L'ours polaire

L'ours polaire

Histoire des Chiricahuas (4e partie) : Prisons

 

 

 

 

 

 

 

  Crook abandonne


La première victime de la fuite de Géronimo sera le général Crook. Rendu responsable de cette évasion par son supérieur le général Sheridan, il était aux prises avec la fureur de ce dernier qui voulait savoir comment cela était arrivé et ce qu'il comptait faire pour remettre la main sur les "Hostiles".
Tandis que Crook rendait justement responsable des événements Tribolet et la "Mafia de Tucson", Sheridan en attribuait la responsabilité à la "confiance aveugle" de Crook en ses éclaireurs Apaches. Il lui ordonna donc de modifier sa stratégie en recourant à l'infanterie pour "boucler" la frontière avec le Mexique.

Fatigué et irrité, Crook répondit à Sheridan en lui disant que jusqu'à présent sa stratégie n'avait remporté que des succès et qu'il demandait à être relevé de son commandement.
Sheridan lui donna rapidement satisfaction en le nommant à la tête du département de la Platte, dans les Plaines du Nord. Et il lui donna comme successeur Nelson Appleton Miles.


Nelson Appleton Miles (1839-1925)

 

Nelson Miles

 

Le successeur de Crook était né en 1839dans le Massachusetts et aurait pu devenir un brillant épicier si la Guerre de Sécession n'avait éclaté. Lieutenant de volontaires dans les troupes fédérales, cet homme ambitieux découvrira vite que l'armée et la guerre pouvait lui permettre de grimper rapidement dans la hiérarchie sociale. Très vite, il acheta une commission de colonel et trouva le moyen d'être nommé major-général breveté à la fin de la guerre.

Il est alors nommé colonel du 5ème d'infanterie, stationné à Fort Dodge dans le Kansas, ce qui lui permet d'assister aux guerres contre les nomades des Plaines du Sud (Cheyennes, Arapahoes, Comanches et Kiowas). Il participera notamment avec ses 700 hommes à la campagne d'août 1874 contre les Kiowas. Les surprenant sur la Red River, il les mettra en fuite et se fera une solide réputation de combattants d'indiens. Il détruisait en effet tout village à sa portée, tuait les chevaux et détruisait les réserves de nourriture des "Hostiles".
Il se distinguera dans les Plaines du Nord après le désastre de Little Big Horn en forçant les Cheyennes de Dull Knife, puis les Sioux de Crazy Horse (janvier 1877) à la reddition. La même année, il traquera les Nez Percés du chef Joseph et l'arrêtera dans sa tentative désespérée d'atteindre le Canada.


Entre temps, il avait épousé la nièce de Sheridan, ce qui renforçait sa position dans la haute société.
Cela ne suffisait cependant pas à calmer son ambition insatiable! Quand Crook fut nommé général, il écrivit à Sheridan pour se plaindre de ne pas avoir cette promotion! En arrivant à Fort Bowie, pour remplacer l'homme qu'il jalousait, il escomptait bien acquérir son étoile de général avec la peau de Géronimo.


Passation de pouvoir et première déportation

Le 7 avril 1886, Crook présida au départ de 77 Chiricahuas pour la Floride. Il s'agissait de quinze hommes, dont Chihuahua, Nana et Johlsannie (Ulzana), de 29 enfants, dont trois de Géronimo, et de 33 femmes, dont deux épouses de Géronimo. Leur destination? La petite gare de Bowie qu'ils gagnèrent en chariot avant de partir en wagons de voyageurs vers leur lointaine destination : Fort Marion, dont nous reparlerons plus loin.

D'entrée de jeu, Miles décida de suivre à la lettre les recommandations de Sheridan : il boucla la frontière en installant le nec plus ultra de la technologie de l'époque, soit 27 stations équipées de miroirs optiques orientables permettant de transmettre en deux heures un message de 25 mots sur 400 kilomètres. Ainsi, Miles recevrait rapidement à son quartier général la nouvelle de toute tentative de passage des membres de la bande de Geronimo. Il donna ensuite la primauté à l'infanterie sur la cavalerie, son armée ne comptant pas moins de 5000 fantassins et cavaliers, soit près du quart des effectifs de l'armée américaine de l'époque!
Partageant la méfiance de Sherman, il avait renvoyé à leurs foyers les éclaireurs Apaches.
Face à un tel déploiement de technologie, comment les "Hostiles" auraient-ils pu passer la frontière?


Combats

Et pourtant, par groupes de trois au quatre hommes, ils passèrent la frontière et attaquèrent des ranches, poussant l'audace jusqu'à s'aventurer sur les réserves de Fort Apache et de San Carlos. L'armée perdra un homme lors d'un accrochage avec les hommes de Géronimo.
De l'autre côté de la frontière, les Mexicains ne sont guère plus heureux,  notamment le 17 mai 1886 près de Planchos contre Géronimo où ils perdent plusieurs hommes.


Sierras torrides

Devant cet échec, Miles, qui craignait pour ses étoiles, écouta ses officiers les plus chevronnés.
Il décida d'envoyer à la recherche des "Hostiles" une colonne commandée par le capitaine Lawton et le lieutenant Wood. Outre une compagnie d'infanterie, 35 cavaliers et une centaine de mules de bâts, cette colonne comprenait 20 éclaireurs Apaches sous les ordres de Tom Horn. Miles avait aussi écouté les avis de ceux qui préconisaient le retour de ces hommes qu'ils jugeaient à raison indispensable pour trouver Naiche et Géronimo.
Pendant trois semaines, ils sillonnèrent sous un soleil ardent les montagnes du Sonora, sans trouver la moindre trace des Apaches. Les hommes étaient épuisés et Lawton lui-même sera victime d'une insolation! La colonne rentrera piteusement à Fort Bowie, son chef fort inconfortablement placé sur un travois.

Elle repartira dans les montagnes mexicaines en juillet sur les ordres d'un Miles de plus en plus nerveux. Ce dernier s'occupait alors de préparer la déportation de tous les Chiricahuas hors de l'Arizona. Il s'efforçait de dissimuler son projet qui avait, il le savait, l'accord du Président Cleveland. Il fit partir pour Washington une délégation Chiricahua chargée de négocier ce projet. Bien entendu, il n'était pas question d'aborder ce point avec Géronimo si ce dernier devait être rencontré pour des négociations de reddition.

Une autre expédition suivit de peu celle de Lawton. menée par un vétéran des guerres Apaches, Gatewood, elle compte 25 cavaliers et vingt scouts Apaches, dont deux Chiricahuas, Martine et Kayitah auquel Miles avait fait de mirifiques promesses s'ils menaient les soldats vers Géronimo.
Conscient de la faiblesse de sa colonne, Gatewood s'efforça de rejoindre Lawton et Wood qu'il finit par rejoindre sur le rio Aros, à 400 kilomètres au sud de la frontière mexicaine.
Lawton et Wood avaient attaqué quelques jours plus tôt le camp de Géronimo. Vainqueurs le matin, ils seront vaincus dans l'après-midi par les Apaches qui reprirent les chevaux que les soldats avaient capturé, leur tuant un homme.


Le piège de Fronteras

Ils avaient alors perdu la piste de Géronimo, quand arriva opportunément un scout de apache de Lawton qui les avertit qu'il avait rencontré ce dernier et ses compagnons près de Fronteras, à la frontière américano-mexicaine, à près de 400 kilomètres au nord!
A marche forcée, les soldats et les scouts repartirent vers le nord. Parti en avant, Gatewood atteignit Fronteras le 20 août 1886 avec 22 scouts Apaches et 6 soldats. Il y apprend que le matin même de son arrivée deux femmes Apaches (Lozen et Gouyen) avaient été reçues par le Préfet local et étaient reparties vers le nord chargées de provisions.

Soupçonnant quelque chose de louche, Gatewood demanda et obtint une audience du Préfet de Fronteras. Ce dernier reconnu les faits et déclara à Gatewood qu'il avait envoyé les deux femmes avec un message invitant Géronimo à venir à Fronteras pour des négociations de paix. Ces dernières étaient un piège. Une fois les Apaches dans la ville, il comptait les enivrer avec du "pulque' et les faire massacrer par les 200 soldats qu'il avait en ville. le Préfet demanda à Gatewood de ne rien faire qui puisse faire échouer son traquenard.


Grande rafle à Fort Apache

Le même jour que Gatewood apprenait la trahison que tramait le Préfet de Fronteras (20 août 1886), Miles mettait en œuvre son projet de déportation des Chiricahuas en Floride. Sa cible n'était pas du tout les "Hostiles", mais les Chiricahuas vivant à San Carlos en paix.
Ceux qui combattaient encore n'étaient plus qu'une minorité. La majeure partie des Chiricahuas préféraient la vie terne, mais paisible, de la réserve, plutôt qu'une errance perpétuelle pour échapper aux balles des Américains et des Mexicains. Et ils gardaient l'espoir de meilleurs lendemains pour eux et pour leurs familles.
Bon nombre d'entre eux servaient d'éclaireurs à l'armée américaine : il y avait d'ailleurs plus de Chiricahuas au service de l'US Army qu'avec Géronimo! C'était pour eux une manière comme une autre de subvenir aux besoins de leurs familles. Pour certains, c'était aussi le moyen de sauver la vie de ceux qui s'étaient échappés en servant d'intermédiaire pour des négociations.

Quoiqu'il en soit, ce 20 août 1886, le commandant de la garnison de Fort Apache convoqua tous les hommes à l'agence indiennes pour les préparer à rencontrer le Président des États Unis à Washington. Ils devaient y venir désarmés.
Tous, dont une quarantaine d'anciens scouts s'y présentèrent sans méfiance. Aussitôt, ils furent cernés par des soldats armés jusqu'aux dents qui les parquèrent dans un corral où bientôt leurs femmes et leurs enfants les rejoignirent.
Le commandant de la garnison, le colonel Wade, leur déclara qu'ils étaient tous "prisonniers de guerre" et qu'on allait statuer sur leur sort. Puis il télégraphia à Miles pour l'informer du succès de son opération.

Les Chiricahuas ignoraient le sens de l'expression "prisonniers de guerre" et nourrirent dès lors la crainte d'être purement et simplement massacrés. Des Apaches d'autres tribus que les Chiricahuas qui avaient épousé une Chiricahua se retrouveront pris dans le filet de la rafle. A contrario, des Chiricahuas qui avaient épousés une Apache d'une autre tribu passèrent à travers les mailles du filet. Quelques "erreurs" pourront ainsi regagner le sud-ouest après parfois quatre ans de détention.


Gatewood et Géronimo

 

Charles Gatewood

Pendant ce temps, Gatewood sortait de Fronteras par le sud pour tromper le Préfet de Fronteras sur ses intentions. Dès qu'il fut hors de vue et certain de ne pas être suivit, il décrivit une boucle vers le nord pour retrouver la trace des deux femmes Chiricahuas. Celle-ci partait vers le sud-est, direction que Gatewood suivra à marche forcée durant deux jours.
Le 22 août, il établit son camp sur la rive sud du Bavispe. Il sait Géronimo proche et fait flotter sur son camp le drapeau blanc de la négociation. Le lendemain, il envoie Martine et Kayitah à la recherche de ce dernier.
Le matin suivant, Martine rentre seul. Lui et Kayitah ont rencontré Géronimo et Naiche. Ces derniers ont gardé Kayitah en otage jusqu'à ce que Gatewood les rejoigne sans autre escorte que quelques scouts, dont Martine.

Ils partent le lendemain et Gatewood arrive enfin au camp des "Hostiles". Il parlemente longuement avec Naiche et Géronimo. Gatewood leur garantissant la vie sauve à eux et leurs compagnons s'ils se rendent, tout en précisant qu'ils seront envoyés en Floride en attendant que le Président statue sur leur sort. L'autre alternative étant un combat à mort. Géronimo veut revenir à Fort Apache, pose des questions sur Miles et demande à Gatewood des assurances que le malheureux est bien en peine de lui donner! Il est alors heureux pour le courageux officier que Géronimo ignorait que le Président Grover Cleveland était partisan de le pendre dès sa capture...

Le 25, Gatewood, grâce à Kayiteh et Martine, obtient que Géronimo et Naiche le suivent avec leur petite troupe vers la frontière américano-mexicaine où ils doivent s'entretenir avec le général Miles à Skeleton Canyon. A la demande de Géronimo, qui s'inquiète d'une éventuelle attaque mexicaine, les hommes de Gatewood escortent la colonne.
L'idée s'avéra excellente, car le 28, le camp Gatewood-Géronimo-Naiche sera encerclé par 180 soldats mexicains venus de nulle part. Leur commandant exigea qu'on lui livre Géronimo, mais devant la fermeté de Gatewood, de Lawton et de Géronimo, il se retira avec ses hommes.


La dernière reddition de Géronimo

Apaches "hostiles", scouts et soldats arrivent au Skeleton Canyon pour y découvrir que Miles n'est pas au rendez-vous. Ce dernier fait dire par un messager qu'il arrivera le 3 septembre. Il ne dit pas le motif de son absence : il doit faire un discours à Tucson à l'occasion d'un repas donné à son honneur de "futur vainqueur"! On l'attend donc dans une grande nervosité de part et d'autre.

Il arrive donc le 3 et reçoit Géronimo et Naiche. Il leur dit que s'ils l'accompagnent à Fort Bowie, ils seront envoyés en Floride rejoindre leurs parents qui y ont été envoyé avec Chihuahua et Nana, soit 77 personnes. Il se garde bien de leur dire qu'il avait peu de temps auparavant envoyé l'ordre présidentiel de déporter vers la Floride les 382 Chiricahuas raflés à Fort Apache.
Surtout soucieux d'éviter la corde que leurs promettent les autorités civiles du sud-ouest, Géronimo et Naiche acceptent les conditions de Miles et se rendent.

Geronimo et quelques uns de ses hommes en 1886

Manque à l'appel Mangas le Jeune qui s'était séparé suite à une dispute du groupe Naiche-Géronimo. Il se rendra en octobre avec deux hommes, trois femmes et sept enfants.
Manque aussi quelques guerriers qui n'avaient aucune confiance en la parole de "l'homme blanc" et dont les soldats découvrirent par la suite l'endroit d'où ils surveillaient le déroulement des négociations.
Et enfin manque les bandes les plus méridionales des Chiricahuas Nednis qui vivent alors loin au sud de la frontière américaine, au Sonora Mexicain (Voir : "Ceux qui ne se sont jamais rendus").


Départ pour la Floride

Géronimo, Naiche et leurs compagnons arrivent à Fort Bowie le 4 septembre. Triomphant, Miles déclara à Géronimo qu'à partir de ce jour-là une vie nouvelle commencera pour lui dans l'oubli des querelles passées....
Miles claironnait partout qu'il avait "capturé" (à mains nues?) Géronimo, le "Tigre à face humaine" (enfin presque).

Le 8 septembre, les prisonniers sont emmenés en chariot pour la gare où ils prendront le train destinè à les emmener en Floride. Pour l'occasion les musiciens du 4ème de cavalerie ont revêtus leur uniforme de parade, comme toute la garnison d'ailleurs, et sur l'ordre de Miles jouent la vieille ballade irlandaise "Auld Lang Syne" ("Ce n'est qu'un au revoir, mes frères"). Pas par émotion, mais pour se moquer des partants.
A la gare où les attend une locomotive sous pression, il y a quelques curieux, mais surtout beaucoup de militaires. Surpris et craignant toujours d'être massacrés, les prisonniers sont répartis dans les wagons qui leurs sont assignés. Les hommes seront mis à part de leurs femmes et enfants. Les hommes de Lawton se placent à leurs postes de garde, fusils chargés en mains. Beaucoup feront aux Apaches le geste de leur trancher la gorge, ce qui avivera les craintes de ces derniers ou adresseront des gestes obscènes aux femmes.
A 14h55, après une dernière photographie, le train s'ébranle vers l'Est. Géronimo ne reviendra plus jamais dans le sud-ouest.

Escale du groupe de Geronimo en exil vers la Floride


Le train ne s'arrêtera pas à Denning (Nouveau-Mexique) en raison d'une troupe fortement armées et alcoolisées de cow-boys qui braillent en brandissant armes et cordes qu'ils vont "accueillir" les Apaches de Géronimo à leur manière...

Il s'arrête par contre à San Antonio où les Apaches sont détenus une journée dans le délabré Fort Houston. Le Président Cleveland était en effet désireux de connaître les termes exacts de la reddition de Géronimo. Il voulait aussi savoir pourquoi les captifs avaient été embarqués sans ordre pour la Floride, alors qu'ils devaient être détenus à Fort Bowie jusqu'à ce que le général Sheridan statue sur leur sort.
Le brigadier général Stanley interrogea Géronimo et Naiche chacun à part de l'autre et apprit la vérité sur les mensonges de Miles. Cela ne changea rien au sort des Chiricahuas : Washington ne pouvait se permettre de désavouer Miles qui était devenu un héros pour les populations blanches du sud-ouest. L'ordre fut donné de poursuivre vers la Floride.
Les hommes seraient détenus à Fort Pickens, les femmes et les enfants à Fort Marion où se trouvait depuis le 20 septembre les 381 Chiricahuas de Fort Apache.


Le voyage

Les Chiricahuas firent le voyage dans des conditions déplorables. Prenons l'exemple du convoi des déportés de Fort Apache. Ils partirent à pied de ce lieu le 7 septembre et marchèrent cinq jours et six nuits sous escorte militaire avant d'atteindre la gare de Holbrook, 160 kilomètres plus au nord. Ils y furent embarqués dans dix-huit wagons de voyageurs sous un soleil de plomb. Pour prévenir toute tentative d'évasion, les portes et les fenêtres de ces derniers furent condamnées pour les empêcher de les ouvrir.
Pour ajouter à leur supplice, les gardes négligèrent de les informer de la présence de toilettes à l'extrémité des voitures, si bien qu'ils n'osèrent plus au bout de quelques jours y pénétrer en raison de la puanteur des excréments humains.
Pour tous, c'était leur premier voyage en train. Les premiers tours de roues de la locomotive les terrifieront de même que leur premier tunnel. En plus, ils avaient la crainte constante que le train s'arrête et qu'ils soient massacrés dans un endroit désert. Les gardes afroaméricains les regardaient en se passant le doigt de façon éloquente sur la gorge et menaçaient les femmes de viol.

Les derniers à partir seront Mangas le Jeune avec son épouse accompagné du frère du premier et du jeune Asa Daklugie. Mangas tentera de se faire la belle. Après avoir retiré ses menottes, il sautera du train, mais s'assommera dans sa chute. Vite récupéré, il sera mis sous garde constante jusqu'à destination sans que l'on remarque son bras cassé. Sa femme et Asa Daklugie iront à Fort Marion, tandis que Mangas et son frère se retrouveront à Fort Pickens.

Chato, qui était à la tête de la délégation Chiricahua partie à Washington parler avec le Président Cleveland, verra son train détourné vers la Floride à Fort Leavenworth (Kansas).


Les évadés

Du train qui emmenait les Chiricahuas de Fort Apache en Floride, deux hommes parviendront à Cette photo montrerait Massaî vers 1885s'échapper : un Chiricahua, Massaï et son ami d'enfance, un Tonkawa nommé Gray Lizzard.

Massaï était né vers 1850 de White Cloud et Little Star, deux membres de la sous-tribu des Mimbrenos.
Gray Lizzard était quand à lui le fils d'un guerrier Tonkawa que les Chiricahuas avaient intégré dans leurs rangs malgré le mépris qu'ils éprouvaient pour ces derniers, les Tonkawas servant souvent d'éclaireurs pour les troupes américaines.
White Cloud entrepris de faire de son fils le meilleur guerrier de la nation Apache, lui imposant un programme de "survie" fort rude. Gray Lizzard suivit lui aussi cet entraînement qui leur apprit à survivre dans les pires conditions, à se battre au couteau (les Apaches n'utilisaient pas de hachettes), à tirer avec précision au fusil, au pistolet, à l'arc et à manier la lance. Les deux garçons devinrent aussi d'excellents cavaliers.

L'amitié entre Gray Lizzard, devenu comme son père un Chiricahua à part entière, perdura après le mariage des deux garçons. Massai deviendra père de deux enfants qui se trouvaient dans le même train que lui.

Massaï, qui avait fait parti de la cavale de Nana et de Géronimo en 1885, n'avait pas pris part à la dernière évasion. Mais il avait prêché la révolte aux hommes enfermés avec lui dans le corral de Fort Apache, sans réussir à convaincre ces hommes désarmés et séparés de leur famille de tenter le tout pour le tout.
Une fois à bord du train, dans le même wagon que Gray Lizzard, il entreprit de débloquer discrètement une fenêtre mal condamnée malgré les craintes des autres passagers du wagon qui  redoutaient des représailles en cas d'évasion.

Il aura sa chance près de Saint Louis dans le Missouri. Le train ralentit dans une courbe tandis qu'arrivait sur l'autre voie le convoi d'un cirque. Cela détourna pendant assez de temps l'attention des gardes pour qu'à la faveur de l'obscurité naissante les deux hommes sautent par la fenêtre. Leur évasion ne sera constatée qu'une fois le train arrivé en Floride, ce qui jouera en leur faveur.

Reste que les deux hommes, qui étaient atterris dans des buissons, se retrouvaient sans armes et sans chevaux à près de 2000 kilomètres de chez eux. Ils ne se découragèrent pas pour autant et se mirent en route, voyageant principalement de nuit, vers les plus proches hauteurs visibles au sud-ouest. Ils espéraient y trouver des indiens qui les aideraient, mais ne virent que les traces de blancs.
Ils auront toutefois une chance incroyable, qui laisse planer des doutes sur la fidélité de leurs épouses respectives, car c'était ce que l'on appelle une "veine de cocu". Ils tomberont sur le campement déserté de prospecteurs partis farfouiller dans les environs. Ils y feront une bonne moisson : des vivres, de l'eau et deux carabines Springfield avec des munitions.

Toujours à pied et évitant les lieux habités, les deux hommes se dirigeront vers l'ouest. Leur traversée des régions désertiques de l'ouest du Texas sera difficile. Ils avaient certes pris de l'eau dans des outres qu'ils avaient fabriqué avec les intestins d'animaux qu'ils avaient tué, mais il se retrouvèrent à cours d'eau et ne furent sauvés de la mort par la soif que grâce à une pluie providentielle.
Ils atteignirent les montagnes de la Sierra Bianca. Là, les deux hommes se séparèrent pour ne plus se revoir. Gray Lizzard étant enregistré comme Tonkawa n'était pas recherché par les américains avec la même ardeur que Massaï. Il gagna la réserve Mescaleros où il vécut en paix.

Massaï, quant à lui resta dans les montagnes. Il trouva une grotte pour s'abriter avec à proximité une fontaine alimentant un vaste bassin. Évitant d'utiliser son fusil pour attirer l'attention des blancs, civils et militaires, qui venaient chasser avec des éclaireurs Mescaleros dans la région, il passa un hiver solitaire.
L'année suivante, il alla à la rencontre de femmes Mescaleros qui venaient dans les montagnes récolter les pinons de pins. Il échangea du café avec elles, mais s'abstint soigneusement de reparaître par la suite.

Toutefois, la solitude pesait de plus en plus lourd sur les épaules d'un Massaï dont l'épouse et les deux enfants étaient à présent loin de lui, s'ils n'étaient pas morts.
Aussi, quand des jeunes femmes Mescaleros vinrent se laver dans le bassin de la fontaine, il surgit et en enleva une, Zanagoliche.
Il emmena cette dernière le plus loin possible de la Sierra Blanca comme une captive, mais sans lui faire subir quelque brutalité que ce soit. Quand il fut assez éloigné, il lui proposa soit de rentrer chez elle sur un cheval qu'il lui donnerait, soit de rester avec lui. Zanagoliche choisit de rester avec lui. Elle lui donnera six enfants.

La présence de Massaï au Nouveau Mexique n'était pas inconnue des blancs. On lui prêtait, à tort ou à raison, plusieurs meurtres et des vols. On lui en prêtait d'ailleurs beaucoup plus que ce qu'il a réellement fait.

En 1906, il souffrait de la tuberculose et sentait qu'il n'en avait plus pour longtemps. Il décida d'aller mettre sa famille en sécurité sur la réserve des Mescaleros, mais devait pour cela voler des chevaux. Il n'ignorait pas qu'il risquait de conduire à sa retraite des ennemis, mais décida de prendre le risque.
Il vola plusieurs chevaux qu'il laissa à bonne distance de son refuge. Son intention, une fois le moment du départ arrivé, était d'aller les chercher seul, puis de les ramener. Ainsi, s'il y avait un piège, il serait le seul à y tomber.

Et il y avait un piège : il avait été pisté par un "posse" guidé par des éclaireurs Apaches. Il sera abattu de deux balles en tentant de récupérer ses chevaux. Soucieux de toucher la récompense pesant sur sa tête, les membres du posse le décapitèrent. Puis, ils brulèrent son corps.
Sa femme et ses enfants, qui avaient tout observé de loin, se rendirent sur le bûcher une fois que la patrouille soit éloignée. Zanagoliche enterra ce qui restait de son mari et emmena ses enfants sur la réserve Mescaleros du Nouveau Mexique où vivent leurs descendants.


"Résidences" en Floride

Fort Pickens et Fort Marion dans le nord de la Floride étaient les deux lieux choisis pour la détention des Chiricahuas.
Ces deux forts avaient comme point commun d'être désaffectés depuis la fin de la Guerre de Sécession, Fort Marion ayant toutefois "hébergé" des captifs, ou plutôt des otages Kiowas, Arapahoes et Cheyennes venus des Plaines du Sud vers 1875.

Fort MarionFort Marion était une ancienne citadelle espagnole du 18ème siècle, au bord de l'Atlantique, qui n'offrait qu'un espace restreint entre de hauts murs. Les 381 captifs s'y entassaient sous des tentes. Leur moral était au plus bas dans ce pays qui leur était totalement étranger : le climat était chaud et humide, les nombreux arbres bouchaient la vue vers un horizon où ne s'élevait nulles montagnes ou collines. Bien peu d'entre eux avaient pu voir la mer autrement que de loin lors d'un raid vers les côtes du Sonora.
Pire encore, ils avaient emmené avec eux une passagère clandestine qui allait les décimer : la tuberculose.

Quand ils débarquèrent sales, épuisés et démoralisés de leurs wagons, rien n'était prêt pour les accueillir. Pour se laver, les 381 Chiricahuas n'avaient qu'une douche et deux tubs. Il faudra des heures pour que tous puissent passer.
Fort heureusement, dans leur malheur ils seront mis sous la garde du lieutenant Loomis L. Langdon. Ce dernier se battra contre les lourdeurs et l'indifférence de l'armée américaine pour améliorer autant qu'il lui était possible les conditions de détention des prisonniers. Il surveilla personnellement la distribution des rations, trouva des treillis militaires pour revêtir les hommes et forma une garde Apache chargée de de veiller au bon ordre de la communauté, avec Chihuahua comme commandant de cette dernière.
De temps en temps, des religieuses catholiques et les dames de la bonne société de Saint Augustine venaient soigner les enfants et distribuer des pièces de tissus aux femmes, tout en leur enseignant les rudiments de la couture.
Cela n'empêchera pas qu'en un an 49 décès seront enregistrés, soit 13% des détenus!

En comparaison, Fort Pickens qui hébergeait une quinzaine de "fortes têtes" dont Mangas, Naiche Intérieur de Fort Pickens aujourd'huiet Géronimo avait quelques avantages. L'endroit était pourtant totalement abandonné quand les prisonniers le découvrirent : l'édifice était recouvert d'une luxuriante végétation tropicale qui dévorait les murs d'enceinte et les bâtiments et occupait en maître la cour intérieure.

Mais le lieutenant Langdon y avait été muté. Il mit au travail les Apaches pour rendre cette ruine sinon habitable, du moins vivable. Les captifs se consacrèrent à cette tâche avec une énergie et un courage qui l'étonnèrent. En l'espace de quelques semaines, deux casemates furent rendues habitables, la cour nettoyée et les murs dégagés de la végétation. Encore une fois, Langdon se démena pour assurer aux captifs des rations correctes, des vêtements et des couvertures pour tous.

L'endroit étant devenu habitable, Langdon demanda à ce que les femmes et les enfants de ses captifs quittent Fort Marion pour rejoindre leurs maris ou leurs pères à Fort Pickens. En fait, ce sont les touristes qui vinrent d'abord!


Les hommes d'affaires de Pensacola avaient flairé la bonne affaire dans la présence "d'Apaches sauvages" à Fort Marion. Ils obtinrent en février 1887 de pouvoir organiser des visites de groupes.
Tant à Fort Marion qu'à Fort Pickens, l'armée autorisa les captifs à fabriquer de petits objets : arc et flèches pour enfants, mocassins et peaux ornées de perles qu'ils pouvaient vendre .
Ce n'était pas par bonté d'âme envers les captifs! Ce petit commerce n'améliora d'ailleurs guère le sort de ces derniers... C'était surtout parce que les organisations philanthropiques de l'Est des États Unis se déchaînaient contre l'armée et le gouvernement au sujet de la façon dont était traités les Chiricahuas, notamment les personnalités influentes de l'Indian Rights Association dont faisaient partie le capitaine Bourke et Herbert Welsh, de la section de Philadelphie de cette association.

A force d'insistance, ces deux hommes arrachèrent au Département de la Guerre l'autorisation de se livrer à une inspection officielle à Fort Marion en mars 1887. Welsh publia le mois suivant un rapport accablant contre les conditions de détention des Chiricahuas. Les attaques contre la politique suivie par les instances gouvernementales en redoublèrent, sans que ce dernier ne s'en émeuve. Elles décidèrent cependant de confier l'éducation des jeunes Chiricahuas au lieutenant Richard H. Pratt...


"Tuer l'indien pour sauver l'homme"

Richard H. Pratt était un vétéran de la Guerre de Sécession et des Guerres Indiennes des Plaines du Sud. Il attaqua le principal village des Cheyennes du Sud sous les ordres de Custer sur la Washita River durant l'hiver 1868. Il participa ensuite à la campagne contre les Kiowas. Vers 1875, on le chargea de garder à Fort Marion des captifs Comanches, Kiowas, Cheyennes du Sud et Arapahoes. C'est alors que lui vint l'idée de leurs enseigner les rudiments de la langue anglaise après avoir constaté leurs dons pour le dessin.
Pratt eut alors une révélation : il serait le "Moïse de l'Homme Rouge", celui qui le sortirait de sa sauvagerie, de sa barbarie pour le transformer en "civilisé" chrétien et adepte des valeurs anglo-saxonnes. Il s'intéressait plus particulièrement aux enfants qu'il jugeait plus "malléables" que les adultes.

Il commença sur une échelle modeste avec le "Hampston Institute" (Virginie) comprenant une quinzaine de pensionnaires venant du sud-ouest. Il y fera la découverte que couper totalement les enfants de leur environnement familial était une condition indispensable à leur "désindianisation". Il écrira : "L'éducation (dans les externats des réserves) de petits groupes est annihilée et perdue dans un environnement corrompu et démoralisant. Dans les internat hors réserves (au contraire) les enfants sont DES OTAGES QUI GARANTISSENT LE BON COMPORTEMENT DES PARENTS". Le militaire n'était pas loin derrière "l'éducateur"...
Ce point de vue fut si apprécié que Pratt recevra de substantiels crédits qui lui permettront d'aménager en internat un camp militaire désaffecté de Pennsylvanie, Carlisle Barracks, bientôt connu sous le nom de "Carlisle Indian School". Cette dernière ouvrira ses portes le 1er novembre 1879.

Voici comment furent reçus les 130 premiers élèves, selon un schéma qui devint traditionnel. On les alignait d'abord par ordre de taille décroissante, garçons et filles séparés. Chacun recevait ensuite un prénom anglais et chrétien dans l'ordre de l'alphabet. Les plus grands recevaient des prénoms comme "Alfred" ou "Anabelle". Ils devaient répondre à ces prénoms et se désigner par ceux-ci. Il leur était interdit de parler dans leurs propres langues. Ils ne pouvaient parler que la langue des civilisés : l'anglais. On les conduisaient ensuite au bain et l'on coupait "au bol" les cheveux des garçons, on les fichait et on leur imposait le port d'un uniforme.


Jeunes Apaches à Carlisle : avant et après leur arrivée


On ne leur destinait pas une éducation pouvant en faire des ingénieurs, des avocats ou des médecins... On destinait les garçons à devenir des travailleurs manuels, des garçons de fermes ou des employés. Les filles devaient faire de parfaites ménagères, des bonnes, des nourrices ou des servantes.
La discipline était sévère : interdiction, comme je l'ai déjà dit, de parler une langue indienne, de posséder quoique ce soit d'indien sur soi. Pas de contact avec les familles à part par courrier, lu bien évidemment par l'administration de l'école. Et comme dans les écoles anglaises châtiments corporels, humiliations publiques et cachot à la moindre faute, désobéissance ou insolence.

Les conséquences de ces méthodes seront catastrophiques. Si les indiens originaires de l'Est du Mississippi en retirèrent quelques bénéfices, il en fut le plus souvent autrement pour ceux de l'Ouest. On leur apprenait en effet à avoir honte de leurs parents et on les coupait de la communauté indienne. Quand ils revenaient sur la réserve, leur ignorance de la langue indienne, des coutumes et de la culture de leur communauté en faisait un objet de moqueries, d'autant que l'enseignement qu'ils avaient reçus était le plus souvent inadapté aux conditions existant dans les réserves.
Ils étaient donc rejetés par les leurs. Mais ils n'étaient pas non plus acceptés par les blancs vivant autour des réserves, ces derniers considérant les indiens comme des sauvages, des voleurs et des mendiants.

Les enfants opposaient cependant une résistance passive : rares furent les fugues - condamnées à l'échec- où les suicides. Malgré la présence de "moutons", ils s'entretenaient discrètement dans leurs langues, et surtout nouaient des contacts. Là, le Lakota rencontrait le Mohawk, le Winnebago l'Apache. Conséquence inattendue pour Pratt de ses méthodes, Carlisle sera l'un des foyers du "pan-indianisme" et le lieu de formation des premiers écrivains et journalistes amérindiens du 20ème siècle.


"Au revoir les enfants"

Pratt vint à Fort Marion pour y recruter des pensionnaires pour son internat. Ni les parents, ni les enfants ne furent soulevés d'enthousiasme par ses offres. On ne leur demanda donc pas leur avis! On embarqua de force 62 jeunes Chiricahuas dont Ramona Chihuahua, Dorothy Naiche et Asa Daklugie.
Les parents n'eurent comme seul moyen de protestation d'organiser en pleine nuit des cérémonies religieuses et des danses propitiatoires sur les remparts du Fort Marion pour demander à Ussen de protéger leurs enfants.
Ces derniers eurent bien besoin de leur aide, le chagrin, la démoralisation, la tuberculose et d'autres maladies les décimèrent. En trois ans, 27 jeunes Chiricahuas sur un effectif de 62 décéderont à Carlisle. Soit près de la moitié!


"Alabama Song" : 1887-1894


Chiricahuas à Mount Vernon Barracks vers 1887Devant la montée en puissance des protestations sur le traitement réservé aux Chiricahuas, le gouvernement américain  décida de montrer son humanité en les transférant dans un lieu jugé plus confortable. Le choix des autorités se fixa sur un camp militaire d'Alabama situé au nord de Mobile : Vernon Barracks. Les captifs de Fort Marion y arrivèrent le 28 avril 1887. Les prisonniers de Fort Pickens y retrouvèrent leurs femmes et enfants. Géronimo y aura la joie d'y revoir sa femme She-Gha et son fils Chappo. Mais She-Gha décédera de la tuberculose en septembre 1887. Manquait comme indiqué ci-dessus beaucoup d'enfants emmenés à Carlisle.

Mount Vernon Barracks abritait alors une petite garnison commandé par le major William Sinclair. Le poste avait été construit dans les années 1830 et se présentait sous la forme d'un ensemble de bâtiments en brique ceints d'une muraille en briques elle aussi. Tout autour se trouvait 800 hectares composés de bosquets épars poussant sur un sol sablonneux et des marais grouillants de moustiques porteur du virus de la fièvre jaune. Ironie du sort, c'est là qu'en 1900 le médecin militaire Walter Reed (1851-1902) prouvera que le moustique était le vecteur de cette maladie! Les détenus qui espéraient trouver là de meilleures conditions de vie qu'en Floride allaient déchanter : c'était encore plus humide et insalubre...

Encore une fois, rien n'était prêt pour accueillir les Chiricahuas qui n'eurent au début comme seuls abris que des tentes militaires regroupées dans une cuvette à l'abri d'un petit bois. Par la suite, les détenus allaient abattre des arbres et construire des cabanes de rondins sur les ordres du major Sinclair. Fin juin, un homme et deux femmes moururent de la tuberculose et de la fièvre jaune. Les maladies trouvaient un terrain idéal dans le corps des Apaches affaiblis par la malnutrition, les rations de l'armée s'avérant insuffisantes.
Pour les améliorer, certains captifs vendirent leurs maigres possession pour pouvoir acheter un peu de nourriture auprès des commerçants de la localité voisine.


Le major Sinclair faisait pourtant de son mieux pour obtenir plus de vivres auprès de l'administration. Ce ne sera qu'en octobre que les rations seront suffisantes, mais elles ne pouvaient à elles seules suffirent à améliorer leur état de santé...
Après seulement huit mois, on comptait 21 décès dont dix femmes et neufs enfants pour seize naissances.
Les milieux officiels s'inquiétèrent finalement de la situation. Le général Crook, qui était devenu un énergique défenseur des indiens, proposa que les Chiricahuas soit transférés en Virginie sur le site de l'Institut Agricole d'Hampton, mais cette idée sera abandonnée en raison de l'insalubrité des marécages côtiers. Il suggéra alors de les envoyer dans le Territoire Indien de l'Oklahoma dont le climat rappelait celui de leur région d'origine. Cette fois, c'est Washington qui refusa, l'Oklahoma devant être ouvert à la colonisation blanche et les terres indiennes alloties. On continua donc de parler du transfert des Apaches vers un autre lieu, mais sans parvenir à décider d'une destination.

En février 1889, deux missionnaires de la "Massachusetts Indian Association" vinrent créer une école pour les enfants. Ils furent chaleureusement accueillis par les parents qui avaient compris que cela leur éviterait de voir leurs enfants partir pour Carlisle. Géronimo lui-même se transformera en "magister" de cette école en empêchant les enfants de faire l'école buissonnière et en les disciplinant. Une fille d'officier qui était à Vernon Barracks raconte dans ses mémoires l'avoir vu un jour passer devant la fenêtre ouverte de l'école lors d'un cours de chant. Les élèves y mettaient de la mauvaise volonté, marmonnant entre leurs dents plus que chantant. Géronimo s'arrêta, passa la tête par le fenêtre et s'exclama d'un ton autoritaire "Ouvrez-vos bouches". Les enfants se mirent à chanter alors à gorge déployée!

En décembre 1889, le fils du général Howard, le lieutenant Guy Howard, inspectera Vernon Barracks. Il rédigera un rapport alarmant signalant qu'avec les décès de 27 enfants "élèves" de Carlisle, 89 Apaches Chiricahuas étaient morts en Floride ou en Alabama, soit près de 25% de leur effectif. La lecture de cette nouvelle fera réagir le Secrétaire à la Guerre Proctor qui promettra de saisir le Congrès sur la question. Mais on était alors en pleine élection présidentielle : Cleveland cédait la Maison Blanche à Harrison et les bonnes intentions attendirent. Finalement, le Congrès fut consulté et demanda un "complément d'information" et des propositions. Proctor demanda au général Crook de se rendre sur place. Ce dernier sera très étonné à son arrivée d'être accueillit comme un vieil ami par tous les Chiricahuas, qu'ils aient fait parti de ses scouts ou de ses adversaires. Il ne repoussa que Géronimo, qu'il considérait comme un menteur suite à sa rupture de parole en 1886.
Revenu de son inspection, Crook rendit son rapport et suggéra le transfert des Apaches en Caroline ou dans le Territoire Indien. Il préconisait ce dernier choix, mais le Président Harrison lui opposa l'agitation régnant alors en Oklahoma ou les terres indiennes avaient été ouvertes aux colons blancs. Il semblait impossible de trouver là une place pour les Chiricahuas. La question restera en suspens, car malheureusement Crook sera terrassé par une crise cardiaque l'année suivante.

Le major Sinclair se débrouilla avec les moyens du bord pour tenter d'améliorer la situation de ses "pensionnaires". Il fit créer un jardin potager pour améliorer les rations, proposa des emplois civils à 10 dollars par mois : travaux d'entretien de l'hôpital voisin, travaux de charpente dans la ville voisine de Mount Vernon... Mais tout cela ne suffisait pas, et en 1891, on fit une proposition plutôt étrange aux Apaches...


Prisonniers de guerre... et soldats de l'Oncle Sam!

On leur proposa de s'engager en bonne et due forme dans l'armée américaine pour améliorer leur situation. 46 Apaches, dont beaucoup d'ex-scouts, signèrent des deux mains. Une trentaine d'Apaches venus de San Carlos vinrent les renforcer et l'on créa ainsi la 1er Compagnie du 12ème d'Infanterie. On l'employa dans le secteur de Vernon Barracks pour des travaux publics et des opérations de police. Elle était exemplaire par sa tenue, son excellence à l'exercice et son assiduité au cours quotidien d'anglais. Parmi ces soldats, on trouvait Naiche, Mangas et Chihuahua.

Pressés par la nécessité vitale de se procurer de la nourriture supplémentaire et un peu d'argent, les Apaches jouaient le jeu de paraître se conformer au modèle de société qu'on leur imposait : vêtements, nourriture, religion et tutti quanti. Mais comme d'autres avant eux, ils apprenaient à intérioriser leur indianité.
Force est de dire que les autorités américaines de l'époque ne perçurent pas ce "double jeu". Elles constatèrent simplement que les captifs s'intéressaient.  de plus en plus au christianisme. Le chapelain enseignait le catéchisme aux enfants et célébrait la messe tous les dimanches.
En 1890 Zi-Yeh, la nouvelle femme de Géronimo, reçut le baptême avec sa fille Eva dans l'église catholique de Mount Vernon. Géronimo, qui était devenu juge de paix pour 10 dollars par semaine, prenait son temps pour être toucher par la Grâce Divine.

Les nombreuses conversions au christianisme parmi les Chiricahuas persuadèrent les institutions gouvernementales d'améliorer leur sort. En 1891, elles firent construire un nouveau village aux demeures plus vastes et un peu plus confortables.
On se remit aussi çà fabriquer de l'artisanat pour les passagers des trains s'arrêtant en gare de Mount Vernon. Incidemment, c'est là que Géronimo découvrit que le fait de mettre son nom sur des objets fabriqués en doublait le prix de vente. Il mit donc ce dernier sur tous les objets fabriqués par lui... et par ses amis!

Comme les Apaches s'avéraient paisibles (aucune tentative d'évasion sauf une rapidement avortée de la part d'un homme seul), on leur donna une certaine liberté de mouvement. Ils purent se déplacer librement entre leur village, Mount Vernon et le fort.
Malheureusement, des mercantis se mirent vite à leur proposer du whisky de mauvaise qualité. Nombreux furent ceux qui se mirent à la boisson pour oublier ne fusse qu'un temps les difficultés et la monotonie du quotidien. Les autorités tentèrent d'y mettre bon ordre, mais ne purent empêcher les conséquences fatales de cette alcoolisation.
En 1892, Fun, fils de la première cousine de Géronimo, crû que son épouse le trompait avec un autre homme. Ivre, il tira sur celle-ci, la blessant. Croyant l'avoir tuée et ne voulant pas être pendu pour meurtre (Fun comme d'autres Apaches considérait la mort par pendaison comme une mutilation), il se suicida avec son arme. Deux ans plus tard, un autre jaloux tuera son épouse et se suicidera.
Par ailleurs, la tuberculose continuait ses ravages. C'est à Mount Vernon que la guerrière Lozen posera définitivement les armes, vaincue par la maladie et regrettée de tous les Chiricahuas.


Où "mettre" les Chiricahuas?

Les timides mesures prises par le gouvernement pour adoucir le sort des Chiricahuas ne pouvaient suffire à calmer les récriminations des associations philanthropiques alarmées par le fort taux de mortalité des prisonniers.
Des officiers supérieurs proposèrent différentes destinations pour les Chiricahuas : la réserve Cherokee de Caroline du Nord, la Nouvelle-Angleterre, les États du Centre. D'autres suggéraient de les répartir entre différentes réserves de l'Ouest.

En août 1894, la loi d'adoption du budget militaire autorisa le transfert des Chiricahuas hors de l'Alabama, dans un camp de l'armée. Mais sans préciser "où"!
C'est alors que s'éleva contre toute attente la voix du général Miles, le "vainqueur" de Géronimo qui plaida pour l'Oklahoma.
On sollicita alors les indiens des environs (Comanches, Kiowas et Kiowas-Apaches) pour leur demander s'ils acceptaient de céder des terres pour y installer les Chiricahuas. Ces peuples, ennemis ancestraux des Apaches, acceptèrent avec une magnanimité rare.
Restait à convaincre les Chiricahuas. Le capitaine Maus et le lieutenant Scott allèrent conférer avec les leaders Chiricahuas. Ceux ci leur ont dit qu'ils étaient prêts à quitter immédiatement Mount Vernon, malgré l'attachement qu'ils éprouvaient pour les moustiques et les miasmes putride des marais. Ils assurèrent aux officiers que s'ils quittaient l'Alabama, ils se conduiraient en "véritables blancs".
Quelques semaines plus tard, le Département de la Guerre donna son aval à leur transfert vers Fort Sill.


Retour dans l'Ouest

Partir d'Alabama était pour les Chiricahuas comme avoir un avant-goût de liberté. C'est avec beaucoup d'espoir et de soulagement qu'ils firent leurs préparatifs de départ. En octobre 1894, les 296 survivants prirent le train pour l'Ouest. Ils passèrent par la Nouvelle Orléans, Fort Worth pour arriver à Rush Springs en Oklahoma. De là, ils montèrent dans des chariots de l'armée qui les amenèrent à Fort Sill. Sous bonne garde, car ils étaient toujours prisonniers de guerre! On était le 4 octobre...

Le pays leur plût par ses vastes horizons dégagés rompus à l'ouest par une ligne de hautes collines. La plaine était parcourue de rivières paresseuses comme le Medecine Bluff Creek. Fort Sill groupait ses bâtiments bas autour d'un quartier général en pierre édifié en 1869.
6 kilomètres plus au sud grandissait la ville nouvelle de Lawton peuplée de colons blancs installés depuis peu.
L'arrivée à Fort Sill des Chiricahuas ne fera pas que des heureux : le général Miles les voulait à Camp Supply, bien plus à l'est de l'Oklahoma, et des voix s'élevèrent en Arizona et au Nouveau Mexique pour dire que les "assassins de Géronimo" n'étaient qu'à peine à 600 kilomètres du Nouveau Mexique. Que se passerait-il s'ils s'échappaient pour venir égorger les paisibles colons dans leur sommeil?

Encore une fois de plus, rien n'était prêt pour accueillir les Chiricahuas. Ces derniers s'installèrent sous des wikiups de branchages au bord du Cache Creek près du poste.
Le lieutenant Hugh Scott, militaire et ethnologue, mit à leur disposition des toiles de tentes de l'armée pour les couvrir. Ce n'est qu'au printemps 1895 qu'ils reçurent des poutres et des planches qui leur permirent de créer une douzaine de villages aux cabanes de bois relativement confortables. Chacun des leaders de ces villages s'était engagé pour 3 ans dans l'armée américaine et recevait la solde d'un deuxième classe. C'était le seul moyen de rémunérer leur fonction en l'absence de crédit pour cet usage.

Une école fut construire pour accueillir les enfants en bas âge, tandis que les plus grands allaient à l'internat d'Anardako, cinquante kilomètres plus au nord. Les hommes s'intéressèrent à l'agriculture et se mirent à faire pousser des pastèques, des melons d'eau, du maïs et du sorgho. Avec l'aide du lieutenant Scott, 500 hectares furent mis en culture en deux ans. Mais l'élevage du bétail intéressa beaucoup plus les Chiricahuas, dès que le gouvernement leur eu livré un millier de bêtes à cornes. Le jeune Asa Daklugie, de retour après huit ans de Carlisle, aidera beaucoup par ses connaissances à la mise en route du troupeau tribal. Géronimo et Naiche se muèrent en cow-boys, tandis que les hommes et les femmes fournissaient aussi du fourrage dont ils vendaient le surplus à l'armée.

La maison de Geronimo à Fort Sill


Pourtant, la disette n'épargnait pas les Apaches et emporta plusieurs enfants et adultes. En 1897, l'espoir de jours meilleurs apparut quand les Comanches et les Kiowas cédèrent des terres aux Chiricahuas. Ces terres furent aussitôt divisée en parcelles individuelles et familiales conformément aux dispositions de la loi Dawes.


La loi Dawes

Vers 1885, le philanthrope et ami des indiens Henry L. Dawes (1816-1903) visita le Territoire Indien et notamment les zones occupées par les cinq tribus dites "civilisés" (Cherokee, Shawnee, Séminole, Creek et Chickasaw). Ce qu'il y vit le combla d'aise : écoles, églises, hôpitaux, routes, etc... Mais il nota qu'il manquait une chose pour faire de ces indiens de parfaits civilisés : la propriété individuelle de la terre.
Celle-ci était en effet propriété tribale. Or, si Dawes voulait sincèrement aider les indiens, ils n'avaient pour lui comme seule perspective d'avenir d'être assimilés dans la "civilisation". Il milita donc pour la suppression des terres tribales et leur répartition entre les différentes familles occupant ces terres. Comme beaucoup de terres se trouveraient en surplus, elles seraient vendus aux enchères pour abonder un fond placé au Trésor Fédéral avec taux d'intérêt de 3%. Ce fond devait permettre de mener en faveur des indiens des actions éducatives et sanitaires. L'intention de Dawes, en faisant des indiens des propriétaires terriens, était de faire éclore chez eux le sentiment "de la demeure, de la famille et de la propriété".
Spéculateurs et sénateurs des états de l'Ouest comprirent aussi tôt qu'une telle loi leur permettrait de mettre la main sur d'énormes territoires. Aussi, le 8 février 1887 le Congrès vota le "Dawes Allotment Act".

Cette loi accordait à chaque chef de famille indien un lot de 64 hectares de pâturage ou de 32 hectares de terres cultivables, découpé dans le territoire de la réserve. Les célibataires de plus de 18 ans et les orphelins recevaient la moitié de cette superficie.
Les bénéficiaires recevaient en pleine propriété ces lots au bout de 25 ans, avec en paquet cadeau la citoyenneté américaine.
Elle allait se révélait très vite désastreuse, surtout lorsqu'en 1891 un avenant à la loi autorisa les indiens à louer leurs parcelles à des blancs. Les tribus les plus pauvres virent là un moyen immédiat de subvenir à leurs besoins. En 1881, on comptait 62 millions d'hectares de terres indiennes, en 1900 seulement 32 millions, dont la moitié formée de terres stériles ou inexploitables!
Certains peuples tentèrent de s'opposer à la parcellisation, parfois par la révolte ouverte (mais pacifique) comme les Creeks, d'autres par des procédures judiciaires qui ne purent que repousser l'échéance. La loi ne sera abolie qu'en 1934 et seuls quelques réserves y échapperont.


Géronimo dans le show-biz

Pendant ce temps, Géronimo menait une existence assez monotone ponctuée de jeux divers (cartes, courses de chevaux, paris en tout genre) et de beuveries occasionnelles avec du whisky frelaté.
Or, la presse lui avait bâti une réputation de "tigre assoiffé de sang", propriétaire d'une couverture formée d'une centaine de scalps humains. L'étrange est que même ses intimes ne la virent jamais! Cette réputation fit que certains affairistes se dirent qu'il y avait là moyen de se faire beaucoup d'argent en l'exhibant à la curiosité populaire.
Géronimo répondit favorablement dès la première sollicitation, car il était tout à la fois intéressé de gagner de l'argent, curieux de connaître le monde des blancs et préoccupé de défendre la cause des siens en montrant une autre image des Chiricahuas. Il avait de plus reçu chez lui un peintre, Elbridge Ayer Burbank qui fit plusieurs portraits de lui et de ses enfants, ce qui démontra à Géronimo l'intérêt que lui portait le monde extérieur.

Donc, il participa en 1898 à l'exposition d'Omaha (Nebraska), du 9 septembre au 30 octobre 1898. Géronimo n'y alla pas seul. Il était accompagné d'une véritable délégation Chiricahua comprenant Géronimo, Asa Daklugie, Naiche et d'autres Apaches.
Le voyage en chemin de fer jusqu'à Omaha se passa fort bien, surtout pour Géronimo. Il vendait aux curieux agglutinés à chaque arrêt des boutons de son manteau à 25 cts la pièce. Puis, dès que le train redémarrait, il sortait de dessous son siège une boîte d'où il sortait une aiguille, du fil... et des boutons qu'il s'empressait de coudre à son manteau pour les amateurs de l'étape suivante!
A Omaha, il vendit pour cinq dollars son bonnet, puis des arcs et des flèches portant son nom, ainsi que des photos dédicacées.
Les organisateurs auront aussi l'idée (douteuse) d'organiser une rencontre entre Géronimo et son "vainqueur" le général Miles. Géronimo en profita pour reprocher à Miles son manque de parole par rapport aux conditions de sa reddition en 1886 et la manière dont on avait traité son peuple. Miles répliqua en disant que grâce à cela : "les gens d'Arizona dormaient paisiblement, sans la crainte d'être tué pendant leur sommeil par Géronimo".


Deux jours plus tard, les journaux titraient : "Évasion de Géronimo et Naiche! L'on pense que les deux assassins rouges filent vers l'Arizona". Plus prosaïquement, les deux hommes et leur interprète s'étaient perdus lors d'une promenade en carriole dans les alentours d'Omaha. L'information sera rectifiée dans les éditions suivantes...

On le vit ensuite à Buffalo (New York, 1901); Lawton et Oklahoma City (1902); Anadarko (Oklahoma, 1903). Il sera d'abord réticent pour se rendre en 1904 à Saint Louis (Missouri), mais finira par accepter. Ses camarades et lui occupèrent le "village apache" où il disposait d'un stand particulier. En plus de fabriquer et de vendre des objets, il chanta et dansa et déclara en fin de séjour : "Je suis bien content d'être venu. J'ai vu bien des choses intéressantes et appris beaucoup sur les blancs. J'aurais voulu que tout mon peuple soit là".

Geronimo's Cadillac

Il vivra son apothéose en 1905. Pour son investiture, le nouveau Président Théodore Roosevelt décida de faire défiler de grands chefs indiens. Derrière eux, devaient défiler en rangs d'oignons et en uniforme les élèves de l'école indienne de Carlisle, pour symboliser ainsi le triomphe de la civilisation sur la sauvagerie. Puis Théodore Roosevelt en voiture venait ensuite, précédant la fanfare et les autres participants au cortège.
Comme chefs indiens, Théodore Roosevelt choisit le Comanche Quanah Parker (un ami), un Ute (vieux alliés des blancs), deux Sioux, un Blackfoot (eux aussi d'anciens alliés des blancs) et bien sûr Géronimo.
La cérémonie eut lieu le 4 mars 1905. Les observateurs s'aperçurent que "Teddy" Roosevelt ne dépassa que de justesse Géronimo à l'applaudimètre d'une foule en délire.
Géronimo avait conditionné sa participation à une entrevue avec le nouveau Président des Etats Unis. Celle-ci eut lieu le 9 mars. Géronimo plaida pathétiquement pour le retour de son peuple en Arizona, demandant de pouvoir mourir dans le pays qui l'avait vu naître. Théodore Roosevelt lui fit remarquer que l'animosité des Arizoniens à l'égard de Géronimo ne s'était pas atténué et qu'il lui paraissait douteux de pouvoir répondre favorablement à sa demande, mais qu'il transmettrait à tout hasard celle-ci aux Affaires Indiennes et au secrétaire à la Guerre.
La démarche de Géronimo n'abouti pas.


La fin de Géronimo

C'était le début de la fin pour Géronimo. Il retournera à Fort Sill pour vivre ses dernières années dans un climat sombre. Fatigué, en proie à des conflits intimes et se sentant seul, il se convertit au christianisme en 1903, un an avant la mort de femme Zi-Yeh. Mais il ne tarda pas à souffrir de l'intransigeance morale des pasteurs de l'Eglise Réformée d'Amérique à laquelle il avait adhéré. Pour y échapper, il recommença à jouer et à boire et fut en conséquence chassé de cette communauté religieuse.
L'année suivante, la mort de son petit-fils de 18 ans, Thomas Dahkeya, qu'il adorait, accrut son désarroi.

Le 11 février 1909, il se rendit à Lawton pour y vendre des arcs et des flèches qu'il avait fabriqué. Il y rencontra Eugène Chihuahua (fils du chef Chihuahua décédé en 1901). Ce dernier portait l'uniforme du 7ème de Cavalerie dans lequel il s'était engagé. Géronimo obtint par l'intermédiaire d'Eugène Chihuahua, qui la reçut d'un jeune soldat blanc de sa connaissance, une bouteille de whisky. La vente de l'alcool aux indiens était en effet interdite.
Eugène Chihuahua et lui partagèrent la bouteille au bord du Cache Creek. Une pluie froide les réveilla au matin après qu'ils se fusse endormi sur leurs couvertures de selles. Géronimo toussait et avait de la fièvre. Eugène Chihuahua le conduisit à l'hôpital où l'on diagnostiqua une pneumonie.
Géronimo tenta de retenir sa vie jusqu'à l'arrivée de sa fille Eva et de sont fils Robert, qui étaient à l'internat de Chilicco (Oklahoma). Il délirait et répéta à plusieurs reprises à Asa Daklugie qu'il aurait voulu mourir au combat.
Il décéda le 15 février 1909 à 6h15 du matin. Il fut inhumé le lendemain dans le cimetière indien de Fort Sill, juste après l'arrivée d'Eva et Robert Géronimo. C'est Naiche qui prononcera l'éloge funèbre du défunt. En langue Apache bien sûr. On déposa sur son cercueil son fouet, sa couverture de selle, sa joaillerie et ses bien personnels. Les Chiricahuas veillèrent ensuite sur sa tombe durant des mois.

Une rumeur raconte que le grand-père de George Bush senior et un acolyte profanèrent la tombe de Géronimo des années après. Ils auraient emporté son crâne jusqu'à l'Université de Yale où elle figurerait dans le cérémonial secret des "Skulls & Bones", une association d'étudiants regroupant la crème du monde politico-économique des Etats Unis. Certains descendants de Géronimo ont fait appel à la justice américaine pour savoir la vérité sur cette affaire. Il faut savoir que ces derniers se refusent à ouvrir la tombe de Géronimo. Bénéficiant d'excellents avocats, les "Skulls & Bones" se refusent à dévoiler le secret de leurs rituels et ont fait échouer jusqu'à présent toutes les démarches.
On raconte aussi que certains des compagnons les plus fidèles de Géronimo auraient subtilisé son corps pour l'enterrer quelque part dans le sud-ouest.

Quoiqu'il soit, les élèves de l'École d'Artillerie de Campagne de Fort Sill élevèrent sur sa tombe en 1931 une hideuse pyramide tronquée en galets de rivière noyés dans le mortier, surmontée d'un aigle aux ailes déployées.


Géronimo, l'homme derrière la légende.

Qui était réellement cet homme que la légende à dépeint d'abord comme un "tigre à face humaine commandant une horde d'assassins aux mains rouges du sang de victimes innocents" avant d'en faire l'icône symbolisant les Indiens d'Amérique et leur résistance à l'homme blanc?

Faisons une liste des différents Géronimos :
- Géronimo se rappelant le massacre de sa famille et de sa femme Alope en 1852 devant le peintre Elbridge Burbank et se mettant dans un tel état de fureur et de chagrin qu'il en effraya le peintre;
- Ce dernier décrivant Géronimo, à part cet épisode, comme un homme calme et  patient;
- Géronimo mettant une tasse de lait pour son chat à chaque fois qu'il devait s'absenter et conservant dans sa cabane de Fort Sill une boîte contenant de l'herbe à chat pour ce dernier;
- Géronimo répliquant à Howard qui se plaignait d'avoir perdu son bras à la guerre : "Vous pensiez que la guerre était un pique-nique?";
- Géronimo homme de spectacle tirant des revenus supplémentaires des objets qu'il fabriquait et de ses apparitions en public;
- Géronimo craignant d'être pendu en 1886;
- Géronimo pillant les villages mexicains tandis que Victoria et Nana affrontaient les soldats mexicains et américains;
- Géronimo "medecine man" soignant et guérissant la petite-fille de Naiche à Fort Sill;
- Géronimo plaidant sa cause et celle de son peuple devant le Président Théodore Roosevelt;
- Géronimo veillant à ce que les enfants Apaches suivent studieusement les cours de l'école indienne à Vernon Barracks;
- Géronimo qui aurait d'après un témoin jeté un bébé mexicain dans un feu et un autre dans un bouquet de cactus;
- Géronimo adorant ses enfants et petits enfants au point de lutter contre la mort pour revoir une dernière fois deux d'entre eux;
- Géronimo intrigué par le monde des blancs et les gens d'autres pays ou les animaux inconnus...

Dommage pour la légende, mais Géronimo apparaît comme un homme banal fait de côté positifs et négatifs, parfois contradictoires. Plus qu'un héros, il était un homme que l'on a manipulé et utilisé pour justifier les exactions contre son peuple et la présence de l'armée américaine dans le sud-ouest. Coupable? : la "Mafia de Tucson".
Les Chiricahuas l'ont souvent répété : Géronimo n'était ni le chef des Chiricahuas, ni même un chef de guerre. Sans nier son courage au combat et ses capacités de stratège, ils le désignent surtout comme un medecine man et un homme qui avait la parole lors des conseils en raison de son éloquence et de ses exploits. C'est la légende qui en fit le "chef de guerre des Chiricahuas", titre qui revient plus à des gens comme Vittorio, Nana ou Naiche,

Repose en paix, Géronimo

 

Histoire des Chiricahuas (5e partie) : Dans un monde nouveau




21/05/2010
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