L'ours polaire

L'ours polaire

Histoire des Chiricahuas (2er partie) : de Cochise à Nana

 

Résumé de la première partie : Après être descendus du Canada et s'être fait chasser des Plaines par les Comanches, les Apaches se trouvent opposés aux Espagnols, puis aux Mexicains qui tentent vainement de les soumettre ou de les exterminer. Mais de l'Est arrivent alors les « Yeux Pâles » qui veulent s'emparer des terres des Chiricahuas. Conduits par Mangas Coloradas, les Mimbrenos et les Chokonens tentent de les contenir, mais sont défaits à Apache Pass. Mangas Coloradas tente alors de négocier la paix, mais trahi, il est assassiné et son cadavre mutilé.

Les Américains pensent alors avoir gagné, mais un nouvel homme prend la direction de la révolte...

 

Cochise (1812? - 1874)

 

Buste de Cochise
par Betty Butts
(National Hall of Fame for Famous American Indians à Anardako (Oklahoma))

Mesurant entre 1m80 et 1m90, ce qui était grand pour un Apache et pour l'époque, Cochise avait de grands yeux sombres dans un visage légèrement vermillon à la bouche énergique. Ses cheveux raides étaient d'un noir de jais qui blanchira par endroit avec l'âge. Bon chef de guerre et diplomate, il était dépeint comme un homme affable et courtois. Il n'en existe aucune photo ou gravure connue. Le buste d'Anardako doit beaucoup aux descriptions qui ont été faite de lui par des gens qui l'ont rencontré et à la tradition orale Chiricahua... et à une certaine licence artistique!

 

 

Les Mimbrenos

 

Après la mort de Mangas Coloradas, l'armée américaine avait entrepris de construire de nombreux forts et postes pour quadriller le territoire Apache, traduisant ainsi la volonté de venir au bout des différentes bandes les unes après les autres.

Devenu commandant du secteur militaire couvrant le sud-ouest des Etats Unis en 1864, le brigadier-général Carleton décida de commencer par pacifier les Mimbrenos pour faciliter l'arrivée dans le massif des Pinos Altos de nombreux prospecteurs.

Il leur proposa de partir s'installer au Bosque Redondo où il avait envoyé déjà les Navajos, qui s'y retrouvaient dans le plus grand dénuement et commençaient à y mourir de maladie et de faim. L'endroit était en effet dépourvu de tout à tel point que l'on ne trouvait même pas de bois de chauffage!

Carleton chargea le capitaine Davies de négocier avec Victorio1, qui avait succédé à Mangas Coloradas à la tête des Mimbrenos. La rencontre eu lieu. Davies proposa à Victorio d'aller visiter le Bosque Redondo avant de prendre une décision. Victorio accepta, mais le jour venu, il posa un lapin à Davies. Ce dernier en fut si ulcéré qu'il donna à l'ordre à ses soldats de tirer à vue sur tout Mimbrenos qu'ils rencontreraient. Il demanda même à Carleton l'autorisation de les exterminer. Carleton, qui était déjà soumis à un feu roulant de critiques pour la manière dont il avait traité les Navajos refusa.

 

Cochise maître du pays

 

 

 

Pendant ce temps, plus au sud, dans le « pays Gadsden », le colonel Mason, récemment arrivé dans le secteur, découvre une situation plus que préoccupante. Quand il arrive à Tucson avec son millier d'hommes, il s'aperçoit que les guerriers de Cochise ont vidé le pays. Tucson même ne comptait plus que deux cents habitants et pratiquement tous les ranchs avaient été abandonnés ou détruits par les Chiricahuas. Et il découvrira que bien qu'il entreprenne un ratissage systématique du pays, il ne pouvait rien contre un adversaire très mobile et intelligent! De juillet 1868 à juin 1869, une cinquantaine de blancs seront tués par les Apaches dans le secteur de Tucson!

L'Arizona s'estime alors négligé par Washington. Devant le peu d'efficacité des militaires, les civils se constituent en milices. Impuissant à les interdire, le gouvernement préfère les autoriser. En 1866, le secrétaire à la guerre autorise la formation d'un corps de « Volontaires de l'Arizona », composés en majorité de Pimas et de Mexicains ayant de vieux comptes à régler avec les Apaches. Durant l'été, ils tueront une centaine « d'ennemis », femmes et enfants compris...

Ces massacres perpétrés au nom de la « pacification » par les uns et les autres finissent par inquiéter Washington en proie aux critiques des associations philanthropiques pour sa politique indienne. Devant la pression de celles-ci, le Congrès accepta en juin 1867 d'organiser une « Commission de la Paix » chargée de « réformer » le système « indien ».

 

La Commission de Paix

Dans un premier temps, cette commission signa des traités avec les tribus des plaines (Sioux, Crows...). Elle s'occupa ensuite de négocier avec les Comanches, les Kiowas et les Arapahoes et Cheyennes du Sud qui acceptèrent de s'installer dans la partie occidentale du Territoire Indien de l'Oklahoma.

L'année suivante (1868), ils renvoient les Navajos chez eux par le traité de Fort Summer.

La Commission émet aussi un certain nombre de recommandations que le Président Grant entendit. Notamment lancer un politique de paix en confiant les postes d'Agents des Afffaires Indiennes à des membres des églises chrétiennes, et particulièrement les protestantes. Ces églises sont alors fort intéressées par la conversion des indiens. Les églises se partagèrent alors les futurs convertis. Pour le sud-ouest, les Presbytériens s'octroyèrent les Navajos et les Hopis, les catholiques, les Papagos et l'Église Réformée Hollandaise les Pimas...

Mais pour l'heure, le chef du département militaire de Californie, le général Ord, n'écoutait pas les voix séraphiques venant de Washington! Dans un premier temps, il incita ses officiers à redoubler d'efforts en leur promettant des médailles. Puis ayant constaté l'absence de résultat, il en vint à considérer la réserve comme une solution viable à la « question indienne ».

En avril 1870, il donna l'ordre au major Green d'ouvrir une route à travers les terres des White Mountains. Cela se fit de façon pacifique, les White Mountains ayant alors d'excellentes relations avec les soldats. Un mois plus tard, Green eut la surprise de voir arriver devant lui Cochise qui lui demanda l'autorisation d'entrer sur la réserve avec son peuple! Green lui dit qu'il lui faudrait respecter des obligations, mais qu'il recevrait en retour des vivres. Cochise refusa et regagna son repaire des « Dragoon Mountains »2.

 

« La Mafia de Tucson »

 

 


Cette « Mafia » se composait de gros bonnets de la région de Tucson, surtout des commerçants et des éleveurs qui gagnaient beaucoup d'argent grâce à des contrats avec l'armée. Pour donner un exemple de leurs bénéfices, ils vendaient à l'armée la tonne de fourrage à 60 dollars, alors que dans le même temps les femmes Apaches du Camp Grant en livraient la même quantité pour quelques dollars! La seule mise en place du mât du pavillon du Fort Whipple leur a rapporté 10000 dollars!!

 

Dans le même temps, les colons réclamaient à cor et à cris l'extermination des « Hostiles » (Chiricahuas et Tontos », car ils ne voyaient dans les réserves que des stations « d'embouche » ne nécessitant que des forces réduites pour leur police.

On le comprend aisément, pour la Mafia de Tucson, mieux valait de nombreuses forces militaires en campagne contre des indiens hostiles, plutôt que des indiens pacifiés au sein de réserves!

La « Mafia » soudoya alors des politiciens, des fonctionnaires et des journalistes locaux. Ces derniers inventèrent le récit « d'atrocités indiennes » pour jeter l'alarme dans la population. Celle-ci en appella alors à ses représentants au Congrès de Washington. Là, ces derniers réclamaient des renforts militaires... dont les besoins en fourniture engraissaient encore la Mafia de Tucson et certains Agents des Affaires Indiennes qui recevaient des pots de vins!

 

 

« La flèche brisée »

On pourrait intituler aussi ce chapitre « de la légende à la réalité ». En 1950 sort en effet un Western de Delmer Daves « Broken Arrow », qui raconte de façon très romancée et imaginative l'amitié bien réelle entre Tom Jeffords et Cochise.

 

 

Tom Jeffords

Tom Jeffords n'était pas James Stewart, mais un écossais athlétique aux énormes favoris rouges. Il possédait une petite ligne de diligence et avait vu en quelques années mourir vingt-deux de ses cochers lors de la traversée du pays Chiricahua. Lui même avait été blessé par des flèches à plusieurs occasions. Il était cependant convaincu de la possibilité d'un accord avec Cochise, seul moyen de le sauver de la faillite.

Or, il avait lié des liens d'amitié avec un indien Apache qui accepta de rencontrer Cochise pour lui proposer une rencontre. Cochise accepta et proposa à Jeffords de venir seul et sans armes dans son camp. On se sait pas pourquoi il accepta cette entrevue. Avait-il réalisé qu'il ne réussirait jamais à repousser les envahisseurs et cherchait-il un intermédiaire digne de confiance pour entamer des négociations de paix? Nul ne le saura jamais! Ce qui est certain, c'est que les deux hommes se rencontrèrent et que Cochise se montra très courtois conformément aux règles de l'hospitalité3. Ils se lièrent même d'amitié, Jeffords devenant « Taglito », et conclurent un pacte permettant aux diligences de la compagnie de Jeffords de traverser le territoire Apache sans dommage.

Bien évidemment, les mauvaises langues se déchaînèrent à Tucson; disant que Jeffords avait promis des armes, des munitions et du whisky à Cochise en échange de bêtes volées. Jeffords se moquait de ces rumeurs...

 

Sauvages, vous avez dit sauvages?

 

 

Pendant ce temps, l'armée américaine était frustrée par les accrochages épisodiques et stériles avec les bandes Apaches et rêvait d'une campagne menée par un homme à poigne pour les soumettre. Cela ne servait guère les intérêts du « Tucson Ring » qui voulait que la situation perdure. Heureusement pour la Mafia de Tucson, les 500 à 600 soldats de l'armée régulière présent dans le territoire d'Arizona étaient commandés par le pusillanime général Stoneman.

Mais la Maison Blanche apprit que le 30 avril 1871 des civils de Tucson « chauffés à blanc » par les agents du « Tucson Ring » avaient massacrés les Apaches Arivaipas pacifiques et inoffensifs du chef Eskiminzin avec le concours de Mexicains et Papagos. Les hommes étaient pour la plupart absents, car partis chasser; Seul huit d'entre eux seront tués. Et 110 femmes et enfants qui seront scalpés et mutilés. Il y aura aussi des viols. Vingt-sept enfants seront emmenés par les Papagos qui les vendront au Mexique comme esclaves.

 

William S Oury

 

William Oury, l'organisateur d'un massacre auquel il ne prit pas part exulta en écrivant : « Cent quarante-quatre des diables les plus assoiffés de sang qui affligèrent la terre mère ont été massacrés ». Pour lui, cent vingt cinq hommes se trouvaient dans le camp lors de l'attaque. Jusqu'à sa mort, il énoncera comme une évidence que les Apaches d'Eskiminzin étaient les auteurs des attaques dans les environs de Tucson, citant comme preuves le fait que les agresseurs avaient retrouvés dans le camp des biens dérobés à des colons... mais que les indiens du Camp Grant s'étaient en fait procuré par échange ou achat à d'autres Apaches... ou à des Blancs.

L'attaque était à la fois pour le « Tucson Ring » l'occasion de se débarrasser de ces indiens pacifiques qui donnaient comme on l'a vu à un prix si bas le fourrage que le « Tucson Ring » surfacturait et aussi un moyen de saboter toute discussion de paix avec les Apaches.

C'était également un moyen de mettre sous pression le nouveau commandant militaire du territoire, le général George Crook (1829-1890)

 


Originaire de l'Ohio, il était sorti de West Point en 1852 et avait été affecté dans le Nord-Ouest de 1852 à 1861 pour protéger les colons des Indiens. Se ralliant au Nord au déclenchement de la Guerre de Sécession, il avait combattu à South Mountain, Antietam et Chickamauga et était présent lors de la capitulation de Lee à Appomatox en 1865. Il avait été alors nommé à la tête du département de la Columbia en 1866 avec le grade de lieutenant-colonel. Il était adoré par les colons de l'Ouest et deviendra l'idole de Tucson pour son inflexibilité envers les « sauvages ».

 

 

Les Colombes ou les Faucons

Mais un deuxième homme arrivait aussi, et il allait devenir le cauchemar de la « Mafia de Tucson » : Vincent Colyer (1825-1888). Ce dernier était un quaker, un artiste et antiesclavagiste qui avait pris durant la Guerre de Sécession le commandement d'un régiment noir qu'il avait personnellement crée. Cet homme aux idées socialement avancée pour l'époque était un défenseur résolu des minorités dont les Indiens. Nommé pour cela au secrétariat du « Board of Indian Commissionners », il était un ardent partisan de la politique de paix.

 


Colyer arrive à la fin août 1871 avec une solide escorte de soldats et 70000 dollars en poche pour négocier la paix avec des Apaches. Dès son arrivée, la presse de Tucson se déchaîna contre lui le traitant de « vieux diable », « rascal », « assassin aux mains rouges ». Il se verra même pendu en effigie dans une rue de Tucson. Impassible face à ce déchaînement, il rencontra des chefs Mimbrenos à Canada Alamosa, mais Cochise demeura invisible. Durant son voyage, il parla à des officiers, des civils et des chefs indiens.

En octobre, il repartit avec le projet d'ouvrir quatre grandes réserves, dont une pour les Chiricahuas à Tularosa...

 

Quelques semaines après son départ, Cochise se présentait à Canada Alamosa et y rencontra le général Granger, commandant militaire du Nouveau Mexique auquel il expliqua avec éloquence qu'il refusait d'aller vivre sur une réserve à Tularosa qu'il considérait comme un lieu malsain, mais qu'il en voulait une là, à Canada Alamosa. Le général assura à Cochise que lui et ses hommes pourraient autant qu'ils le désiraient vivre en paix dans la vallée Alamosa, sans que personne ne viennent les en chasser. Peu convaincu, le prudent Cochise reparti et les raids de ses hommes reprirent de plus belles.

 

Le 5 novembre 1871, une diligence fut attaquée par de mystérieux agresseurs au nord-ouest de Phoenix. Sur les neuf occupants de celle-ci, huit furent tué, le seul rescapé étant laissé pour mort par les attaquants. Dans un premier temps, l'attaque fut attribuée à des bandits mexicains, puis aux Indiens, ensuite aux Apaches pour en venir aux Chiricahuas et enfin à Cochise...

Durant la même période, « The Prescott Miner » publia le bilan des pertes américaines du fait des Apaches entre 1864 et 1871 : 304 morts, 53 blessés graves et 5 prisonniers. Bien évidemment, le nombre d'indiens tués au combats ou assassinés ne figurait pas dans ce décompte... Pour donner une idée de celles ci, on sait par une étude fine des archives qu'en 1864 seulement 264 Apaches furent assassinés ou empoisonnés par les colons du territoire, tandis que 16 blancs tombaient victimes des représailles Apaches.

Face à cette situation, Washington décida d'ouvrir les réserves proposées par Colyer et de pousser les indiens à s'y rendre en leur promettant de la nourriture et en menaçant de traiter comme des hors la loi les réfractaires. Sur place, Crook traduisit cela par un ultimatum aux insoumis : ceux ci avaient jusqu'au 16 février 1872 pour s'y rendre. Puis il prépara sa campagne contre les Tontos et les Apaches-Mohaves.

 

 

Une bible et un général manchot

 

Cette précipitation de Crook à entrer en guerre alerta les amis des indiens qui signalèrent qu'un nombre considérable d'Apaches se trouvaient sur les réserves et qu'il était inutile d'entrer en guerre pour forcer ceux qui restait à y entrer. Du coup, le président Grant hésita et envoya sur place le brigadier-général Otis Howard (1830-1909), dit « Howard la Bible » pour recommencer la même mission que Colyer.

 

"Bible Howard"

Howard était un homme aussi pieux que généreux, fortement inspiré par le sens du devoir. Son surnom venait du fait qu'il employait très souvent des citations bibliques. Il était sorti de West Point en 1854 et y retourna en 1857 pour y enseigner les mathématiques. Durant la Guerre de Sécession, il participera à plus de vingt batailles parfois très meurtrières (Bull Run, Gettysburg, Antietam et Fredericksburg). Il perdra son bras droit à celle de Fair Oaks. A la fin du conflit, il aura la charge du « Bureau des réfugiés, des affranchis et des terres abandonnées » jusqu'à ce que Grant l'appelle et l'envoie dans le sud ouest.

 

Howard arriva fin avril 1872 à Fort McDowell, au nord-est de Phoenix. Il y rencontra son subordonné Crook qui avait la rage au cœur de le voir arriver, tout en respectant les formes de la civilité et de la discipline militaire.

 

Howard ne tarda pas à rencontrer au Camp Grant les chefs Apaches, dont Eskiminzin. Seul Cochise manquait, mais une femme chiricahua d'une réserve voisine l'avait informé que ce dernier voyageait épisodiquement vers le Rio Grande. Howard rêvait de pouvoir le rencontrer en personne. Pour l'heure, il décidera d'officialiser la réserve de Fort Apache et de l'étendre vers le sud et la rivière San Carlos. Puis il ramena avec lui à Washington une dizaine de chefs pour les présenter au « Grand-Père » et les étonner au spectacle du monde des blancs.

 

A Tucson, le parti de la guerre crevait de rage. Cependant, la poursuite des raids des Apaches de Cochise leur donnait quelque espoir, bientôt compromis par l'annonce du retour d'Howard...

Ce dernier trouva Fort Apache sans dessus dessous : les vivres manquaient et six chefs Apaches étaient emprisonnés. Howard les fit libérer, remplaça l'officier responsable du ravitaillement par un civil et fit faire une distribution rapide de viande en s'assurant personnellement de l'exécution de ses ordres.

 

Il partit ensuite voir les Mimbrenos dans l'espoir qu'ils lui serviraient d'intermédiaire pour rencontrer Cochise. Las, il trouva ces derniers tristes et inquiets à Tularosa où ils avaient été déportés en raison des plaintes des fermiers et des éleveurs de la vallée Alamosa. Les Mimbrenos se plaignirent de la maigreur de leurs rations et de la minceur des couvertures et lui demandèrent une réserve à Ojo Caliente, sur le Rio Grande. Howard leur promit de les soutenir dans leur demande et consentit à leur demande d'aller visiter les lieux en question avec une délégation conduite par Victorio.

 

Sur la route, ils rencontrèrent une colonne de cavalerie guidée par Tom Jeffords, qui faisait le scout pour l'armée à l'occasion. Howard ne pouvait pas ne pas avoir entendu parler de l'accord conclu par Jeffords avec Cochise et des bonnes relations entre les deux hommes. Jeffords accepta de conduire Howard vers Cochise à condition qu'Howard soit seul et sans armes. Deux amis Apaches devaient en outre les accompagner : son neveu Chee et son ami Ponce. Ce dernier étant parti en raid avec ses hommes, il faudra attendre son retour. Durant son attente, Howard expédia la pétition des Mimbrenos. Finalement, le 20 septembre 1872, la petite troupe partit rencontrer Cochise en Arizona : Jeffords, Howard, Chee, l'interprète Jake May, le capitaine Sladen, deux muletiers et une ambulance conduite par le cuisinier de l'expédition. Direction les Dragoon Mountains, le cœur du pays contrôlé par Cochise et ses hommes.

 

Dragoon Mountains

Ponce les y rejoignit avec quelques uns de ses hommes. Lors de la nuit, un Apache surgi et s'entretient brièvement avec Chee et Ponce avant de repartir dans l'obscurité.

 

 

La paix des braves

 

Au matin arriva un cavalier tenant une lance, le visage strié de noir et de vermillon : Juan, le frère de Cochise. Ce dernier le suit de peu à la tête d'une petite troupe. Il est suivi de son fils cadet Naiche, de sa sœur et de la plus jeune de ses épouses.

Après de longs pourparlers, la paix est enfin signé le 14 octobre 1872 à Dragoon Springs sur un rocher désormais appelé « Treaty Rock ». Prudent jusqu'au bout, car il redoutait de subir le sort de Mangas Coloradas, Cochise avait placé ses guerriers de telles façon qu'en cas de danger ils puissent s'abriter en un clin d'oeil.

 

Le traité stipule que la réserve des Chiricahuas comprendra les monts Dragoons et Chiricahuas, soit une superficie de 5000 km2. Une agence sera construite à Sulphur Springs et Tom Jeffords en est nommé agent à la demande expresse de Cochise. Les Blancs pourront traverser librement le territoire Chiricahua, mais ne pourront pas s'y installer. La réserve sera créé par décret le 14 décembre 1872 en même temps que celles de Fort Apache et de San Carlos.

Howard quitta alors le sud-ouest. Nommé au commandement de la Columbia dans le nord-ouest, il poursuivra et vaincra les Nez-Percés du Chef Joseph (1877) et traitera fort durement ces derniers. Ils réprimera ensuite la révolte désespérée des Bannocks de l'Idaho en 1878.

 

Le traité reçu un accueil mitigé dans la région. Si les partisans et les membres du « Tucson Ring » ne décoléraient pas, le reste de la population était plutôt soulagé de la paix. Celle-ci n'était toutefois pas parfaite car elle négligeait un point essentiel : l'absence de toute interdiction pour les Chiricahuas de mener des raids au Mexique.

 

 

Mort de Cochise et menaces sur la paix.

Cochise décédera le 7 juin 1874. Pour l'histoire officielle, il est mort de maladie, peut être un cancer ou d'une hémorragie interne. Pour la tradition orale Chiricahua, il aurait mené peu de temps avant sa mort un raid au Mexique. Au retour de ce dernier, sa troupe aurait eu un accrochage avec une patrouille de l'armée américaine. Lors de la fusillade, Cochise aurait été grièvement blessé et serait mort des conséquences de cette blessure4.

Il sera enterré dans une tombe secrète au cœur des Dragoon Mountains. Tom Jeffords sera le seul Blanc à assister à ses funérailles et ne dévoilera jamais à quiconque où avait été enterré son ami de crainte que sa tombe ne soit violée comme celle de Mangas Coloradas. Son fils Tahza lui succéda.

 

Tahza


Ce dernier était loin d'avoir les qualités de son père, et de facto, c'était plus Tom Jeffords qui dirigeait son peuple. Or depuis quelque temps, Jeffords s'apercevait de bizarreries lors de la distribution des rations. Des gens venaient de très loin « à la soupe » : Indiens du Mexique, Mescaleros et Mimbrenos du Nouveau-Mexique, transfuges de Camp Apache et de San Carlos. Les Blancs voisins de la réserve se plaignaient quant à eux de mystérieuses disparitions au sein de leur bétail et en accusaient les Chiricahuas. Systématiquement Jeffords prenait leur défense, même s'il acceptait de guider des patrouilles contre les « fortes têtes » qu'étaient Poinsenay et son frère Skinya. Il dénonçait aussi le rôle néfaste de deux trafiquant blancs établis juste à l'extérieur de la réserve et qui vendaient des armes, des munitions et de l'alcool frelaté à ceux qui leur proposaient du bétail volé.

 

Concrètement, Jeffords ne pouvait rien faire contre ces trafics ainsi que les vols et meurtres qu'ils engendraient. Il se désolait des appels à l'extermination provenant de Tucson et s'inquiétait des demandes des éleveurs, des fermiers et du gouverneur Safford pour que les Chiricahuas partent sur la réserve de San Carlos. Il savait qu'une telle mesure rallumerai de nouveau la guerre.

Or, le gouvernement de Washington chargea l'agent aux Affaires Indiennes qui dirigeait la réserve de San Carlos, John Clum (1851-1932), d'y emmener les Chiricahuas.

 

John Clum

Le merle blanc

Âgé d'à peine 24 ans, John Clum était né dans une ferme de l'état de New York. A quinze ans, il commandait une compagnie des Cadets de l'Hudson River Institute et devint membre de l'US Signal Corps qui l'envoia à Santa Fé où il fit des observations météorologiques et donna des cours d'anglais. Membre de l'Eglise Réformée Hollandaise, on lui proposa de devenir agent des Affaires Indiennes à San Carlos. Il accepta le 17 février 1874.

 

Il ne connaît alors rien aux Indiens, et encore moins aux Apaches. Qu'à cela ne tienne : il dévora tous les livres qu'il arriva à trouver sur eux, leur mode de vie, leur histoire et la politique gouvernementale à leur égard.

En arrivant à San Carlos, Clum commence par imposer son autorité sur la réserve à la place du major Babcock qui considérait les Apaches comme « fourbes et dangereux » et fit sortir de ses chaînes de forçats le malheureux Eskiminzin5 qui était persécuté par le major. Puis, au grand étonnement des Apaches, il convoqua en conseil les chefs et sous-chefs, parla avec eux et écouta leurs avis. Il fit prendre des mesures d'hygiène, imposa un compte journalier de la population de la réserve pour la distribution le samedi des rations et le repérage des manquants. Il créa aussi une police indienne, mit en place une cour de justice Apache qu'il présida, interdit la fabrication du tiswin, l'alcool traditionnel des indiens du sud-ouest. Il fit construire des bâtiments en pierre. Il obligea aussi les Apaches à remettre toutes leurs armes. Celui qui voulait chasser devait demander son arme et recevait un laisser-passer pour la durée de son absence, puis rendre son arme à son retour.

 

Et tout cela se met en place à une vitesse qui étonna aussi bien les militaires qu'Eskiminzin et les Apaches. Et en plus cela marchait! A la satisfaction générale, Clum règnait sur un petit royaume qui vivait replié sur lui-même.

 

L'année suivante Crook, que le général Sherman trouve trop doux avec les Indiens (!), quitte l'Arizona après avoir soumis les Apaches de l'Ouest et les White Mountains – du moins pour un temps! Il part pour le département de la Platte dans les Plaines du Nord. Crook y ménera une guerre difficile contre les Sioux et les Cheyennes, marquée par son échec sur la Rosebud River en 1876, quelques jours avant la bataille de Little Big Horn. Éperdu de reconnaissance, l'Assemblée du Territoire lui votera un texte de reconnaissance.

 

Le général Krautz, un militaire qui détestait le Bureau des Affaires Indiennes, et donc Clum, lui succédera. Or, la situation allait devenir de plus en plus difficile pour Clum. Le gouvernement avait en effet décidé de rassembler tous les Apaches à San Carlos pour mieux les surveiller. En mars 1875 arrivérent 1400 Apaches de Camp Verde : des Tontos, des Mohaves et des Yumas, ces derniers étant les ennemis jurés des précédents! Clum arriva cependant à les intégrer dans la réserve qui comptait désormais 2400 habitants. Il réussira aussi à y amener les White Mountains et les Coyoteros de Fort Apache le 15 juillet 1875. La suppression de cette réserve faisait gagner au gouvernement de Washington... 25000 dollars par an! Désormais, la réserve comptait 4200 Indiens

Clum incorpora quelques Coyoteros dans sa police indienne et fit porter les terres cultivées à 80 hectares par le creusement d'un canal d'irrigation.

 

L'exode raté des Chiricahuas

Blessé par une campagne incessante de calomnie provenant du « Tucson Ring » qui était choqué par les méthodes et la réussite de Clum, ce dernier avait décidé de démissionner de ses fonctions d'agent des Affaires Indiennes. Mais il changea d'avis en recevant l'ordre d'aller à la réserve Chiricahuas, de suspendre Tom Jeffords de ses fonctions, et s'il le pouvait, d'emmener les Chiricahuas à San Carlos, à condition qu'il ne dépenserait pas plus de « 3000 dollars ».

Clum leva aussitôt un corps de 250 scouts Apaches, dont 54 feront aux habitants de Tucson une démonstration de danses indiennes au grand effroi de la population. Celle-ci ne sera pleinement rassurée qu'en voyant Clum commander à ses hommes des manœuvres qu'ils effectueront à la perfection..

 

Krautz ne restera pas en reste, malgré ses réticences et son hostilité à Clum. Sur ordre de Washington, il dépêchera le 6e de Cavalerie dans le sud du territoire de l'Arizona. Ses hommes entrèrent dans Tucson, puis s'en allèrent patrouiller au voisinage de la réserve Chiricahua, tandis que Clum et ses policiers arrivèrent à l'Agence de celle-ci le 14 juin.

 

Dès le départ, les choses se passèrent mal. Le Conseil Chiricahua s'était divisé en deux camps opposés : d'un côté les partisans du départ à San Carlos et du maintien de la paix menés par Tahza et Naiche, dans le respect de la volonté de paix de leur père Cochise. De l'autre les irréductibles menés par Poinsenay et le vieux Skinyea. La discussion entre les deux groupes finit par dégénérer : une bagarre éclata. Naiche tua Skineya d'une balle dans la tête tandis que Tahza blessait Poinsenay à l'épaule. Les opposants ainsi réduits au silence, décision fut prise d'aller à San Carlos. Même Géronimo, Juh et Nolgee acceptèrent de s'y rendre. Géronimo demanda cependant et obtint un délai de trois jours pour aller chercher sa famille près de la frontière mexicaine.

 

Jeffords quitta son poste. Il deviendra prospecteur, trouvera de l'argent à deux reprises et finira dans la peau d'un rancher. Nous le retrouverons cependant plus loin dans ce récit comme éclaireur

Clum repartit vers San Carlos avec 325 Chiricahuas, dont seulement 60 hommes. C'était à peine un tiers de la tribu! Le reste s'était caché dans les montagnes ou comme un Géronimo oublieux de sa parole avait fuit au Mexique, au cœur de la Sierra Madre. Ils y seront rejoint par Poisenay. Arrêté par Clum, ce dernier avait été remis en cour de route au shérif de Pima, mais n'avait pas tardé à lui fausser compagnie!

 

 

Le cirque « John Clum »

C'est alors que Clum eût l'idée d'emmener avec lui quelques Chiricahuas pour montrer aux gens de l'Est que ces derniers étaient des êtres humains et non des sauvages sanguinaires. Le Bureau des Affaires Indiennes lui refusant tout financement, il se décidera à autofinancer ce voyage en donnant des spectacles payants dans les grandes villes traversées. Il emmena Eskiminzin et sa femme, Tahza, Diablo, Captain Chiquito et Casadora. Suivait un interprète et le médecin de l'agence, le docteur Chapin. Arrivant au moment où se diffusait la nouvelle du désastre de Little Big Horn, ce fut un fiasco complet.

On partit alors directement à Washington pour rencontrer le « Grand Père Blanc »... que l'on ne vit pas. Pire que tout, Tahza mourut d'une pneumonie le 15 novembre, quelques jours après le mariage de Clum.

Ce dernier partit en voyage de noces tandis que l'interprète ramenait les Apaches à San Carlos.

 

 

Fantômes sur le Rio Grande

Durant l'absence de Clum, les Apaches « renégats » venus du Mexique ou échappés des réserves, lancèrent des raids nombreux. Les troupes de Krautz s'épuisèrent en vain à les chercher. En février 1877, ces rôdeurs tuèrent quinze blancs et volèrent une centaine de chevaux juste au sud de Tucson. Du coup, la « Mafia de Tucson » hurla à la mort. Safford couvrait d'injures le général Krautz dans le journal local et ne cessait de réclamer à Washington de la poudre, des balles et des soldats supplémentaires. La législature du territoire vota un budget de 10000 dollars pour équiper ses propres milices contre les Apaches. Safford proposera même à Clum d'y incorporer sa police indienne. Ce dernier lui donna avec empressement soixante Apaches qu'il fit défiler et manœuvrer comme à la parade à Tucson.

 

 

La capture de Géronimo

La réserve Mimbrenos d'Ojo Caliente accueillait alors de bien mystérieux visiteurs de retour d'expéditions de pillages au Mexique. Parmi eux, Poinsenay et Géronimo. Trouvaient aussi refuge à Ojo Caliente les Mescaleros qui fuyaient leur réserve mise en coupe réglée par de véritables gangsters blancs.

 

Là vivaient ce qui restait des Mimbrenos sous le commandement de Victorio. Or en février 1877, une patrouille américaine patrouillant entre la réserve Mimbrenos et le Rio Grande localisa la bande de Géronimo dans un affluent de la rive occidentale du fleuve. Ils revenaient d'un raid et avaient avec eux une centaine de chevaux volés. La patrouille resta prudemment à l'écart en raison de son infériorité numérique, mais avertit le général Krautz qui relaya l'information à Washington. Le nouveau président, Rutherford Hayes était alors entré en fonction. Ordre vint de Washington et du Bureau des Affaires Indiennes de capturer Géronimo et ses hommes, de les envoyer à San Carlos et de rendre les chevaux à leurs légitimes propriétaires, si cela était possible. John Clum était chargé de cette mission.

Ce dernier ordonna à son chef de police, Beaufort, d'être à Silver City avec ses hommes pour le 8 avril 1877. Si Krautz lui refusa toute aide, son supérieur à Santa Fé, le général Hatch, donna neuf compagnies montées, dont trois commandées par le major Wade qui le rejoindraient à Ojo Caliente.. Clum partit ensuite faire les 600 kilomètres le séparant de cette agence avec 40 de ses policiers indiens.

 

Le 19 avril, il avait rejoint Beaufort à Silver City et ne gardait avec lui que 22 policiers indiens en qui il plaçait une grande confiance.. Le lendemain, il atteint Ojo Caliente sans trouver trace des hommes du major Wade, ni des Apaches de Géronimo qui campent pourtant à cinq kilomètres de là et qu'un messager va inviter à une rencontre pour le lendemain. Clum disposa entre temps ses hommes pour empêcher toute fuite.

 

Le lendemain, les « renégats » se présentent précédés par Geronimo, Ponce, Gordo et Francisco. Ils sont accompagnés par Victorio. A leur arrivée, ils sont cernés par les hommes de Clum et désarmés. Présentés devant devant une cour martiale, ils seront jugés : Si Victorio fut relâché, Geronimo fut condamné à la prison avec quatre autres Apaches. Enchaînés, ils resteront quatre mois en cellule à San Carlos. Enfin, dans un enclos de barbelé, car il n'y avait pas de prison à San Carlos!

 

 

La chute de Clum

Clum était alors au zénith : il avait même eu l'accord de Victorio et des siens pour aller à San Carlos. Clum y rentra avec les 110 Apaches de la bande de Geronimo et les 343 Mimbrenos de Victorio. Ils allaient à pieds, suivit par des chariots destinés à recevoir les malades, s'il y en avait!

 

Le 1er mai, jour du départ, la variole se déclencha chez un jeune Chiricahua.. Quatre naissances auront lieu durant le trajet, mais aussi huit décès. Le 20 mai, la colonne arriva à San Carlos. Les Chiricahuas purent s'installer où ils le voulaient sur la réserve, mais reçurent l'ordre de se présenter à l'agence tous les samedis pour y recevoir leurs rations. Quatre Mimbrenos acceptèrent d'entrer dans la Police Indienne, Victorio acceptant même de siéger au tribunal Apache.

San Carlos comptait alors plus de 5000 résidents...

 

L'orgueilleux et prétentieux Clum était alors à l'apogée de sa carrière d'agent d'affaires indiennes, mais il s'était fait beaucoup d'ennemis chez les militaires qui avaient été trop souvent ridiculisés par lui. En plus, il trouvait son salaire annuel de 1600 dollars bien en deçà des services qu'il avait rendu. En supprimant par son action cinq réserves indiennes, ne faisait-il pas économiser au Bureau des Affaires Indiennes 100000 dollars par an?

 

Fort de son raisonnement, il écrivit une lettre le 9 juin 1877 pour demander des émoluments supérieur et des crédits pour équiper deux compagnies supplémentaires de Police Indienne. Il garantissait avec celles ci de pouvoir surveiller tous les Apaches, les troupes régulières pouvant alors être retirées du territoire. Son télégramme fut fort mal reçu à Washington où l'on fut indigné de sa tonalité hautaine. Mais le Commissaire aux Affaires Indiennes alla trop loin en communiquant le texte de ce dernier à la presse.

 

Furieux, les militaires en firent des gorges chaudes, tandis que les membres de la « Mafia de Tucson » le trainèrent dans la boue. Ils adoraient en effet subvenir aux besoins des 5000 Apaches de Fort Carlos et à celui des milliers de soldats les gardant. Raillé et humilié, voyant son augmentation refusée par Washington, John Clum démissionna le 31 juillet 1877. Il deviendra alors le patron d'un nouveau journal, le « Tombstone Epitaph ». Impliqué dans les événements qui provoqueront la fusillade d'OK Corral, il devra vendre son journal et quitter la ville. Il sera en 1898 nommé Inspecteur Général des Postes en Alaska et y organisera le réseau postal. Il deviendra ensuite directeur de la poste de Fairbanks avant d'être engagé par le «Southern Pacific Railroad » pour promouvoir le tourisme dans la région. Il passera le reste de sa vie à Los Angeles.

 

 

San Carlos Indian Reservation 1877

San Carlos était alors un véritable baril de poudre. Les Chiricahuas et les Mimbrenos en particulier détestaient l'endroit qui comptait plus de 5000 indiens pas toujours dans les meilleurs termes. En plus, comme nous l'avons expliqué dans la première partie (article précédent), il n'y a jamais eu une « nation Apache » unifiée avec un chef unique, mais un assemblage de « nationalités » divisée entre elles, voire même carrément hostiles l'une pour l'autre. Faire cohabiter des Yumas, Mohaves, Tontos, White Mountains, Arivaipas et Chiricahuas était aussi complexes que de faire cohabiter sur un même territoire des Israéliens, Palestiniens, Hutus, Tutsi, Tibétains, Chinois et que sais-je encore!

Tous les Apaches placés là étaient très amers devant le vol de leur terre natale par les Blancs et la perte de leur mode de vie traditionnel. Ils regrettaient leur liberté et supportaient difficilement les errements, injustices et diktats de Washington. Particulièrement mal ressenti, la distribution des rations le samedi, qui est vécue comme une humiliation.

 

Seuls les Chamanes préservent la vie traditionnelle et la spiritualité à l'intérieur de chaque bande. Ils ont une grande influence et il suffirait que l'un d'entre eux prophétise la vision d'un retour possible au passé pour que tous le suivent. En plus, ni Clum, ni aucun blanc pratiquement ne comprenait l'univers mental et religieux des Apaches.

Pourtant, la majorité des habitants de la réserve ne pensaient pas à se révolter. Ils étaient surtout soucieux de survivre et de faire vivre leurs familles au jour le jour. Quand certains eurent l'occasion de devenir des scouts pour l'armée, ils le firent avec empressement. La solde régulière et les rations les attiraient par la sécurité qu'elles donnaient à leur famille et le fait qu'elle leur redonnait un semblant de liberté.

Scouts Apaches

 

On aurait tendance à voir en ces hommes des traîtres. C'est ignorer le fait que la majorité des Apaches étaient assommés par leurs défaites et savaient que en dehors de la réserve, ils étaient chassés comme du gibier. Ils n'ignoraient pas que chacun de leurs gestes étaient épiés tant dans la réserve que par les garnisons situées autour de celle-ci. Aussi, la majorité des résidents de la réserve voyaient dans les derniers révoltés non pas des héros, mais des « fauteurs de troubles » dangereux pouvant ranimer la haine des Blancs contre eux. Ils savaient que les risques qu'ils encourraient était de nouvelles déportations, l'aggravation de leurs conditions de vie, voire l'extermination.

 

Ces derniers révoltés se trouvaient dans et hors de la réserve. Dedans il y avait Géronimo, Ponce, Nana et Francisco qui étaient en prison, et Victorio apparemment soumis. Au dehors, restait Juh, Nolge et Poinsenay.

 

San Carlos s'était en plus réduit comme une peau de chagrin! Des mines d'or, d'argent et de cuivre avaient été découvertes aux alentours. La réduction de la réserve à ses zones les plus pauvres, la surpopulation, la corruption des agents et la démoralisation n'ont pas été perçus non plus par Clum, ni par personne d'autre.

A son arrivée, le successeur de Clum, l'agent Hart, fera libérer Géronimo et ses compagnons. Un jour, Poinsenay arrivera secrètement sur la réserve, tenant des propos fort séduisant sur la liberté qu'il connaissait au Mexique.

Peu de temps après, Victorio, Loco et 310 Mimbrenos filèrent vers le nord.

 

 

La guerre de Victorio

Nous avons déjà à plusieurs reprises parlé de Victorio, mais il est bon avant de continuer de le présenter plus complétement. D'autant qu'il est trop souvent dépeint dans les westerns comme « plus cruel encore que Geronimo ».


De son véritable nom Bi-Duya, Victorio est né vers 1825. Il était un Chihenne, ou Chiricahuas de l'Est. En 1853, il appose sa marque sur un document de l'armée américaine prouvant ainsi qu'à cette époque il avait déjà le rang de chef. En tactique, il était l'élève de Nana. Il faisait aussi parti avec Géronimo des lieutenants de Cochise. Il deviendra le leader des Mimbrenos après la mort de Mangas Coloradas en 1863.

 

Il était toujours flanqué d'une personne à laquelle j'ai déjà fait allusion, sa soeur Lozen (vers 1840 – 1890). Habile voleuse de chevaux et guerrière'. Celle ci était totalement dévouée à son frère, refusant de se marier et d'avoir des enfants pour continuer à le suivre. Beaucoup la créditent d'avoir eu un sens tactique plus développé encore que celui de son frère. Elle était aussi une chamane et avait la réputation de pouvoir prédire où se trouvait l'ennemi et quelle était sa force. Victorio avait une totale confiance en elle et ne prenait jamais de décision sans la consulter.

 

 

 

Reprenons notre histoire... Victorio, Lozen, Loco et 310 Mimbrenos filaient donc de San Carlos en se dirigeant vers Fort Apache pour y voler les chevaux dont ils avaient besoin pour fuir rapidement vers le Mexique. Ils y parvinrent, mais auront la malchance alors qu'ils se dirigeaient vers le sud d'être accroché par deux patrouilles de cavalerie qui reprirent une bonne partie des bêtes volées et captura 56 guerriers au terme d'une longue poursuite. Contraint de renoncer au Mexique, Victorio gagna Fort Wingate chez les Navajos et y fit sa reddition. Les autorités se demandèrent alors que faire de lui et de ses 200 Mimbrenos. Finalement, ils les renvoyèrent à Ojo Caliente sur leur ancienne réserve , partie de leur terre natale! Ravis de cette décision, ils jurèrent de s'y tenir tranquille.

L'année 1877 fut d'ailleurs faste pour les soldats. Le 12 décembre, ils lancèrent une attaque surprise sur le camp des Chiricahuas-Nednis de Juh et Nolgee qui pillaient les ranchs proches de la frontière américano-mexicaine et harcelaient les voyageurs.

 

Malheureusement pour eux (les militaires), la disette sévissait à San Carlos, bien que le successeur de Krautz au commandement de l'Arizona, le général Willcox, fasse tout son possible pour soutenir la trésorerie et l'intendance de l'agent Hart. Les restrictions de nourriture exaspèrent alors les Apaches. L'inévitable arrive au début d'avril 1878 : Géronimo, Ponce, Francisco et Gordo s'enfuient de San Carlos pour rejoindre Juh et Nolgee au Mexique. Il y passeront dix huit mois à lancer des raids de pillages à gauche et à droite. Les Apaches restés à San Carlos ne l'ignoraient pas.

 

Pendant ce temps à Ojo Caliente, Victorio se tenait tranquille. Cela aurait pu durer, mais Washington allait réussir à allumer l'incendie par une décision particulièrement inopportune... Ils donnèrent l'ordre à Willcox et Hart de ramener à San Carlos Victorio et ses Mimbrenos! Quand le capitaine Bennett se présenta à Ojo Caliente, Victorio lui fit par de sa stupéfaction en lui disant qu'aucun des siens n'irait à San Carlos. Les femmes et les enfants pouvaient être emmenés dans des chariots, mais aucun homme ne viendrait. Quelques heures plus tard, Bennett appris que Victorio, Lozen et une centaine de guerriers avaient fuit vers le Mexique. Seul 169 femmes, enfants et vieillards seront embarqués dans des chariots vers San Carlos. Le voyage s'effectuera par un froid très vif, mais malgré quelques pieds gelés, il n'y aura aucun décès.

Bennett laissa dans les bâtiments abandonnés d'Ojo Caliente le lieutenant Charles Merritt et ses hommes. En février, ils eurent la surprise de voir venir à eux Victorio et 22 de ses hommes. Ils lui demandèrent l'asile sur leur ancienne réserve et refusèrent d'aller à San Carlos, préférant la mort à ce lieu. Merritt prévint ses supérieurs et Washington, où la nouvelle causa un grand embarras : que faire de Victorio et de ses hommes?

 

Avant qu'ils se décident, Victorio avait déjà filé avec ses hommes après avoir eu vent d'une rumeur disant qu'il serait envoyé à Tularosa chez les Mescaleros. Il avait visité l'endroit avec le général Howard en 1872 et ne voulait pas plus y aller qu'à San Carlos!

 

On perd alors sa trace avant de le retrouver quatre mois plus tard à l'agence de Mescaleros avec quelques guerriers seulement devant le vieux major Russell. Ce dernier lui promettra des rations pour l'amadouer et l'assura qu'il mettrait tout en œuvre pour que la famille de Victorio, alors à San Carlos, puisse le rejoindre. En échange, Victorio devait se tenir tranquille. Il le fit jusqu'au jour où il apprit que des policiers de Silver City allaient venir l'arrêter. Ils arrivèrent le 4 septembre 1879, mais ne trouvèrent personne, Victorio ayant déguerpi avec ses hommes et 150 Mescaleros!

 

Chassé de partout, se sentant trahi et insulté, exaspéré par le sort réservé à son peuple, Victorio n'allait plus perdre son temps à parler avec des Blancs. Il allait les combattre et les tuer.

De septembre 1879 à août 1880, lui et ses hommes incendièrent ranches sur ranches, tuant les éleveurs et les gardiens de troupeaux et volant les bêtes. Ils tendaient des embuscades dans lesquelles tombaient les patrouilles de l'armée américaine. Victorio évita tous les pièges tendues par les troupes de Hatch et les milices locales. Quand il gagna le refuge mexicain où il fut accueilli en héros par plus de trois cents rebelles, il laissait derrière lui 35 blancs tués. Mais ni Juh, ni Géronimo n'étaient là pour l'accueillir!

 

 

Un nid douillet pour l'hiver

Depuis son départ de San Carlos en avril 1878, Géronimo dirigeait de fructueux raids de pillage dans le Sonora mexicain avec ses amis Juh, Nolgee, Francisco et d'autres. Poursuivis par les Rurales, quand il ne choisissaient pas d'attaquer ces derniers, ils écoulaient leur butin auprès des commerçants de Janos qui ne se posaient guère de question sur l'origine des biens qu'ils achetaient. Mais à la fin de l'année 1879, la pression des Rurales sur les pillards se faisait de plus en plus forte et Géronimo et Juh se préoccupaient de leur sécurité durant l'hiver.

 

Ils acceptèrent donc de rencontrer des émissaires venus discrètement des États Unis leur proposer de rentrer à San Carlos. Parmi eux Tom « Taglito » Jeffords et le général Haskell, aide de camp du général Willcox. Un accord fut trouvé et le jour dit, Géronimo se rendit à Fort Bowie avec Juh et une centaine de guerriers.

 

Pendant vingt mois, Géronimo et Juh allaient vivre paisiblement à San Carlos. La vie n'y était pas facile, même si l'agent Hart avait été chassé de son poste en raison des trafics auxquels il s'était livré avec un inspecteur des Affaires Indiennes et même la complicité du Commissaire aux Affaires Indiennes! Mais après des débuts prometteurs, son successeur, l'agent Joseph Tiffany, allait se montrer tout aussi corrompu. Comme quoi être membre de l'Église Réformée Hollandaise n'était pas un brevet d'honnêteté et de charité chrétienne!

 

 

Et pendant ce temps là Victorio...

Fin janvier 1880, Victorio surgit à la tête de 300 hommes au Nouveau Mexique dans la vallée du Rio Puerco, puis dans le massif de San Mateo. A deux reprises, il sera accroché par un détachement, mais le repoussera sans peine en lui infligeant quelques pertes. Puis, il passa en trombe le Rio Grande pour s'abriter dans les Monts San Andres. La compagnie du Capitaine Rucker y tomba dans une embuscade en tentant de l'y poursuivre et échappa de peu à l'anéantissement. Pendant un mois, Victorio ne donna plus un signe de vie. Puis des rumeurs se propagèrent qui disait qu'il étaient dans le sud du massif, dans le Canyon Humbrillo. Début avril, les colonnes de cavalerie du général Hatch se mirent en marche pour l'y piéger.

 

Mais les San Andres étaient une forteresse naturelle protégée de tous côtés par des zones désertiques et l'accès en était fort difficile. Hatch quitta Santa Fé avec la colonne du Capitaine McLellan, tandis que celle du Capitaine Henry Carroll s'avançait depuis Fort Stanton à travers des champs de lave. L'hiver avait été sans pluie et tous les points d'eau étaient à sec, sauf un ruisseau providentiel. Malheureusement pour les soldats, l'eau de celui-ci était gypseuse et fit des ravages sur les hommes et les bêtes. Quand elle se présenta à l'entrée du canyon où se trouvait les Apaches, elle avait bien perdue de sa valeur combative, mais par chance pour elle, Victorio surpris par l'arrivée des soldats ne s'en rendit pas compte et dispersa ses hommes. Quand il comprit un peu tard pourquoi les hommes en bleu s'efforçaient d'atteindre l'unique ruisseau capable de les désaltérer, il fit concentrer sur eux le feu de ses guerriers. Il s'en faudra de peu que l'unité de Carrol soit anéantie, mais l'arrivée impromptue de la colonne McLellan força Victorio a battre en retraite au plus vite. Sorti du massif, Victorio divisa ses hommes en deux groupes. L'un parti vers l'ouest et les pâturages d'été du Black Range, tandis que l'autre partait vers l'est et les terres Mescaleros.

 

Mais Hatch l'y avait précédé et était arrivé avant lui à l'agence de la réserve des Mescaleros où il rencontra la colonne de Grierson. Ils savaient tous deux que Victorio devait y venir si il voulait se ravitailler en munitions et remplacer les armes perdues. Surpris par ce déploiement de force, l'agent Russel tenta de plaider la cause des Mescaleros en arguant de leur caractère paisible, mais Hatch et Grierson donnèrent l'ordre à ces derniers de remettre toutes leurs armes et munitions. Le lendemain, une patrouille menée par le Lieutenant Gatewood ouvrit le feu sur des cavaliers Mescaleros qu'ils prirent pour des voleurs de bétail. Elle tua deux hommes. Les Mescaleros étaient alors à la recherche de voleurs qui s'en prenaient à leur bétail!

 

Cet incident suscita de l'émotion dans toute la réserve et une effervescence que les militaires assimilèrent à une révolte. De nouveaux quelques Mescaleros tombèrent sous les balles des soldats. Une quarantaine d'entre eux filèrent alors vers le sud pour rejoindre Victorio. La conséquence de l'action des militaires sur la réserve Mescaleros était de contraindre Victorio à s'en prendre à tout blanc croisant sa route pour s'emparer des ses armes et munitions.

 

Il disparut ensuite, sans que les militaires sachent pourquoi. En fait, il avait eu l'audace de pénétrer sur la réserve de San Carlos pour se venger d'un chef Apache White Mountains qui lui avait tué un homme. Il tua ce dernier et prit le large. L'émotion provoquée par le meurtre fut telle que 40 Apaches se présentèrent spontanément pour pourchasser Victorio.

 

Tout Apaches qu'ils étaient, ils ne trouvèrent pas la piste de ce dernier! Par contre, les bergers mexicains, les mineurs et convoyeurs américains tombaient dans les pièges tendus par les hommes de Victorio dans les massifs des Mogollons et de la Black Ridge. Fin mai, on dénombra 78 victimes. Affamées et éreintées les troupes de Hatch suivaient des centaines de pistes qui ne menaient nulle part. Elles étaient critiquées avec virulence par les journaux qui soulignaient l'impuissance d'une armée incapable de venir à bout de 300 « sauvages ».

 

La chance tourna le 23 mai quand un chef de scouts indiens, un certain Parker, localisa les Apaches au sud d'Ojo Caliente dans la vallée du Rio Palomas. Parker les attaqua avec ses 70 hommes et tua 30 guerriers. Blessé, Victorio fut sauvé par Lozen qui la cacha. Elle déclara qu'elle aurait "plutôt mangé elle-même le corps de son frère plutôt que de l'abandonner aux soldats"! Parker ne put poursuivre les Apaches car il était à court de munitions et de vivres. Il envoya un message urgent au général Hatch pour lui demander des renforts, mais ce dernier à la nouvelle du succès de Parker avait galopé à brides abattues à Fort Craig pour prévenir par télégraphe le haut commandement et la presse qu'il avait cerné Victorio! Ce dernier filait alors vers le sud se réfugier au Mexique. Un peloton de cavalerie l'accrocha, lui tuant huit hommes et en blessant trois, sans parvenir à l'arrêter.

 

Victorio et ses compagnons reprirent leur souffle dans leurs refuges de la Sierra Madre. Lui et ses hommes passèrent ensuite dans l'ouest du Texas où ils seront harcelé par les Texas Rangers, les cavaliers du major Grierson et les 300 cavaliers mexicains du colonel Valle, qui avaient eu l'autorisation de fouler le sol texan en l'occurrence. Victorio et ses 160 guerriers repassèrent le Rio Grande pour se réfugier dans le massif de Candelarias, dans l'état du Chihuahua.

 

 

L'homme aux 121 têtes

 

 

Le gouvernement de cette province mexicaine avait mis à pris pour 3000 dollars mexicains la tête de Victorio. Cette somme suscita bien des appétits et trois mois plus tard pas moins de 120 têtes, toutes supposées appartenir à Victorio avaient été apportées!

 

Malgré tout la fin approchait pour Victorio. Grâce au droit de "hot pursuit" les cavaliers de Grierson, Parker et ses scouts Apaches renforcés de 20 soldats noirs du 16ème d'infanterie passèrent le Rio Grande pour porter l'estocade finale. Du côté mexicain venait le général Joaquin Terrazas, un tueur d'Apaches renommé.

 

Tout le monde se dirigeait vers le massif de Tres Castillos où se cachait Victorio. L'encerclement se mis en place et en octobre Terrazas pria poliment mais fermement les Américains de vider les lieux dans les plus brefs délais. Il prétendit qu'il n'avait pas confiance dans les scouts Chiricahuas employés par les américains, ceux ci ayant des parents ou des amis parmi les compagnons de Victorio. Les Américains voulaient mettre par tous les moyens fin à l'odyssée de Victorio, même par la négociation. Pour Terrazas, qui voulait garder pour lui-même l'honneur d'avoir mis fin à la carrière de Victorio, la négociation n'était pas une option. L'extermination, si.

 

Victorio s'inquiétait du manque de munitions et de nourriture pour les siens. Il envoya ses meilleurs hommes en chercher, Lozen partit ramener une jeune femme enceinte à San Carlos. La majeure partie des guerriers restés avec Victorio étaient de très jeunes hommes inexpérimenté ou des blessés. Il ignorait que les éclaireurs Tarahumaras de Terrazas avaient localisé son camp. Le 14 octobre 1880, Terrazas attaqua par surprise : les Apaches furent écrasés. Les jeunes guerriers se battirent jusqu'au dernier pour protéger Victorio. Ce dernier se suicida en plongeant son couteau dans son cœur pour éviter la capture. Quand ceux qui étaient partis chercher du ravitaillement revinrent, ils ne retrouvèrent que le vieux Nana et 17 survivants. Terrazas était reparti avec 94 femmes et enfants captifs. Les autres étaient morts. 

La mort de Victorio, qui était très aimé de tous les Chiricahuas, suscita la colère de tous les Chiricahuas qui vivaient encore libres dans la Sierra Madre. Ils décidèrent de le venger et nommèrent un nouveau chef de guerre, qui prit comme lieutenant Kaytennae. Il s'agissait de Nana (prononcer "Nanay").

 

 

Le vieux lion des montagnes

 

 

Nana avait été le professeur es-stratégie et tactique de Victorio qu'il considérait comme son fils. Septuagénaire, il avait combattu depuis des décennies les Mexicains, les Blancs, les Yaquis, les Tarahumaras et tous les autres ennemis des Apaches. Son corps était couvert de cicatrices, il boitait, souffrait de rhumatismes et voyait mal d'un œil, mais il avait un esprit vif et une solide expérience de chef de guerre qu'il allait mettre en œuvre très rapidement.

 

Il décida d'abord de s'occuper de Terrazas. Il tendit une embuscade à ce dernier au sud d'El Paso. L'escorte de ce dernier sera taillée en pièces et Terrazas sera sauvé de justesse par les rescapés qui l'amenèrent en ville. Satisfait malgré tout, Nana décida ensuite de s'occuper des américains.

 

Il emmènera avec lui en juillet 1881 15 Chiricahuas et 35 Mescaleros pour un raid d'anthologie qui est encore montré aujourd'hui comme l'exemple d'un "raid profond en territoire ennemi". Nana et ses hommes surgirent brutalement de nulle part dans les monts Sacramento où il surprit le peloton de cavalerie du Lieutenant Guilfoyle. Il lui tua deux hommes. Guilfoyle se lança à sa poursuite, qui l'entraîna dans les monts San Mateo, sans pouvoir rejoindre le vieux chef et ses hommes. Hatch envoya tout ce qu'il put trouver pour rattraper Nana : cavaliers, fantassins, scouts Apaches : sans succès! Même le tenace Guilfoyle allait jeter l'éponge devant l'épuisement de ses hommes... Sur sa route Nana rencontra encore une colonne de soldats, une patrouille de cavalerie dont il tua le commandant.

 

Quand les historiens américains se plongèrent bien plus tard dans l'histoire de ce raid, ils découvrirent avec effarrement qu'en deux mois ce vieillard, dont l'énergie épuisait même les jeunes guerriers qui l'accompagnait, avait parcouru environ 1500 kilomètres! Entre trente et cinquante soldats américains avaient été tués. 200 mules et chevaux avaient été pris par les Apaches. Plus d'un millier d'hommes avaient été alignés contre lui. En vain.

 

Histoire des Chiricahuas (3e partie) : Géronimo



17/04/2010
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