801. Cassily Adams était un peintre et un graveur spécialisé dans les scénes historiques avec comme sujet de prédilection les scènes de la "Frontier" américaine. Il avait étudié la peinture et le dessin à l'Académie de Boston et à l'Ecole d'Art de Cincinnati. Au déclenchement de la Guerre de Sécession, il rejoignit l'armée de l'Union et fut blessé au siège de Vicksburg. "Custer's last fight" est la pièce maîtresse de son oeuvre et la plus connue. Après le succès de celle-ci, il se spécialisera dans les portraits de Cheyennes, Sioux et autres Indiens des Plaines.

Pourtant, rien n'est plus rempli d'erreurs que ce tableau par rapport à la réalité historique. Cela ne l'empêchera pas d'être vu par des millions de gens. Dont bon nombre qui le prenaient pour argent comptant! Il servira aussi de base de travail à des dizaines, voire des centaines de peintres, graveurs et dessinateurs!

 

Si le paysage avec la rivière à l'arrière plan peut évoquer la vallée de la Little Big Horn dont Adams a peut être vu des photographies, tout le reste est fantaisiste au point de vue historique. Custer n'a pas utilisé de sabre de cavalerie lors de cette bataille, pas plus que le reste de ses hommes. Les tenues des indiens sont "pompées" sur des tableaux plus anciens et n'ont rien avoir avec les vrais habits de ceux ci. L'accent est mis sur la "sauvagerie" de ces derniers : au premier plan, deux indiens à la mine patibulaire scalpent des soldats gisant sur le sol. D'autres sont visibles plus dans le fond. Toujours à gauche au premier plan, d'autres encore achèvent un soldat tombé au sol. Au centre, sur le même niveau, un homme coiffé d'un chapeau et d'un vêtement en peau avec des franges regarde Custer qui terrasse un adversaire. Dans sa main droite, le général tient un sabre. Il porte lui aussi un vêtement en peau avec des franges et a les cheveux longs, ce qui n'était pas le cas ce jour-là! A droite de l'homme qui regarde Custer, on voit un autre homme agenouillé portant une chemise rouge avec une natte dans le dos. Il pointe un fusil dans la direction de Custer. Pour en revenir à ce dernier, à sa droite, à un homme en uniforme allongé sur le sol tire au pistolet sur les indiens qui l'assaillent. Ces derniers sont d'ailleurs en nombre, comme le montre la vague de cavaliers déferlant à l'arrière plan. Custer est le seul homme blanc debout, conformément à la légende du "Last Stand". Nous savons aujourd'hui qu'il n'a pas été le dernier à périr ce jour là.

 

Cassily Adams peignit sa première version du tableau sur une toile de chariot mesurant cinq métres trente sur trois métres dans l'intention d'en faire des expositions itinérantes. Le succés populaire sera au rendez-vous et donnera quatre ans plus tard à Adolphus Busch (1839-1913), fondateur et propriétaire des brasseries Anheuser-Busch et Budweiser l'idée de lancer une campagne publicitaire basée sur la bataille de Little Big Horn. Il acheta la peinture d'Adams et fit appel à la Milwaukee Lithographing pour en faire des lithographies en série de la toile. Otto Becker, un lithographe, garda une copie qu'il avait faite de la toile tandis que ses reproductions partaient orner les murs de tous les saloons, bars et restaurants des Etats Unis, popularisant l'imagerie traditionnelle du "Last Fight" jusque dans les coins les plus reculés du pays. En 1895, les brasseries Anheuser-Busch offrirent la toile d'Adams au 7ème de cavalerie lors d'une cérémonie à Fort Riley au Kansas. La peinture fut un temps exposé à Fort Grant, puis fut entreposé.

Un an plus tard à Milwaukee, la Milwaukee Lithographing décida d'utiliser la reproduction de Becker pour créer des plaques lithographiques. Mais ils la coupérent pour cela en huit sections de dimension égale pour que plusieurs artistes puissent travailler en même temps sur les différentes couleurs. On en tira des posters qui seront distribués durant des décennies dans tous les débits de boissons des Etats Unis. Becker rassemblera les morceaux de sa toile en 1936 et repeindra son tableau dessus, avant de le vendre aux brasseries Anheuser-Busch pour 2000 dollars en 1939.

 

L'original d'Adams fut oublié de tous jusqu'en 1934, date à laquelle on le retrouvera dans un entrepôt à Fort Bliss (Texas). Gravement endommagée, elle sera restaurée à Boston et renvoyée à Fort Bliss en 1938. Cette toile jouera de malchance : un incendie dans le mess des officiers entraînera sa destruction en 1946.

Restait la reproduction de Becker. Elle est toujours la propriété des brasseries Anheuser-Busch qui ont autorisé en 2002 le Custer Battlefield Museum à la reproduire en édition limitée.


3) Films

Le cinéma n'allait pas manquer de s'intéresser au mythe de Custer et du "Last Stand" et celà dès les origines du cinéma. C'est en effet en 1909, 14 ans apès les projections des frères Lumière, que sort "On the Little Big Horn or Custer's Last Stand" de Francis Boggs. Filmé avec le concours d'indiens Umatilla de l'Oregon et d'anciens soldats ayant combattu à Little Big Horn, la distribution comprenait aussi trois Sioux qui avaient combattu ce jour là. Le producteur Selig espérait d'eux qu'ils lui révéleraient des détails inédits sur la bataille, mais ils se borneront à dire que celle-ci avait été si rapide qu'ils ne se souvenaient presque de rien de marquants! Le film comprend une "reconstitution" du "Last Stand" tourné sur les lieux même de la bataille, averc le Scout Crow Curley rejouant trente-trois ans plus tard le rôle qu'il avait joué lors de celle-ci.

C'est trois ans plus tard en 1912 que sort "Custer's Last Fight" de Francis Ford (1881-1953), frère aîné du légendaire John Ford. Francis Ford y incarne aussi Custer (on n'est jamais si bien servi que par soi-même!), Grace Cunard (1893-1967) jouant Madame Custer et le Sioux William Eagle Shirt (?- 192?) Sitting Bull. Le film sera tourné près de Los Angeles (Californie). Il sortira sur les écrans en octobre 1912 et aura la particularité de voir certaines de ses scènes réutilisées dans un remake de 1925. Produit par Thomas Ince (1882-1924), pionnier oublié du cinéma américain, il utilisera 2000 figurants pour les Blancs et les Indiens, ce qui en fera l'une des premières "superproduction" hollywoodienne.

 

En 1926, grace à un déploiement de moyens, la présence dans les distribution de grandes vedettes de l'époque, le film "Flaming Frontiers" est l'un des derniers grands succès du cinéma muet avec une action incessante et un nombre de figurants éclipsant les précédentes réalisations. Custer y est joué par l'acteur Dustin Farnum (1874-1929), Noble Johnson (1881-1978) interprétant Sitting Bull (notons que cet acteur était un afroaméricain qui sera reçu partout tant que l'on le croira amérindien, et rejeté par tous quand on saura qu'il avait du sang noir) et Joe Bonomo (1901-1978) jouant Rain In The Face. Ce dernier était l'un des premiers "Body builder" de l'histoire. Le scénario raconte l'histoire de Bob Langdon, un jeune cavalier du Pony Express, qui est admis à l'Académie de West Point. Il s'y lie d'amitié avec George Custer, mais des cabales politiques menées contre ce dernier forcent Langdon à quitter l'école. Quand Custer arrive dans l'Ouest, il embauche son vieil ami comme éclaireur. A Little Big Horn, Custer l'envoie chercher de l'aide, ce qui permet à Langdon de survivre à la bataille.

 

Le premier film parlant qui parle de la Little Big Horn est "Custer's last stand" en 1936. Il s'agit d'ailleurs d'un serial, un peu l'ancêtre de nos feuilletons télévisés. Il se divise en quinze épisode dont le dernier traite, comme le veut la logique la plus élémentaire, de notre bataille. Custer, qui est joué par Frank McGlynn Jr. (1904-1939), n'est pas le personnage principal de la série, de même que Elisabeth Custer, jouée par Ruth Mix (1912-1977). Ce rôle reviet à Rex Lease (1903-1966) qui joue le rôle d'un éclaireur. L'intrigue alambiquée tourne autour d'une mystérieuse flèche magique (?) et d'une mine d'or et se finti par la bataille de Little Big Horn. Les indiens (enfin les blancs jouant les indiens) sont au choix parfaitement mauvais ou de parfaits nobles sauvages.

 

http://www.videodetective.com/movies/custers-last-stand/39787

 

 

"A nous deux, Crazy Horse! Rends-toi avec tes hommes tant qu'il en est encore temps!"

(Image extraite de "La charge fantastique)

 

Mais le premier film majeur parlant que nous trouvons sur notre route est "They died with their boots on" (La charge fantastique) de Raoul Walsh (1887-1980). La distribution en est particulièrement brillante puisque le rôle de Custer est incarné par la superstar de l'époque, Errol Flynn (1909-1959) et la très belle Olivia de Haviland (1916-) y interprète sa femme. Le rôle de Crazy Horse est joué par un débutant, Anthony Quinn (1915-2001). Le scénario traite par contre allégrement par dessus la jambe la réalité historique! Censé retracer la carrière du "boy general" de son entrée à West Point en 1857 à sa mort à la Little Big Horn, il montre par exemple les vaillants cavaliers du 7ème de cavalerie chargeant en brandissant un sabre qu"'ils n'avaient pas en réalité... Le film montre Custer rencontrant Crazy Horse lors de pourparlers de paix, alors que les deux hommes ne se sont jamais rencontrés. Custer assure aussi à un trafiquant d'armes que les Winchester qu'il a vendu aux indiens ont une portée plus grande que les carabines Springfield de ses hommes, ce qui était faux. Enfin, la bataille finale montre Custer et ses hommes tombant dans un piège : ceci est archifaux! C'est lui qui espérait surprendre et pièger les indiens, mais le piège s'est en fait refermé sur lui... Pourtant, le film est en tout point remarquable et aura un succès populaire aussi énorme que mérité. Il demeure même l'un des monuments du cinéma. Il prèsente de Custer une vision exactement conforme à celle que défendait sa femme (trailer).

 

 

 La bataille finale vaut la peine d'être regardée attentivement car elle est en tout point conforme au tableau d'Adams. Détail : Errol Flynn/Custer mentionne avant la bataille à un autre acteur que lui-même et son régiment sont sacrifiés, car ils devront se battre à "600 contre 6000"... Au moins trois à quatre fois plus que la totalité des Cheyennes et Sioux combattant ce jour là! Remarquez, apparement chaque balle tiré par un soldat abat trois indiens. Les hommes de Custer auraient aimé ce jour là avoir de telles balles magiques! A noter qu'un acteur trouvera la mort lors du tournage en tombant de cheval sur son sabre et qu'à l'exception de 16 Sioux utilisés pour les gros plans, les autres indiens sont des Philippins! Pour la bataille finale, cliquez ci-dessous!

 

 

John Ford (1894-1973) aurait toujours aimé faire un film sur Little Big Horn. A sa mort, il laissera un scénario inachevé sur un film qu'il comptait faire en se basant sur l'histoire de Comanche, le cheval de Myles Keogh qui fut trouvé après la bataille. A défaut, il livrera sa version de l'événement dans "Fort Apache" en 1948. L'époque de l'après seconde guerre mondiale voit s'amorcer un début de remise en cause de la "Légende Dorée" du "Far West". Les indiens sont vus moins négativement et les héros ne sont plus forcément purs et sans tâches... Atmosphère propice pour commencer à déboulonner le mythe Custer, ce que fera, au moins partiellement, John Ford. Dans ce film, il transpose la bataille du Montana à l'Arizona et transforme Custer en Lieutenant Colonel Thursday.

La garnison de Fort Apache reçoit un nouveau commandant, le Lieutenant Colonel Owen Thursday (Henry Fonda). Ce dernier est un homme strict qui impose au poste une discipline de fer. S'estimant privé des honneurs militaires auxquels il pense avoir droit, il manipule son subordonné le Capitaine Kirby York (John Wayne). Il fait croire à ce dernier qu'il veut conclure la paix avec le chef Apache Cochise (Miguel Inclan), mais veut en fait tendre un piège à ce dernier. N'écoutant pas les conseils de prudence de York, il entraînera son unité au désastre. Le personnage de Thursday ressemble comme deux gouttes d'eaux au Custer de "Glory Hunter" de Frederic Van De Water, mais au contraire de ce dernier, Ford laisse à Thursday la possibilité d'une rédemption  : il choisit de mourir avec ses hommes alors qu'il avait la possibilité de

survivre.

 

 

 

D'autres films suivront dans les années 1950 et 1960, avec des niveaux de qualité fort variable.

Commençons avec "Little Big Horn" de Charles Marquis Warren (1951). ce film n'est pas centré sur la bataille comme pourrait le faire penser son titre. Il décrit en fait la folle course de quinze cavaliers commandés par le Capitaine Philip Donlin (Lloyd Bridges) qui tentent d'avertir Custer qu'il va se trouver face à des forces indiennes bien supérieures aux siennes. Pour ce faire, ils doivent traverser le territoire contrôlé par les indiens et sont en plus en proie à des dissensions internes, Donlin ayant appris que sa femme l'a trompé avec son second, le Lieutenant John Haywwod (John Ireland). Bien évidemment, ils échoueront! J'ajouterais que ce scénario est de pure fiction, mais que le film est plutôt bien fait.

 

La même année sort "Warpath" (Le sentier de l'Enfer) de Byron Haskin, avec James Millican dans le rôle de Custer. Là aussi, Little Big Horn n'est qu'un prétexte. Le scénario raconte l'histoire d'un homme, John Vickers (Edmond O'Brien, que l'on retrouvera en 1969 dans "La Horde Sauvage"), qui poursuit les trois assassins de sa femme. Il retrouve l'un de ceux-ci et l'abat. Avant de mourir, l'homme lui révèle que ses deux acolytes se sont enrolés dans le 7ème de cavalerie, mais ne donne pas leurs identités. Vickers, qui est lui-même un ancien officier s'enrôle dans cette unité pour les retrouver. Il ne tarde pas à s'opposer au Sergent O'Hara (Forrest Tucker) qui courtisait de façon trop pressante la jolie Molly Quade (Polly Bergen). Après avoir participé à une bataille contre les Sioux, Vickers devient convaincu qu'Ohara est l'un des deux hommes qu'il recherchait. Ce film est considéré comme bien inférieur au précédent.

 

L'année suivante sort "Bugles in the afternoon (les clairons sonnent la charge)" de Roy Rowland. Le général Custer joué par Sheb Wooley (1921-2003) n'y fait qu'une apparition. Inspiré du roman éponyme (voir dans les livres), l'histoire est celle de Kern Shafter (Ray Milland) qui arrive à un poste militaire du Dakota pour le trouver commandé par son ennemi de toujours, Edward Garnett (Hugh Marlowe). Leur vieille rivalité est excité en plus par la belle Josephine Russell (Helena Carter) que l'un et l'autre convoitent. Garnett fait tout pour discréditer Shafter aux yeux de la jeune femme et envoie ce dernier accomplir les plus dangereuses missions dans le secret espoir de ne le jamais voir revenir. Un jour, Custer charge les deux hommes d'une mission de reconnaissance particulièrement périlleuse juste avant la Little Big Horn. C'est un film que l'on peut poliment qualifier de 'très moyen" pour ne pas dire franchement mauvais, tellement les acteurs n'y croient pas! Un motif toutefois de satisfaction : les indiens sont joués par des indiens dont John War Eagle dans le rôle du chef Red Owl. (trailer

 

On peut dire bien pire de "Sitting Bull" de Sidney Salkow en 1954! Le scénario dépeint un pacifique Sitting Bull qui est forcé de se lancer dans une guerre par la faute des incessantes provocations d'un Custer raciste et belliciste. Tout le film est d'une ignorace crasse sur les Sioux et n'a aucun respect de la véracité historique. Douglas Kennedy joue le rôle de Custer, J. Carroll Nash (un New Yorkais d'ascendance Irlandaise!) celui de Sitting Bull. Crazy Horse était joué par un personnage haut en couleur "Iron Eyes Cody" (1907-1999), de son vrai nom Espera Oscar DeCorti. Fils d'immigrants italiens, cet homme se rêvait indien au point de le paraître aux yeux de beaucoup. Il ira jusqu'au bout de ses rêves, épousant une amérindienne, Bertha Parker et adoptant deux jeunes indiens qu'il élevera dans la tradition Navajo. Il consacrera toute sa vie à soutenir toutes les causes défendues par les amérindiens. Ceux-ci reconnaîtront sa contribution : en 1995 la communauté améridienne d'Hollywood lui rendra un hommage solennel. Son dévouement ne sauvera pas cependant ce film du naufrage, d'autant qu'il était à l'époque conseiller "pour les indiens" et que sa connaissance des Indiens des Plaines était plutôt... plutôt... sommaire! Un internaute à écrit je ne sais plus où (tellement de recherches!) "qu'il ne serait pas étonnant de voir surgir Mel Brooks en chef indien comme dans "Le shériff est en prison"!

 

 

La firme Disney fait mieux en 1958- ce qui n'est pas difficile-  avec "Tonka" de Lewisd R. Foster. Je sais hélas bien peu de chose de ce film qui sans être un monument du genre est d'un niveau bien plus orginal que le précédent. Qu'on en juge : White Bull (Sal Mineo - encore un italien d'origine, au fait) est un jeune Sioux qui capture et dresse un jeune étalon nommé Tonka. Mais il est jalousé par un cousin vindicatif qui lui réclame le cheval comme sa propriété. White Bull choisit alors de rendre sa liberté à Tonka, mais ce dernier est capturé par les blancs et remit à un capitaine de la cavalerie américaine. Or, nous sommes à l'époque où Sitting Bull (John War Eagle) pousse les indiens à s'unir pour lutter contre les empiétements constants des blancs sur les terres indiennes. En face de lui se dresse l'armée américaine et le fanatique George Custer (Britt Lomond). Tous ces personnages vont se retrouver sur la Little Big Horn, un certain 25 juin 1876... Petite révélation, le capitaine appelera Tonka "Comanche" et n'est autre que Myles Keogh!

 

Il faudra attendre sept ans avant de revoir un film dont le scénario implique la bataille de Little Big Horn. C'est en effet en 1965 que sortent deux films utilisant ce thème.

Le premier s'intitule "The Glory Guys" (Les compagnons de la gloire).Il s'agit d'un film inspiré par un roman "The dice of God" scénarisé par Sam Peckinpah himself!! Mieux, si le film est crédité à Arnold Laven, c'est Peckinpah lui-même qui en tourna une partie, sans être crédité réalisateur! Il débutera en effet le tournjage du film, fait se fera jeter par la production qui confiera à Laven le soin d'achever (c'est le cas de le dire!) le film. Tout comme dans Fort Apache, il s'agit d'une transposition de l'histoire de Custer et de la Little Big Horn dans les déserts du sud-ouest, le 7ème de cavalerie étant remplacé par le 3ème de cavalerie. C'est dans cette unité que de jeunes recrues arrivent. Le film s'attache à leurs pas pour montrer leur quotidien, leurs amours et leurs rivalités, tandis qu'ils s'entraînent pour un conflit imminent avec les indiens, conflit que leur belliqueux général attend avec impatience. Evidemment, il conduira ses hommes au massacre. On trouve dans la distribution James Caan, Slim Pickens, Senta Berger

 

 

 

Viens ensuite "The Great Sioux massacre" (Le massacre des Sioux) de Sidney Salkow, qui est un film à peine visible. On y trouve pourtant Joseph Cotten dans le rôle du major Reno, Darren McGavin dans celui de Benteen, Michael Pate (un australien) dans celui de Sitting Bull et l'inévitable Iron Eyes Cody (voir plus haut au film "Sitting Bull") dans celui de Crazy Horse. Custer et sa Libbie étant joué respectivement par Philip Carey et Nancy Kovack. A part le fait que le scénario est inconsistant, les acteurs en perdition et la mise en scène mollassonne  (d'après les commentaires d'un internaute), je ne connais rien hélas de ce film! Le visionnage du trailer m'indique toutefois qu'il montre un Custer conforme en tout point à sa légende noire d e tueurs d'indiens et de militaire arrogant et mégalomane. Et il y a bien sûr un "Last Stand". A noter l'improbable rencontre entre Crazy Horse, Siiting Bull et Custer (trailer)

 

 

"Crazy Horse, c'est ta dernière chance de te rendre avec tes hommes!"

(Image extraite de "Custer of the West")

 

Deux ans plus tard sort le plus intéressant, mais pas moins surréaliste et nul, "Custer of The West" d'un Robert Siodmak bien plus à l'aise dans le polar que dans le western! Bien qu'américain, ce film a été tourné en Espagne (Andalousie et Castille). Tous les indiens du film sont donc plus familier avec la paella que le pemmican! Le rôle de Custer y est tenu par Robert Shaw qui réussit à composer un personnage crédible, plus complexe que dans les films précédents et peut être plus proche du personnage historique que tout les films précédents. Mary Ure joue le rôle d'Elisabeth Custer, Ty Hardin fait Marcus Reno et Jeffrey Hunter le Capitaine Benteen. Centré sur le personnage de Custer, le film le dépeint comme un homme qui travaille à la destruction de son monde et qui le sait. Appartenant au monde d'avant l'industrialisation, il est chargé de soumettre l'un des obstacles à celle-ci : les indiens. Aussi Custer refuse les mitrailleuses qui aurait pu assurer sa victoire et part à sa propre perte, poussé par le désir inconscient de refuser de vivre dans un monde qui ne corrrespond pas à ses valeurs de courage et d'affrontement cavalier contre cavalier (Extraits).

La scène de la bataille finale est riche d'enseignements.

 

 

Il faut en effet saluer l'extraordinaire dextérité au tir (tout comme dans la "Charge fantastique") des guerriers indiens qui malgré le désordre et la confusion inhérente à toute bataille réussissent à garder Custer indemne pour la fin. A noter aussi leur sportivité en laissant à cet unique rescapé la possibilité de s'en aller, possibilité qu'il refuse sportivement (et bêtement?) pour mourir avec panache (non ce n'est pas le nom de son cheval!). Il faut noter qu'au départ Akira Kurosawa avait été pressenti pour tourner le film, mais qu'il refusa. Il avait raison!

 

Trois ans plus tard, nous trouvons une autre description, bien différente des précédentes, dans le "Little Big Man" d'Arthur Penn. L'histoire est celle de Jack Crabb (Dustin Hoffman), ou Little Big Man que nous voyons balloté au gré des événements entre son monde natal des Blancs et sa nation d'adoption les Cheyennes. Sa trajectoire l'amène à plusieurs reprises à rencontrer le Général George Armstrong Custer, joué par Richard Mulligan. Leur première rencontre survient alors que Jack, qui a épousé une robuste scandinave, vient d'être ruiné par un associé malhonnête. Alors que tout ses biens sont saisis survient Custer qui l'incite à partir vers l'Ouest pour faire fortune. Quand Jack mentionne que sa femme est terrifiée par les indiens, Custer lui assure qu'il n'y a rien à craindre de ceux-ci. Le plan suivant montre le couple à bord d'une diligence attaquée par ces mêmes indiens! La seconde fois que Jack voit Custer (de loin), c'est lors de l'attaque de la Washita où sa femme enceinte est tuée. Il veut alors se venger en tuant Custer et part s'engager comme éclaireur au 7ème de cavalerie. Il est engagé comme muletier, Custer ayant décrété qu'il avait les caractéristiques physique d'un muletier. Jack tente de le tuer en entrant dans la tente où le général écrit à une table totalement nu, et en lui tournant le dos, mais le courage lui manque au dernier moment. Custer le laisse partir libre, mais le détruit psychologiquement. Leur dernière rencontre a lieu quand Jack, prêt à suicider, entend au loin "Gary Owen". Il se fait réembaucher comme muletier au 7ème de cavalerie. Custer pense en effet s'en servir comme "boussole inverse" pour trouver les indiens. Là où Jack dira qu'il n'y a pas d'indiens, il y en aura... et vice-versa! Jack tient alors sa vengeance et conduira Custer et ses hommes à leur perte 

 

 

 Custer finira par révéler sa démence sur la champ de bataille avant d'y trouver la mort.

 

 

Ni le Custer, ni le Little Big Horn de ce film ne présentent de rapport avec l'histoire. Custer était certes vaniteux, mais il n'était ni fou, ni stupide! Et il est tombé dans le piège qu'il s'était lui-même tendu et non pas dans une embuscade. L'objet du film était de fusiller les conventions du western classique : indiens belliqueux et sanguinaires, colons gentils et courageux militaires. Il était inévitable que dans le film le mythe Custer et celui du Last Stand soient foulés aux pieds. C'était l'époque de la Guerre du Viet Nam et de la contestation des valeurs établies de la société américaine d'alors et Penn y alla de bon coeur avec un humour de bon aloi! Le film a aussi eu le bon goût de donner des rôles d'indiens à de véritables indiens! C'est par exemple le cas de Robert Little Star qui incarne le rôle de l'homosexuel Little Horse. Et aussi celui du Chef Dan George qui campe un superbe "Old Lodge Skin". Quand on pense que le rôle fut d'abord proposé à Marlon Brando, qui eut le bon goût de le refuser!

 

Le western entrant alors en déclin en tant que genre, il faudra attendre 1991 pour retrouver George Custer et la Little Big Horn, si l'on excepte un téléfilm de 1977 "The court-martial of George Armstrong Custer" dont je  ne sais rien à part le fait qu'il était l'adaptation d'un roman (voir plus haut).

 

 

 

Donc cette année 1991, voit la sortie du téléfilm "Son of Morning Star" de Mike Robe, sans aucun doute le meilleur film sur Custer et la Little Big Horn. Dans celui-ci, les moyens sont ceux d'une superproduction et la distribution éblouissante : Custer est interprété par Gary Cole, sa femme par Rosanna Arquette, Crazy Horse par l'Omaha Rodney A. Grant, David Stradhairn joue le rôle du Capitaine Benteen. Dans la version originale, la militante et artiste amérindienne Buffy Sainte-Marie fait la voix de Kate Bighead, une femme Cheyenne qui témoigne des événements du côté indien. La grande originalité de ce téléfilm est de raconter en parraléle la vie de George Armstrong Custer et celle de Crazy Horse. Même s'il faut remarquer un déséquilibre dans les traitements des différentes parties (environ 2/3 pour Custer et 1/3 pour Crazy Horse), le scénario est très respectueux de la vérité historique à tel point que je n'ai pas hésité un instant à en incorporer des extraits dans les pages où j'ai traité de façon historique la bataille de Little Big Horn.Les tenues des soldats sont particulièrement respectueuse de l'époque. Et en plus on a eu le bon goût de le tourner dans le Dakota du sud et le Montana dans des paysages ressemblant aux paysages réels.. quant il ne s'agissait pas de ceux ci!!. La seule erreur est la longue chevelure de Custer, ce dernier s'étant fait couper les cheveux avant de partir en campagne. Il faut noter en passant que Kevin Costner devait au départ incarner Custer, mais qu'il refusa le rôle alors même que des publicitiés étaient déjà prêtes! (Extraits)

 

 

 

La scène de la mort de Custer est intéressante (clip) , car elle tient compte de ce que les témoignages des Sioux et des Cheyennes nous ont appris, témoignages confirmés par les archéologues : Custer n'est pas tombé le dernier et le "Last Stand", où plutôt ce qui en tenait lieu, à été fort bref!

 

 

 La seule erreur à été de montrer que les cinq compagnies menées par Custer étaient restées réunies. Nous savons de façon certaine aujourd'hui qu'il divisa ses forces en trois colonnes. Deux bataillons (environ 90 hommes) firent une diversion sur la partie sud du village indien, sans traverser la Little Big Horn. Le but de cette diversion était de diminuer le nombre de guerriers qui attaquaient les hommes de Reno du côté sud-ouest du village. Deux autres compagnies (environ 80 hommes) prirent position sur les hauteurs aujourd'hui nommée Custer Hill et Calhoun Hill pour attendre les hommes de Benteen (125 environ) et le convoi de ravitaillement. Custer lui-même parti en reconnaissance avec la dernière compagnie (environ 45 hommes) pour tenter de trouver un guè permettant de traverser la Little Big Horn pour capturer les femmes et les enfants indiens qui s'étaient abrité dans une ravine au nord du village et sur la rive occidentale de la Big Horn. Custer ne semble pas avoir trouvé le gué proche, ou s'être senti assez fort pour le franchir. Il a pourtant vu de façon certaine la présence des femmes et des enfants indiens et l'absence presque totale de guerriers. Il a ensuite regagné les hauteurs pour voir que ses hommes étaient harcelés par un nombre de plus en plus important d'indiens et que les renforts espérés n'étaient toujours pas là. Comme il n'était pas assez fort pour attaquer sans Benteen, il décida de prendre des positions de défenses, mais celles ci furent submergées les uns après les autres. Si Custer Hill fut la dernière position à tomber, les derniers soldats ne furent pas tués là, mais en tentant de fuir par petits groupes Custer Hill pour essayer de se cacher dans les bois près de la rivière. Si le corps de Custer fut retrouvé sur Custer Hill, on ne sait pas qui l'a tué, ni même s'il n'était déjà pas mort ou griévement blessé en y arrivant!

 

Produite par Steven Spielberg en 2005, la mini-série "Into The West" qui décrit en parralléle la vie de deux famille, l'une blanche et l'autre Lakota, entre 1840 et 1890 aborde dans l'un de ses épisodes la fameuse bataille. Mais elle le fait volontairement à travers les yeux d'un jeune garçon Lakota .

 

 

Si la (brève) description de la bataille n'est pas un  modèle d'exactitude, c'est la première fois que l'on voit celle-ci comme si l'on était du côté indien. Sinon, je recommande chaudement cette série qui est d'une très grande qualité.

 

Tout le monde peut le constater : plutôt que des documentaires de qualité - historiques ou non - les grandes chaînes privées et publiques en France préfèrent copier servilement les séries américaines ou nous occuper "notre espace de cerveau disponible" avec une naine ange gardien ou un brocanteur qui ne vend jamais rien. La BBC, elle, n'hésite pas et en fait de superbes comme le documentaire "Custer's plan" qui réutilise beaucoup d'extraits de "Son of Morning Star".

 

4) Musique

 

Paroliers et musiciens n'ont pas omis de s'inspirer de la célèbre bataille. En 1960, le chanteur Country Johnny Horton (1925-1960) enregistre pour son album "Johnny Horton makes History" la chanson "Comanche (the brave horse" qui est dédié à cet animal réputé être le seul être vivant trouvé par les soldats sur le lieu où Custer et ses hommes trouvèrent tous la mort.

 

 

La même année, Larry Verne (1936-) enregistra une chanson intitulée "Please Mister Custer" dans laquelle un soldat imaginaire demande à Custer de ne pas livrer bataille ce jour-là car il avait fait un cauchemar à ce sujet durant la nuit. La chanson aura du succès, mais Verne sera écoeuré par l'industrie musicale et deviendra scénariste à Hollywood.

 

 

 

Faisons ensuite un grand bond dans le temps et l'espace pour gagner l'Allemagne et l'année 1991. Cette année-là, le groupe de power metal Running Wild enregistre sur son album "Blazon Stone" une chanson intitulée "Little Big Horn"

 


 

Enfin en 2007 l'album "Return of the Pride", le groupe américano-danois de hard rock et heavy metal White Lion comprend la chanson "Battle at Little Big Horn". A noter qu'elle commence par un extrait sonore de "Little Big Man".

 

 

Et la liste n'est pas compléte, loin s'en faut!

 

 

5) Bande dessinée

 

Bandes dessinées et comics se sont plus d'une fois inspirés de Little Big Horn. Plutôt que d'essayer de se lancer dans une longue liste exhaustive, autant en prendre quelques exemples. Commençons par une série de DC Comics consacrée à Jimmy Olsen. Ce Jimmy Olsen est un reporter photographe directement issu de la série "Superman" et a eu sa série "Superman's pal Jimmy Olsen" (Jimmy Olsen, le pote de Superman) entre 1954 et 1974. Ami de ce dernier, il posséde une montre-bracelet qui émet un signal perceptible par ce seul Superman. Génial et pratique, car ce pauvre Jimmy Olsen à l'art de se mettre dans des situations impossibles (voir ci-dessous)

 

 

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Dans un numéro de 1966, il se place dans une bien étrange situation! Alors qu'il visite un musée, il tombe en arrêt devant un "calumet de la paix" qui aurait appartenu à Sitting Bull himself (Note : Sitting Bull avait certes une pipe, mais il aurait été étonné de savoir qu'il avait un calumet de la paix). Sans tenir compte d'un panonceau mentionnant que ledit artefact est potentiellement mortel pour qui s'en servirait (eh oui! La bonne vieille malédiction...)., il en use et après avoir traversé un tourbillon multicolore psychédélique très "sixties", il se retrouve à Little Big Horn avec un gros problème (voir ci-dessus). A noter que le dessinateur (sans critiquer son trait) ne s'est pas trop foulé pour des recherches ethnohistoriques sur les tenues des Lakotas et des Cheyennes dans les années 1870. Je n'ai jamais vu lors de mes patientes recherches d'indien ressemblant de près ou de loin à celui empoignant la chevelure de Jimmy Olsen, mais il est évident qu'il avait là de l'humour de la part du dessinateur. Par contre, l'image véhiculée est un tantinet "raciste" et stéréotypée.

 

Pourtant, dès 1952, en pleine période de "Chasse aux Sorcières" et de McCarthysme triomphant, un auteur de comics avait montré dans une petite histoire de sept pages intitulée "Custer's last stand" (dans "Two-Fisted Tales" n°27) une image très osée pour l'époque de la célèbre bataille. En accord avec la révision qui s'opérait dans la littérature, elle prenait à contre pied les idéaux de patriotisme et d'héroïsme de l'époque.

Wally Wood, de son vrai nom Wallace Allan Wood (1927-1981) était un dessinateur, scénariste et éditeur indépendant américain à la production pléthorique qui travailla avec EC Comics et sera l'un des fondateurs de la revue "Mad".

 

 

Son histoire voit la bataille du point de vue d'un simple cavalier engagée dans celle-ci. Si l'exactitude historique n'est pas totalement au rendez-vous, le propos en est dénué de pathos. D'emblée le lecteur sait qu'il n'y aura pas de "happy end" pour le personnage principal, Wood utilsant à cette effet des scènes panoramiques qui lui permettent de montrer la supériorité numérique des indiens. Elle met aussi l'accent sur un Custer cynique qui sacrifie un à un ses hommes pour protéger sa retraite et un cavalier désabusé qui dès la première case dit : "Custer va tous nous faire tuer".

 

 

Même destruction des légendes dans la série Blueberry. Le général Allister qui apparaît dans le cycle dit du "Cheval de Fer" à partir de l'album "La piste des Sioux" est en fait une adaptation faite par Jean-Michel Charlier et Jean Giraud (alias Moebius) du personnage de Custer et de Chivington (le boucher de Sand Creek). D'emblée Allister est présenté comme un arriviste sans scrupule prêt à tout pour "exterminer la vermine rouge" qui doit lui servir de marchepied vers la gloire. Blueberry fera de justesse échouer ses manigances dans l'album suivant "Général Tête Jaune". Allister lui en gardera rancune et manoeuvra en sous-main dans les albums "Le hors-la-loi" et "Angel face" (1974-1975), sans qu'il apparaisse au grand jour. Son but? Faire assassiner le Président Grant en faisant endosser la culpabilité de l'attentat à Blueberry et profiter de la situation pour décréter la loi martiale de façon à s'emparer du pouvoir. Il échouera une première fois, mais fera une nouvelle tentative à l'occasion de l'album "Le bout de la piste" en 1986. Encore une fois il échouera à cause de Blueberry qui sauvera la vie de Grant en abattant Allister.

 

 

Personnage de Antonio Hernandez Palacios et Jean-Pierre Gourmelen, Alexis McCoy est un ancien capitaine de l'armée sudiste dégradé par le Sud avant la fin de la guerre pour son caractère indépendant. Ayant apprécié à leurs dépens sa bravoure, les vainqueurs le contraignent à rentrer dans leur armée où il vivra de nombreuses aventures avec son acolyte le sergent Charley. La série est trés respectueuse de l'histoire, qu'elle ne viole à l'occasion que pour permettre l'entrée en scène du héros. Les périgrinations de McCoy le conduiront du Mexique au Canada... et à Little Big Horn! Dans ce dernier opus, McCoy est chargé d'une mission de reconnaissance par Custer. Il découvre le nombre réel d'adversaires que va devoir affronter "Cheveux Jaunes", mais arrive trop tard et ne peut que contempler à la jumelle la colline où Custer à finit sa vie. Si le scénario est d'une grande qualité, il y a quand même des maladresses : Reno a une moustache baladeuse et un commandant de "troop" commande selon le sens du vent la "troop M" ou la "G". Bien que reprenant la légende du "Custer's last stand" et des carabines s'enrayant, le scénario à le mérite de montrer un Custer proche du personnage historique et lui attribue la pleine et entière responsabilité du désastre. A noter que la couverture de l'album souscrit à la légende du "Last Stand".

 

 

6) Humour et dessin d'humour

 

a) Les amérindiens et Custer

Vouloir recenser les histoires drôles contées par les amérindiens sur Custer et la Little Big Horn reviendrait à tenter de compter par une claire nuit d'été les étoiles du ciel! Ces histoires ne sont pas l'apanage des seuls Lakotas et Cheyennes, mais sont aussi contées et inventées à des centaines, voire des milliers de kilomètres des rives de la Little Big Horn! Custer est bien évidemment la cible centrale de ces histoires, mais il ne faut pas se tromper sur leur sens! Les indiens s'en prennent à lui en tant que symbole de ces Etats Unis du 19ème et du début du 20ème siècle qui les ont spoliés de leurs droits et ont persécutés leurs cultures et leurs religions (le pluriel n'est pas une erreur ici) au nom du "Manifeste de la Destinée" et de la "mission civilisatrice de l'Homme Blanc"... Aussi, je devrais hélas me contenter d'en donner quelques exemples...

 

Commençons d'abord par une blaguounette qui est d'ailleurs reprise dans le "Little big Man" d'Arthur Penn et qui est sous forme de devinette : Quel est le dernier ordre donné par Custer à ses hommes? Réponse : Ne faites surtout pas de prisonniers!

 

Une autre dit : "Custer a dit qu'avec son régiment il pourrait traverser toute la nation Sioux. Il a fait la moitié du chemin!".

 

Franchement, les Sioux semblent préférer le Montana au Dakota du Sud, si l'on en croît cette boutade qui prête comme ultime propos à Custer la phrase suivante : "Tout plutôt que de revenir au Dakota!".

 

Une autre est plus actuelle : Le conservateur d'un musée des beaux arts demande à un artiste local de peindre une peinture murale devant illustrer "La dernière pensée du Général Custer". Il lui demande d'en faire une représentation symbolique de l'état d'esprit de Custer durant le désastre de Little Big Horn. Plongé dans ses pensées, l'artiste retourna à son studio. Après beaucoup de tentatives, il se met à peindre une énorme fresque avec de la peinture à l'huile. Finalement, après des mois et des mois de travail et de souffrances, l'heure est venue pour lui de dévoiler son oeuvre devant le conservateur...  Ce dernier en reste muet de stupéfaction! Au premier plan, on voit un superbe lac aux eaux cristallines avec un poisson solitaire bondissant au-dessus de la surface. La tête du poisson est entourée d'une auréole. A l'arrière plan, les colllines et les prairies sont couvertes de couples d'amérindiens qui copulent dans toutes les positions du Kamasouthra. Le conservateur, frappé du stupeur et de dégoût reste pétrifié par cette vision. Rouge de colère, il se retourne vers l'artiste et lui demande : "Qu'est ce que tout cela à affaire avec la dernière pensée de Custer?!". L'artiste lui répondit : C'est simple, la dernière pensée de Custer a dû être :"D'où viennent tous ces putains d'indiens!".

 

Je terminerai par celle-ci : Deux indiens sont asis côte à côte. L'un d'entre eux lit le "New York Times" du 4 juillet 1876. Il dit au second : "Il paraît qu'il n'y a pas eu un seul survivant à Little Big Horn". Et ce dernier lui répond : "Incroyable! on a y été tous les deux et on a pas eu une égratignure!"

 

b) Le dessin de presse et Little Big Horn

 

Little Big Horn est aussi une mine d'or pour les dessinateurs de presse. L'image de Custer, de Little Big Horn, et du mythique "Last Stand" sont utilisés à toutes les sauces pour illustrer notamment les situations politiques ou économiques les plus diverses (voir le dessin ouvrant cet article). Comme je crains de faire exploser les serveurs de "blog4ever" en mettant dans mon blog l'intégralité de ceux ci, je me bornerais à un échantillonnage représentatif, mais de bon goût!

Tout d'abord politique...

 

 

Purement comique...



 

Economiques....

 

7) Fantômes

 

Autant le dire franchement, je ne crois pas aux fantômes. Par contre, je crois que l'on peut ressentir en nous ce qui s'est passé de bien ou de mauvais à un endroit quand nous savons ce qui s'y est déroulé. Pour moi, les histoires de fantômes sont plus des histoires que des faits.

Toutefois, je laisse ceux qui y croîent y croire, tant qu'ils ne recourent pas systématiquement à l'explication des fantômes pour tout étrange phénomène. Dans ce dernier cas, ils s'exposent à mes moqueries. Bref, que vous n'aimiez que les belles histoires ou que vous croyez sincérement à la possibilité de visiteurs d'outre-tombe, vous avez de la chance, car Little Big Horn est réputé être l'un des endroits les plus hantés des Etats Unis. Hantent le lieu non seulement les esprits des combattants morts là, indiens et soldats confondus, mais aussi d'autres fantômes, car ont été enterrés dans le cimetière national de Little Big Horn les soldats de Fetterman tués lors de la bataille des "Cents Morts" en décembre 1866, des morts des guerres ultérieures et les membres de leurs familles, soit 5000 tombes au moins. Mais bien évidemment, je ne vais m'intéresser qu'aux apparitions pouvant se rapporter à la bataille du 25 juin 1876!

 

Les Crows, qui vivent près de là dans leur réserve, appellaient pour certains le superintendant du site "Le maître des fantômes" parce qu'ils pensaient que lorsque le drapeau américain qui flottait au-dessus du cimetière était abaissé au soleil couchant, il donnait le signal aux esprits pour que ceux ci se lèvent de leurs tombes et aillent au milieu des vivants. Quand le drapeau était hissé au matin, il est censait rappeler aux morts à regagner leur tombeau.

 

Voici maintenant quelques histoires :

Un chauffeur de taxi de Minneapolis qui avait suivi la route le long de Battle Ridge arriva un jour en état de choc au Centre des Visiteurs où les employés le calmèrent. Il raconta à ces derniers qu'alors qu'il roulait, il avait vu des soldats et des guerriers indiens se battre autour de lui. Sa première réaction fut de croire qu'il se trouvait au milieu d'une reconstitution, mais il ne tarda pas à comprendre que ces derniers se battaient VRAIMENT à mort et qu'il ne s'agissait pas du tournage d'un film!

 

Un fonctionnaire du National Park Service visita un soir d'août 1976 Last Stand Hill. Il était seul et sentit tout à coup l'air devenir glacial autour de lui. Il entendit en même temps ce qui lui sembla être des voix murmurant doucement. Il parti précipitamment sans chercher à savoir d'où venaient celles ci!

 

En 1987, toujours en août, une médium du Colorado visita le champ de bataille par une nuit sans lune. Bien qu'elle assurait ne savoir que peu de chose sur la bataille et n'avoir jamais visité le site, elle donna des détails sur les actions qui s'étaient déroulées à Medicine Tail Ford et sur la crête Nye-Cartwright. Près du monument à la mémoire des morts du 7ème de cavalerie et de leurs tombes, elle senti la présence d'esprits sans repos. Elle visita ensuite le cimetière lorsqu'elle vit soudain l'apparition d'un guerrier charger un employé saisonnier et "compter un coup" sur ce dernier avant de disparaître vers Cemetery Ridge. L'employé se reposait les yeux fermés et les rouvrit alors que le guerrier "comptait son coup" et demanda "Qu'est-ce que cela?". Derrière les pavillons hébergeant les saisonniers, elle verra l'apparition d'une vingtaine de guerriers vêtus de leurs plus beaux atours et aux visages peints.

 

A noter que d'autres amateurs de sciences occultes ont laissé des magnétophones tourner la nuit près du monument du 7ème de cavalerie. Ils assurent qu'en faisant défiler ces bandes ils ont pu entendre à part du bruit des fonds des chants indiens, des bribes de phrases ("Rode to the south/Allez vers le sud", "Take the horse/Prends le cheval").

 

L'un des témoignages les plus troublants (du moins à mon point de vue) vient d'une ancienne ranger du Park, Mardell Plainfeather, qui est membre de la nation Crow. Elle continue à célébrer les rites traditionnels de la religion de son peuple et se rend souvent avec sa famille à leur loge à sudation qui est située dans un épais bosquet d'arbres sur la rive occidentale de la Little Big Horn, juste en face du champ de bataille. Un soir, Mardell s'y rendit avec sa fille Lorena pour vérifier que le feu près de celle-ci était bien éteint. "Je n'avais pas pour habitude de sortir la nuit, mais j'étais dans ma voiture et ne ressentais aucune inquiétude. Je n'avais jamais eu auparavant d'expérience surnaturelle et rien ne me préparait à en connaître une, mais quand je les vit, cela ne me fit pas peur du tout."

Alors qu'elle remontait dans sa voiture avec Lorena, Mardell vit quelque chose d'étrange sur les falaises de l'autre côté de la rivière : deux guerriers à cheval. Ils étaient à l'intérieur de la clôture protégeant le site. Ils étaient peints pour la guerre avec des plumes dans leurs long cheveux, l'un d'entre eux ayant les cheveux nattés. Ils portaient des boucliers de peaux et l'un d'eux tenait un arc. Mardell vit l'un d'entre eux se soulever sur sa selle pour mieux l'observer. Elle ne pouvait toutefois pas voir s'ils étaient Crows, Sioux ou Cheyennes. "Même s'ils étaient Sioux ou Cheyennes, cela ne voulait pas dire qu'ils me voulaient du mal. Peut être essayaient-ils simplement de me dire que je faisais du bon travail en décrivant la bataille aux visiteurs. Peut être voulaient-ils aussi me dire qu'ils étaient heureux qu'une indienne, quelque soit sa tribu, raconte enfin leur côté de l'histoire. Peut être que leurs esprits étaient troublés...". Le lendemain, elle se rendit sur le lieu où s'étaient tenues les apparitions pour y faire des offrandes de tabac et brûler de la sauge. Elle n'y sentit aucune présence malveillante, bien au contraire. Elle eut l'impression d'une présence bienveillante. Elle n'y nota pas non plus la moindre trace de sabots qui aurait pu lui prouver un canular.

 

La "Stone House" date de 1894. C'est un édifice de deux étages situé près de l'entrée du cimetière qui a été construite pour servir de résidence au superintendant. Elle a depuis été convertie à d'autres usages : elle abrite la "White Swan Memorial Librairy", le bureau de l'historien du parc et une salle de conférence. Le rez-de-chaussée servit à plusieurs reprises de chambre ardente pour des corps attendant des funérailles dans le cimetière. Avant d'accueillir la "White Swan Memorial Librairy", elle servait aussi de résidence d'été au personnel du parc et demeurait close et vide durant l'hiver. Et bien entendu, cet endroit est réputé hanté par de mystérieuses lumières, des poltergeists et d'autres apparitions. Comme d'habitude, je me consacrerais surtout aux phénomènes reliables au 25 juin 1876.

 

Durant l'été de 1986, un ranger fraîchement embauché fut hébergé pour deux nuits dans un appartement au deuxième étage. Durant la nuit, il se réveilla en sentant que quelqu'un était assis au pied de son lit. Sa première pensée fut qu'il s'agissait de sa femme, mais il se souvint que celle-ci était partie visiter sa famille en Europe et qu'il était seul. Il attrapa son Colt 45 qui était sur sa table de nuit et vit une ombre se déplacer au pied de son lit. Avant que l'apparition ne disparaisse dans une autre pièce, il eut le temps de voir un corps revêtu d'un uniforme de soldat, dépourvu de tête et de jambes.

 

Ces manifestations ne semblent pas troubler certains habitués des lieux. Au rez-de-chaussée, on installa une cloison en bois avec une porte cadenassée en travers d'une pièce pour en faire deux chambres. Durant une nuit de l'été 1989 deux membres de l'équipe du Parc y dormaient. L'un d'entre eux fut subitement réveillé par des coups violents sur la cloison. Le son venait de l'autre côté du mur. La porte était cadenassée et le cadenas se trouvait de son côté. Les coups se reproduisirent. L'autre employé du Parc se réveilla, mais les coups avaient cessé. La seule ouverture de l'autre côté du mur était une fenêtre solidement barricadée. L'employé qui occupait cette autre chambre avait déjà séjourné sur le site et tranquillisa son voisin en lui disant comme si cela était habituel : "Ce n'est rien! Ce sont seulement les "gars" qui nous souhaitent la bienvenue pour notre retour sur le champ de bataille..."

 

Près de ce bâtiment s'élève le Centre des Visiteurs qui héberge un musée et une librairie. Ce lieu se situe juste au pied de Last Stand Hill... et quand le dernier touriste est parti et les portes fermés et que la nuit tombé, on parle d'étranges lueurs et de faibles cris. Mais pas seulement...

 

Un jour d'été en 1985, une employée du parc venait de distribuer des brochures au public quand elle se rendit dans la salle audiovisuelle pour y chercher d'autres dans la petite salle de stockage qui s'y trouvait. Avant qu'elle n'atteigne cette pièce, elle remarqua que quelqu'un se tenait debout dans un coin sombre. Malgré la pénombre, elle reconnue un soldat vêtu comme en 1876 et pensa qu'il s'agissait de l'un de ses collègues qui s'était vêtu ainsi pour lui faire une farce. Elle fit comme si elle ne le voyait pas et passa devant lui sans s'arrêter. Puis elle tourna à gauche pour entrer dans la salle audiovisuelle. Elle vit alors du coin de l'oeil la silhouette du soldat se déplacer dans le hall... et passer à travers une porte fermée à clef! Finalement, ce n'était pas une plaisanterie...

 

Bien plus extraordinaire est l'histoire de Christine Hope. Celle-ci était venue travailler sur le site pour un programme universitaire durant l'été et l'automne de 1984. Elle logeait dans un appartement, le C, qui avait été aménagé comme entrepôt. Elle dormait sur un divan dans le living room et n'avait jamais rien constaté d'anormal quand une nuit elle se réveilla vers les deux heures du matin. Regardant vers la cuisine qui était éclairée par la pleine lune, elle vit un homme assis à la table de cette pièce. Il avait une longue moustache en guidon. Il ne semblait pas la voir. Son visage portait l'expression d'une intense souffrance et d'un profond désespoir. Bien qu'il était silencieux, Hop sentit que son étrange visiteur tentait de transmettre le message que quelque chose de dramatique s'était passé là et qu'il n'y aurait plus rien de beau ou de joyeux à cet endroit. L'apparition disparue alors, mais il s'écoula du temps avant que Hope ne réunisse assez de courage pour se lever et allumer la lumière.

Le lendemain, elle se rendit avec un ami à l'endroit où les troupes en pleine déroute de Reno traversèrent Lieutenant Benjamin Hodgsonla Little Big Horn pour se réfugier sur ce qui est désormais la "Reno Hill". Son ami lui décrivit ce qui s'y était passé le 25 juin 1876 et en discutant ils atteignirent le marqueur solitaire indiquant l'endroit sur la rive est où était tombé ce jour là le Lieutenant Benjamin H. Hodgson, le commandant de la compagnie B. Tandis qu'il traversait la rivière à cheval, Hodgson fut frappé à la jambe par une balle qui tua son cheval. Il parvint à s'aggriper à l'étrier d'un cheval qui passait et fut ainsi remorqué jusqu'à la rive orientale. Il était presque sauvé et entrepris de se mettre debout quand une balle indienne le frappa dans le dos. Christine fut impressionnée par cette histoire et poussa son ami à l'aider à trouver des informations sur cet infortuné officier. Elle lit plusieurs livres en revenant au musée. Son ami cherchait de son côté une photo de Hodgson, la trouva et la montra à Christine. C'était l'homme qu'elle avait vu dans sa cuisine durant la nuit!

Christine Hope passa le reste de son séjour à Little Big Horn en dormant toutes lumières allumées!

 

Encore plus surprenante est l'aventure qui arriva dura l'été de 1992 à un arrière-petit neveu de Myles Keogh, le courageux commandant de la compagnie "I" qui trouva la mort avec tous ses hommes près de Last Stand Hill. Cet homme, Stephen Wagner, était venu en famille pour visiter le champ de bataille et voir l'endroit où avait péri son arrière-grand oncle. Il en parla à un ranger qui lui indiqua où se trouvait le marqueur marquant l'endroit où l'on avait trouvé le corps de son lointain parent et lui permit de s'y recueillir.

Notre touriste parti en voiture avec sa famille vers l'endroit en question. Il n'y avait avait personne d'autre qu'eux en raison d'une chaleur dépassant les 40° centigrades. Ils s'arrêtèrent au plus près pour gagner à pied la stèle de Myles Keogh et se mirent à la recherche de celle-ci quand ils virent soudain un homme en tenue de cavalier du 7ème de cavalerie surgir de la crête les dominant. Il venait de la direction de la rivière et s'avança vers eux. Ils parlèrent avec lui de la bataille, les enfants du couple posant de nombreuses questions. L'homme semblait épuisé, sa tenue était sale poussièreuse et déchirée, aussi notre touriste lui proposa un soda provenant de la glacière familiale. Le soldat regarda la boîte de soda avec curiosité et ne l'ouvrit pas.

 Stephen Wagner lui parla de son lien de parenté avec Myles Keogh. Le soldat commença alors à parler de chose que seul un homme qui connaissait Myles Keogh pouvait savoir. Il lui dit aussi que son arrière-grand oncle était aimé de ses hommes, car il avait toujours sur lui un flacon d'alcool qu'il était prêt à partager avec ceux-ci. L'homme raconta aussi que Myles Keogh était un très bon tireur à la carabine et qu'avant de tenter une percée désespérée au milieu des indiens pour essayer de sauver ses soldats, il mit une balle dans la tête de Custer auquel il reprochait d'avoir conduit ses hommes à la mort.

Soudain, le soldat déclara qu'il devait partir. Il reparti par là où il était venu et ne tarda pas à disparaître de l'autre côté de la crête, tandis que la famille Wagner regagnait sa voiture. C'est alors que la famille se posa des questions :

Pourquoi l'air semblait si lourd à l'apparition de cet homme? Pourquoi son regard était si perçant, comme s'il voyait à travers les Wagner? Pourquoi sa voix sonnait si étrangement? Elle était assourdie comme si elle venait de loin et avait un accent étrangement trainant...  Il semblait fasciné par la femme et les enfants de Stephen Wagner comme s'il avait lui aussi une famille, mais qu'il ne l'avait pas vu depuis longtemps... Il se référait aux différents endroits du Parc sans les nommer mais les désignant comme "Là-bas". Il ne pointait jamais une direction avec le doigt, mais la montrait par un geste de la tête en utilisant son nez comme indicateur de direction.

Et puis surtout, ils apprirent qu'il n'y avait aucune reconstitution de la bataille avec des figurants sur le site de celle-ci. Et que les deux "re-enactement" concurrents donnés dans les parages du site n'avaient pas lieu à cette époque de l'année... Alors, vous qui me lisez, si vous croyez aux esprits, qui pouvait être cet homme étrange?

 

Ces exemples montrent en tout cas que les fantômes de Little Big Horn ne sont pas du genre agressifs. Angoissants, mystérieux ou étranges, ils sont soit indifférents ou plutôt bienveillants envers le(s) témoin(s) de leurs apparition. Questions : Morts blancs et indiens ont-ils fait la paix? Custer parle t-il chasse et charges de cavalerie avec le chef Cheyenne Lame White Man? Les soldats du 7ème de cavalerie jouent-ils au poker avec leurs adversaires d'hier sous le regard du très irlandais et catholique Myles Keogh? Font-ils des courses de chevaux?

 

Qui peut savoir!

 

 

 

8) Les Indiens et Little Big Horn

 

Même s'ils acceptèrent très tôt de parler de la bataille et de l'illustrer, Cheyennes et Lakotas ne tardèrent pas à se montrer réticent pour l'évoquer. Ce n'est pas tant la crainte de représailles qui causa cette réticence, mais le fait qu'ils considérent que cette bataille eut pour conséquence la perte de leur liberté, de leur mode de vie et de tous leurs droits, ainsi que le signal d'une répression féroce pour détruire leur culture. Aussi, ils préféraient parler de la destruction de Fetterman et de ses hommes ou de la Rosebud!

 

Ce n'est que dans les années 1960, avec la réapparition au grand jour d'un militantisme indien qu'un autre regard fut porté sur Little Big Horn. La bataille fut perçu comme un exemple qu'unis les indiens pouvaient battre les blancs et un lien se fit entre les guerriers du passé et les militants pan-indiens d'aujourd'hui. Le coeur du combat n'a d'ailleurs pas changé : le respect des traités et des droits des indiens, mais les moyens sont (heureusement!) différents. Aux armes ont succédé internet, les blogs et les réseaux sociaux, les livres, les films et la musique. Les conflits ne se résolvent plus sur un champ de bataille, mais devant les tribunaux ou la Cour Suprême des Etats Unis.

L'installation (tardive) de marqueurs pour les guerriers indiens tombés au combat ce 25 juin 1876 et une interprétation de la bataille qui laisse à présent place au point de vue des Cheyennes et des Lakotas qui dans cette affaire étaient les agressés et non les agresseurs, symbolyse aussi une évolution dans la bataille et dans sa perception : elle n'est plus vue comme une victoire de la "sauvagerie" sur les "civilisés", mais comme le  heurt de deux civilisations différentes - sans considération de valeurs-.

 

9) En conclusion

 

Mineure par le nombre des combattants si l'on considère bien d'autres batailles historiques, Little Big Horn est cependant l'un des évènements majeurs de l'histoire américaine. Un fait le prouve. lors de la Seconde Guerre d'Irak, un journaliste demanda au commandant d'une unité de l'armée américaine pourquoi il ne pénétrait pas avec ses hommes dans une cité en pleine insurrection. L'officier répondit laconiquement : "Je ne suis pas Custer!". Autrement dit, je ne vais pas foncer bille en tête et mettre en jeu la vie de mes hommes sans savoir où je vais et combien d'ennemis je vais avoir en face de moi. Sage conseil à méditer par tous!

 

Et histoire pas si lointaine! Charles Windolph, membre de la compagnie H du 7ème de cavalerie, né en 1851, décéda en 1950 presque centenaire. Il laissa un récit de la bataille, celui d'un simple soldat qui vit certains de ses meilleurs amis mourir à ses côtés tués d'une flèche ou d'une balle. Il était titulaire d'une "medal of honour" et d'une "purple heart" pour avoir été avec deux autres de ses compagnons chercher de l'eau pour les blessés et les autres soldats dans la Little Big Horn River sous la menace constante et présente des indiens. Il n'avait aucune haine envers ceux ci. Il avait pourtant aidé à enterré les corps mutilés des hommes de Custer. Il pensait que les indiens avaient gagné parce qu'ils étaient les plus nombreux et que "c'était leur jour". Il quitta l'armée en 1883 pour devenir ingénieur et admirait Benteen, considérant que ce dernier lui avait sauvé la vie et celle de nombreux soldats par ses décisions, sans pour autant faire partie des détracteurs de Custer.

 


 

A-t-il rencontré un jour Beard? Ce Lakota Minniconjou (Wasu Maza/Iron Hail/) né en 1857 est mort en 1955 presque centenaire. Il affronta les soldats de Custer sur Last Stand Hill avec son arc et ses flèches. En 1890, sa famille sera anéantie dans le massacre de Wounded Knee. Lui s'en tirera bien que gravement blessé. Il refondera une famille, deviendra rancher et adoptera le nom américain de Dewey Beard par admiration pour l'amiral Dewey, l'un des héros de la guerre de 1898 contre l'Espagne. Durant la seconde guerre mondiale, l'armée américaine l'expropriera de ses terres pour les inclure dans un terrain d'entraînement au tir pour l'aviation. Il mourra sans les avoir récupéré ou être dédommagé.

 

 

Il aurait pu aussi parler avec une Lakota, Lucille Larabee. Âgé de quatre ans au moment de la bataille, elle décéda en 1962 à 90 ans, dernière personne à avoir été de son vivant prise dans la bataille.

Finalement, tout cela n'est pas si ancien! Et c'est à eux tous que ces pages sont dédiées.... Guerriers, femmes et enfants indiens tués lors de l'affrontement, mais aussi soldats de Custer victimes d'une politique basée sur l'avidité et la cupidité, conduits à leur trèpas par un général courageux, mais trop audacieux.

 

Puissent-ils reposer en paix!

 

Little Big Horn (1) La bataille

Little Big Horn (2) Suites et polémiques

Little Big Horn (3) Le cas Frank Finkel : seul rescapé des hommes de Custer ou mystificateur?

 

 

 

 



06/05/2011
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