L'ours polaire

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Little Big Horn (3) Le cas Frank Finkel : seul rescapé des hommes de Custer ou mystificateur?

Image extraite du docu-fiction "Custer's last man"

 

 

1) Il y-a-t-il eu un survivant parmi les hommes de Custer? : le cas Frank Finkel.

Entre 1876 et 1930, pas moins de 70 personnes affirmèrent la main sur le coeur avoir survécu à leurs compagnons tombés avec Custer. Ils racontaient qu'ils s'étaient échappés en se déguisant en indien en s'enveloppant dans une couverture, ou qu'ils s'étaient cachés dans une carcasse de cheval ou de bison. D'autres, inspirés par la légende de Pocahontas prétendirent avoir été sauvé par "la fille du chef qui les avaient trouvé irrésistible"! En fait, pour reprendre les propos d'un historien, si chacun de ces hommes avait dit la vérité, il y aurait plus "d'unique survivant du Custer's Last Stand" que d'indiens présents ce jour-là!
Tout ces mystificateurs ou mythomanes furent rapidement démasqués. Il est toutefois un autre homme, Frank Finkel, dont l'histoire sort de l'ordinaire et mérite un examen plus approfondie

 

 

Frank Finkel (1854-1930)

 

Fils d'immigrés allemands, Frank Finkel naquit en 1854 dans l'Ohio dans le Comté de Washington. Il était le troisième fils de Peter et Magdalena Finckle. On trouve mention de leur ferme dans le recensement de 1860 avec une valeur de 500$ de l'époque, sous le nom "Finkle". La ferme était dans la moyenne de l'époque. Les parents de Finkel avaient en tout six fils et une fille et on parlait l'allemand à la maison. Toutefois, les enfants étaient scolarisés et s'exprimaient aussi bien en anglais qu'en allemand. A la mort de Peter Finkle en 1868, plusieurs des fils quittèrent une ferme trop petite pour nourrir tout le monde dans le but de chercher du travail. Parmi eux, Frank Finkle.

Il tenta sa chance à Chicago, mais ne trouva pas d'emploi. Aussi, il fit ce que firent beaucoup de jeunes gens qui selon ses propres paroles étaient comme lui "trop fier pour mendier et trop bête pour voler", il s'engagea dans l'armée américaine. Comme il pensait à son futur et à d'éventuelles promotions, il germanisa son nom en August Finckle, plaça son lieu de naissance à Berlin et indiqua "fonctionnaire" comme emploi. L'armée allemande avait écrasé l'année précédente la France de Napoléon III et les soldats allemands qui passaient pour les meilleurs du monde étaient très recherchés. Il se vieillit aussi, faisant passer son âge de 18 à 27 ans! Il racontera à tout le monde, y compris à son ami Charles Windolph (7ème de Cavalerie) qu'il avait été officier dans l'armée prussienne. Il mesurait plus d'un mètre quatre-vingt, avait des cheveux noirs et des yeux gris. Dès 1874, il sera nommé sergent.

 

Thomas Custer


Après un bref passage en Arizona, il fut affecté à la Compagnie C du 7ème de cavalerie, commandé par Thomas Custer. Tous les hommes de cette compagnie étaient très fiers de leur unité et totalement dévoués au général Custer. C'est le coeur plein d'allant qu'ils se lancèrent dans la campagne de 1876 contre les Cheyennes et Sioux. Pourtant, le 24 juin, un jour avant la bataille, Thomas Custer était nerveux et son second, le lieutenant Harrington, faisait depuis plusieurs nuits des cauchemars où il se voyait attaché à un arbre et torturé par des indiens. A l'approche de la Little Big Horn, ils découvrirent les traces d'un camp abandonné depuis quelques jours où se dressait un teepee solitaire abritant le corps d'un guerrier, avec planté sur un bâton le scalp d'un homme blanc. Ils ignoraient que le guerrier était mort des blessures reçus à la bataille de la Rosebud quelques jours plus tôt. Ils détrusirent le tepee par le feu, ce que les éclaireurs indiens leurs reprochèrent, et le troisième sergent Jeremiah Finley, un ami de Finkle, prit le scalp dans sa sacoche de selle.
 
 La compagnie C était l'unité de pointe du 7ème de cavalerie dans sa progression vers Little Big Horn. Finkle avait des problèmes avec sa monture du fait de sa taille et de son poids. Il était sans doute l'un des hommes les plus grands parmi le régiment. Le sergeant Daniel Kanipe se rappelera en 1924 qu'il chevauchait avec lui près du Capitaine Tom Custer et que Finkle prendra un moment du retard parce que sa monture renaclait et que c'était pour cette raison qu'il sera choisi, lui et non pas Finkle, pour porter un message à Benteen... et qu'il eut ainsi la vie sauve!
En tout, quatre hommes de la compagnie C restèrent en arrière et eurent ainsi la vie sauve : deux en raison de l'épuisement avéré de leurs montures, deux peut être par lâcheté. Finkle continua avec le reste des hommes de Thomas Custer.
 
D'après le récit de Finkle, ils prirent position sur Calhoun Hill, juste au-dessus du village Hunkpapa. Quand la menace indienne se fit pressante, les hommes de la Compagnie C reçurent l'ordre de monter à cheval. Finkel exécuta l'ordre et tirait à la carabine sur les indiens qu'il pouvait voir quand une balle frappa la crosse de sa carabine, projetant le baril en acier de celle-ci sur son front avec une telle force qu'il en fut assommé. Une autre balle le frappera à la jambe, une troisième sur le flanc. La bride de son cheval fut coupée par un autre projectile et son cheval fut éraflé au flanc par une balle. L'animal fonça lors comme une flèche au milieu des indiens, descendit Calhoun Hill, traversa les rangs indiens avant de disparaître dans les plaines avec un Finkle groggy sur son dos!
 
A l'appui des affirmations de Finkel, on cite le témoignage de Rain In The Face qui aurait affirmé en 1894 à W. Kant Thomas qu'un cavalier s'était échappé en traversant le village. En fait, Rain In The Face n'avait pas été lui-même témoin de la scène, mais rapportait des propos tenus peu après la bataille par des femmes. Lui-même n'avait rien vu de tel!

Pour reprendre le récit de Finkle, ce dernier raconte que son cheval l'entraîna vers l'est (il n'a donc par conséquent traversé ni le village, ni la Little Big Horn) et que le jour suivant il traversa les trois branches du Tullock's Creek où il trouva de l'eau. Puis il atteignit la confluence de la Rosebud (Stillwater) et du Yellowstone où il fut forcé d'euthanasier son cheval mourant. Ce cheval sera retrouvé en août par le lieutenant Godfrey qui le mentionna dans un témoignage de 1892. A l'époque, il mentionna que l'état de décomposition de l'animal rendait impossible toute identification et ce n'est qu'en 1921 qu'il aura la conviction d'avoir vu un cheval de la compagnie C, en raison de la couleur des poils de ce dernier.


Citons son témoignage : "En août, nous avons campé au confluent de la Rosebud (Stillwater) et du Yellowstone où nous avons trouvé la carcasse d'un cheval tué d'une balle dans la tête; une carabine se trouvait près du cheval, sur la selle il y avait un petit sac en canevas avec du grain, qui était utilisé par le 7ème de cavalerie pour porter de l'avoine pour les montures durant une marche, quand on était éloigné des chariots de ravitaillement. A l'époque de la découverte, nous avons pensé qu'un homme s'était échappé et qu'il avait en atteignant la rivière tué sa monture pour sa viande et utilisé les sangles de sa selle pour lier ensemble les éléments d'un radeau. Un indien n'aurait pas laissé la carabine derrière lui, mais l'homme aurait pu la laisser, soit qu'il n'avait plus de munitions pour elle, soit qu'elle représentait un excédent de poids pour son radeau".


Pour en revenir à Little Big Horn, le Sergent Kanipe déclara avoir trouvé le corps de Finkle sur le champ de bataille. Mais de son propre aveu, les corps souvent mutilés et ayant reposé durant trois jours sous un chaud soleil était difficilement identifiable, d'autant que beaucoup avaient été tué ou achevé à coups de casses têtes et que tous leurs vêtements et objets personnels avaient été volés. Charles Windolph, qui avait parcouru le champ de bataille à la recherche du corps de Finkle, affirma n'avoir pu identifier ce dernier parmi les corps.

Mais continuons le récit de Finkle. Il continua difficilement à pied jusqu'à ce qu'il tombe sur un homme blanc qui coupait du bois devant une cabane. Ce dernier fit mine de fuir à la vue d'un soldat, avant de revenir vers lui avec une arme et de lui intimer l'ordre de partir. mais Finkle, affaiblit par ses blessures s'effondra. Finkle sera soigné par cet homme, et un dénommé Bill. Les deux hommes affirmèrent à Finkle qu'ils étaient des trappeurs, mais d'après Finkle qui n'avait vu aucun piège dans la cabane, il s'agissait plus vraisemblablement de trafiquants d'armes et de whisky, auquel cas il avait de la chance qu'ils lui aient laissé la vie sauve. Finkle resta avec les deux hommes le temps qu'il guérisse, puis aida Bill à soigner le second homme qui était au dernier stade de la tuberculose. Ils ne purent le guérir et se séparèrent après l'avoir enterré.

Quand Finkle rejoignit la "civiisation", il s'aperçu qu'il avait été déclaré décédé après la bataille de Little Big Horn et qu'il ne pouvait obtenir une décharge de l'armée sans la présence de deux témoins pouvant attester qu'il en faisait partie. Bref, s'il se faisait connaître, il risquait d'être accusé de désertion! Il décida donc de profiter de son décès pour mener une nouvelle vie. Il restera près d'un an à Saint Louis comme livreur de lait avant de gagner la Californie, puis de s'établir à Dayton dans l'état du Washington. Là, il utilisera le peu d'économie qu'il avait et ses talents de charpentier et de fermier pour spéculer. Il achetait des terres vacantes, y batissait une ferme et mettait les terres en culture. Puis il revendait au plus offrant, rachetait de nouvelles terres et continuait le même système sur une échelle de plus en plus grande. En 1886, il se maria à Delia Rainwater, dont le père était l'un des fermiers les plus prospéres de Dayton et l'un des leaders de la communauté. Finkle cacha son passé à sa femme. Il attribuera ses cicatrices à un combat contre les indiens, mais évitera de mentionner le nom de Little Big Horn.

Peu à peu, Finkle transformera son nom en Finkel. Devenu un homme prospère et respecté à Dayton, il aura quatre enfants avec sa femme, dont trois survivront. Son fils Ben sera plusieurs fois élu en Idaho. C'est en 1920 lors d'une fête que Finkel revendiqua pour la première fois son statut de survivant de la Compagnie C devant un fermier qui faisait des remarques sur "ce pauvre Custer piégé par les Indiens". Le 8 avril de la même année, il accepta de parler de Little Big Horn devant le club Kiwanis de la ville de Dayton. Un journaliste rapportera ses propos, citant notamment un terme d'argot de cavalerie qu'il ne comprenait pas et qui est un élément de preuve de l'appartenance de Finkel à ce corps durant une partie de sa vie.

 

Il parlera de nouveau le 25 juin 1921 lors du 45éme anniversaire de la bataille devant les journalistes et racontera ceci à un reporter : "La bataille s'ouvrit avec une attaque sur un village indien. Le général Custer menait personnellement une partie des troupes, l'autre étant menée par le major Reno. Les troupes sous Custer chevauchaient pour attaquer le village quand il y eut soudain une multitude de cris de guerre et des indiens sortirent de derrière chaque buisson et descendirent des collines. Des hommes et des chevaux tombaient tout autour de moi. Une balle frappa la crosse de mon fusil et projeta le barillet de mon arme qui me frappa entre les yeux. Mon cheval s'emballa alors et m'emmena à moitié aveugle à travers les rangs des indiens."

Sa femme étant morte, Finkel se remariera et décédera sans avoir jamais contredit ses déclarations ou avoué un quelconque mensonge. Après son décès, sa seconde femme tentera d'obtenir une pension de l'armée en disant que son mari ne se nommait pas Finkel, mais Frank Hall. Mais ce dernier, qui ne mesurait qu'un mètre soixante et onze, avait des yeux bruns et 14 ans de plus que Finkel, avait déserté du 7ème de cavalerie en mai 1875, un an avant la Little Big Horn. 

Delia Finkel décédera en août 1921 après une brève maladie. La signature de son mari sur le testament de Delia est exactement la même figurant sur les registres d'enrôlement de 1872 d'après un graphologue. En 1926, Finkel épousa Hermie, une canadienne qui était au courant de son statut de "survivant du massacre Custer", mais qui ne savait rien de l'ancienne armée de l'Ouest ou des indiens. En 1930, Frank Finkel décéda à l'âge de 76 ans, assez riche pour ne pas avoir besoin d'une quelconque pension de l'armée.

Hermie se remaria avec un dénommé Billmeyer, un épicier du Wisconsin particulièrement peu doué pour les affaires. Après le krach de 1929 qui ruina ce dernier, Hermie éprouva le besoin de toucher une pension et peut être de profiter du statut de "survivant du massacre de Custer" de son défunt époux. Jusqu'à sa mort en 1951, elle arrosera les officiels et les historiens spécialistes de Custer de lettres pour présenter ses revendications quant à une pension et au statut "historique" de son mari.

 

Malheureusement pour elle, Hermie croyait dur comme fer que son mari s'était engagé sous le nom de Frank Hall, quelqu'un lui soufflant en plus que c'était en Iowa en 1874 et qu'il avait servi comme soldat et caporal. Pire, elle déforma l'histoire de son mari pour servir ses intérêts! Dans l'une des dernières interviews qu'elle donna à un journal, vers 1942, elle raconta que son mari avait simulé la mort sur le champ de bataille jusqu'au jour suivant et qu'il avait tué un indien qui furetait, quelque chose que son défunt époux n'avait jamais raconté. Elle affirma aussi que Finkel et Finckle n'étaient pas le même homme. En plus, Finkel avait lors de l'entrée en guerre des Etats Unis contre l'Allemagne de Guillaume II évité toute mention de son lieu de naissance fictif à Berlin pour ne pas nuire à la carrière politique de son fils Ben. Hermie se révéla aussi jalouse de la mémoire de la première épouse de Finkel, Delia en affirmant que celle-ci ne savait rien de la carrière militaire de son époux, alors qu'elle avait bien évidemment vue les cicatrices des blessures de Finkel et interrogé son mari à ce sujet. Finkel révéla en plus sa revendication d'être un survivant des hommes de Custer 18 mois avant la mort de Delia! Toutes ses manigances pour toucher une pension nuiront considérablement à l'histoire de Finkel.

 

 

 2) Que penser de cette histoire?

 

Voyons d'abord les points en faveur de Finkel :


1) Finkel a toujours dit que son cheval était un rouan de la Compagnie C, ce qui correspond aux couleurs des chevaux de cette compagnie;

 

2) La description géographique du terrain faite par Finkel correspond à la réalité;


3) Il utilisait l'argot de l'ancienne Armée de l'Ouest;

 

4) Il ne romançait pas sa description de la bataille, ni son rôle et décrivait crûment la déroute de sa compagnie, cas exceptionnel et même unique chez les soit-disant survivants du "Last Stand";

 

 

Maintenant les points en sa défaveur :

 

1) Kanipe déclara en effet à l'historien Walter Camp avoir trouvé sur le champ de bataille "les sergents Finley et Finckle très mutilés".

Windolph affirma n'avoir pas pu trouver le corps de son ami Finckle, mais Windolph n'était qu'un simple soldat et il ne lui était pas permis de faire du tourisme sur le champ de bataille qu'il ne visita pas en totalité. Le fait "qu'il ne le trouva pas" doit se comprendre "qu'il ne reconnut pas dans les corps qu'il pu voir", ce qui est une importante nuance!

Pour Mike Nunnally qui étudia le cas de plusieurs charlantans et leur consacra même un livre, Finkle mentait. Pour lui, le seul Finckle présent sur le champ de bataille était George August Finckle, un immigrant allemand de 32 ans né à Berlin et son corps avait été retrouvé entre celui du sergent Finley et du lieutenant Calhoun. Son corps était très mutilé.

 

2)Rain In the Face, souvent cité comme témoin, ne rapporte pas un fait dont il a été témoin, mais simplement un "on m'a dit que.."


3) Si Godfrey affirme bien dans ses mémoires avoir trouvé un cheval euthanasié par balle au confluent de la Rosebud (Stillwater) et du Yellowstone, ce n'est que très tardivement (1921!) qu'il  indiquera que ce cheval appartenait à la compagnie C (Thomas Custer) en raison de la couleur de ses poils. Observation ou certitude forgée au fil du temps? Par ailleurs, on peut douter du témoignage d'un homme qui affirma la main sur le coeur n'avoir pas vu à Wounded Knee de soldats tirer sur des femmes ou des enfants Lakotas. Ces derniers sont sans doute morts d'angine de poitrine ou de rhume de cerveau!

 

4) Si la présence de trafiquants en territoire indien "Hostile" est possible mais improbable, ces gens couraient d'énormes risques : d'une part avoir de bonnes relations avec un groupe ne protégeait pas des autres, et surtout il était bien tentant pour des guerriers de s'emparer sans coup férir des armes et des biens de ces derniers plutôt que de les acheter. Cette partie de l'histoire de Finkle est certainement la plus fragile!

 

5) La similitude de signature n'est pas une preuve absolue. Seul un graphologue a trouvé une similiarité.


 

 3) Jugement personnel

 

Il est très difficile en histoire de séparer la vérité du mensonge. On peut en effet avoir affaire à des demi-vérités ou à des demi-mensonges, surtout quand on étudie, comme c'est là mon cas, des informations qui sont par principe invérifiables.

 

Le cas Finkel en est un exemple : nous avons un individu affirmant qu'il est le seul survivant des hommes ayant suivit Custer, mais nous n'avons que des indices et pas de preuves irréfutables qui permettent de trancher de façon claire entre le mensonge pur et simple, la vérité ou la demi vérité.

 

D'où mon jugement personnel : Finkel ne mentait pas. Il a vraiment été à Little Big Horn avec Custer. Mais il n'a pas dit toute la vérité. Il a dû cacher ou taire des faits. Reste à savoir lesquels et pourquoi....

 

Ce que je pense personnellement, car chacun peut faire des recherches sur ce sujet pour se bâtir son opinion, est que l'une des vérités possible est sans doute celle-ci :

 

Finkel a été réellement dans la cavalerie, et faisait parti effectivement de la Compagnie C de Thomas Custer (7ème de cavalerie). Il a réellement avec ce dernier accompagné les autres bataillons emmenés par Custer.

 

Le trompette Martini, officiellement le dernier homme a avoir quitté la colonne de Custer pour envoyer un ordre à Benteen, a mentionné que Finkel avait des problèmes avec sa monture du fait de sa taille et de son poids. Or, nous savons que la colonne Custer laissa derrrière elle quatre hommes. Les chevaux étaient en effet très fatigués par le rythme d'enfer que Custer avait imposé à ses soldats. La fatigue des montures de ces cavaliers leur sauva la vie, que ce soit pour certains d'entre eux un prétexte ou non n'est pas important!

 

Finkel peut donc très bien s'être trouvé "décroché" de son bataillon et même de la colonne s'il avait de grosses difficultés avec sa monture. Il avait dès lors deux options : "pousser" sa monture pour rejoindre la colonne, ou rester en arrière pour laisser souffler celle-ci et rejoindre ensuite son unité. Mon opinion est qu'il a choisi cette seconde solution. Mais il n'a pas tardé à avoir un gros problème sur le dos...

 

La dernière vision qu'a eu le trompette Martini des hommes de Custer était de les voir sous le feu d'indiens. Lui-même aura son cheval blessé et aura de la chance de rejoindre Benteen. Si mon impression personnelle est la bonne, notre homme s'est lui aussi trouvé sous le tir des indiens. Avec une monture rétive et seul, il était vraiment dans une mauvaise passe. C'est sans doute à ce moment qu'il fut blessé au flanc et au pied gauche. Vous noterez que je ne reprends pas l'histoire de la blessure au front. C'est parce qu'il est possible qu'elle remonte à une autre période de sa vie et laisse l'avantage de laisser sa carabine intacte!

 

Finkel n'avait guère d'autre choix que de filer le plus vite possible. Or, la route vers le sud lui était coupée. Vers l'ouest c'était la Little Big Horn et le camp indien. Vers le nord, il y avait des indiens entre lui et ses camarades. Sa seule issue était de partir vers l'est et de s'éloigner sur sa monture le plus loin possible!

 

Son pauvre cheval a dû souffrir, car il est plausible que Finkel le poussa à bout, surtout s'il fut comme je le pense poursuivi sur une certaine distance. Il décida de continuer vers l'est en espérant rencontrer les hommes de Crook. Il faut avoir à ce stade de l'histoire que Finkel ne savait rien de ce qui s'était passé sur la Rosebud et qu'il ne réalisait pas ce qui se déroulait sur la Little Big Horn. Peut être même avait-il perdu connaissance du fait de ses blessures durant un certain temps, laissant sa monture décider seule de l'allure et du chemin.

 

Finkel en tout cas pansa ses blessures tant bien que mal et continua sa route jusqu'au confluent de la Rosebud ("Stillwater") et du Yellowstone. Là, il euthanasia son cheval. L'animal à bout de force était peut être blessé... Il abandonna sa carabine et en jeta les munitions dans le fleuve pour que les indiens ne puissent utiliser son arme et se confectionna un radeau comme l'avait supposé Godfrey.

 

Sa rencontre avec les deux hommes qui l'ont soigné a été sans doute en partie inventée. Il a sans doute plus vraisemblablement dérivé au fil du courant et été recueilli par des gens qui ont soigné ses blessures. Il peut effectivement s'agir de blancs... mais aussi d'indiens pacifiques (Arikaras, Mandans, Hidatsas, Blackfoots... les clients ne manquent pas) venus chasser le bison sur la Yellowstone.

 

Comment Finkel a appris la nouvelle de Little Big Horn, nous ne le saurons jamais, mais il est douteux qu'il se soit présenté à un poste militaire pour y être démobilisé. Il a sans aucun doute réalisé avant qu'il serait pris au mieux pour un lâche, au pire pour un déserteur! Il n'avait dès lors qu'une seule solution pour lui : disparaître et effacer ses traces.

 

Mais pourquoi notre homme s'est-il manifesté en revendiquant d'être un survivant du "Custer's Last Stand" en 1920? Au départ il y a la colère d'un homme, peut être échauffé par suffisament d'alcool pour perdre toute prudence sans cependant être ivre. Puis la volonté d'être reconnu comme tel par tous.

 

Mais il avait un problème : il lui fallait échapper à l'accusation de lâcheté ou de désertion. Il bricola alors son histoire avec d'autant plus de facilité qu'une abondante littérature et de nombreux témoignages avaient été publié en livres et dans la presse. Il inventa aussi l'histoire des deux hommes et de la cabane, sans doute le point le plus faible de son histoire...

 

Dans un certain sens, il ne mentait pas. Il était le dernier homme a avoir vu vivant les hommes de Custer. Mais il ne s'est jamais échappé de Calhoun Hill de la façon dont il l'a raconté.

 

Il n'était ni un imposteur, ni quelqu'un qui disait la vérité. C'était un demi-menteur! Du moins dans mon esprit...

 

 

4) Jugement des historiens

 

Le "cas Finkel" est connu depuis déjà plusieurs décennies des historiens spécialisés dans le "Old West" et Little Big Horn. Eux n'ont aucun doute : Finkle était un mystificateur. Il est de fait que pour échapper aux indiens au moment où la Compagnie C se trouvait sur la Calhoun Hill, il aurait fallu rien de moins qu'un miracle!

 

Le dossier Finkel a été en fait "réouvert" par un journaliste du New Jersey, John P. Koster, qui a précédemment publié un ouvrage sur Wounded Knee. Il est convaincu que Finkel disait la vérité et a inspiré à "History Channel" un documentaire fort bien fait...

 


 

Mais qui laisse une fin ouverte, sans conclure...

 

Et vous? Quelle est votre opinion?

 

Little Big Horn (1) La bataille

Little Big Horn (2) Suites et polémiques

Little Big Horn (4) : Légendes et fantômes

 







24/06/2011
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