L'ours polaire

L'ours polaire

Histoire des Chiricahuas (1er partie) : des origines à Cochise

 

Bien que le but de cet article est de parler des Apaches Chiricahuas, il est d'abord nécessaire de parler des Apaches en général. Les Chiricahuas, littéralement « Ceux des montagnes » n'étaient en effet qu'une division d'un groupe bien plus vaste regroupant les Apaches proprement dit et les Navajos, unis par des dialectes se rattachant au groupe des langues Athapascanes (voir carte ci-dessous).

 

 

Bien des légendes courent sur eux, colportés par des histoires fantaisistes ou par des films, parfois aussi excellents que «Fort Apache" (Le massacre de Fort Apache) tourné par John Ford en 1948.

 

 

Extrait :

Lieutenant-Colonel Thursday (Henry Fonda) : « J'ai vu des indiens en venant. Sans doute des Apaches? »

Captain Yorke (John Wayne) : « Si vous les avez vu, c'est que ce n'était pas des Apaches! »....

Et je ne parlerai des scènes de torture fort appréciées des réalisateurs.

Notons en plus que l'on verra comme « Apaches » des acteurs aussi considérables que Burt Lancaster dans « Bronco Apache », film retraçant de façon très romancée la remarquable évasion de Massaï, le seul des Chiricahuas à réussir à s'évader du train les déportant en Floride.

Dans le registre comique, ajoutons un Paul Newman laconique et impassible dans « Hombre »1

 

 

ou plus raisonnablement un Charles Bronson muet dans le cruel et caricatural « Les collines de la Terreur »

 

 

Mais commençons par le départ en voyant au-delà des caricatures et des stéréotypes diffusés par de tels films qui sont les Apaches2...



Origine et principaux groupes:

Famille Apache

 

Le nom « Apache » est un mot dérivé du Zuni « Apachu » qui veut dire « Ennemi ». Les Apaches ne se désignaient évidemment pas par ce nom et utilisent souvent le mot de « Diné » (Le Peuple).


L'origine des Apaches se trouve au Canada, près du Lac des Esclaves, dans le Territoire du Nord-Ouest (Canada), près du cercle polaire. A une date inconnue  (entre l'an 1000 et 1500 de notre ère), une grande partie des peuples de langue athapascane ont quitté cette zone et sont partis vers le sud, avant de se diviser en deux groupes.

Tandis qu'une minorité partait s'installer le long des côtes de l'Océan Pacifique, la majorité descendait le long des Rocheuses vers les plaines du Texas et le Nouveau Mexique.

Là, ces groupes de chasseurs cueilleurs entrèrent en relation vers l'an 1300 avec les habitants du secteur : les Pueblos, sédentaires et cultivateurs.

Ces derniers flétrirent les nouveaux venus du nom d'Apache (Ennemi) en raison des raids de pillage que lancèrent ceux-ci sur eux.

Lorsque les Comanches reçurent des chevaux, ils chassèrent les Apaches des Plaines du Sud, les forçant à gagner l'Arizona et le Nouveau-Mexique (XVIIIe siècle).

 

Les principaux groupes Apaches sont (répartition vers 1750 sur la carte ci-dessus) :

(WA) Les Apaches de l'Ouest (Cibecue, Arivaipa, San Carlos, White Mountain …);

(N) Les Navajos;

Les Apaches de l'Est, fortement influencés par la culture des plaines (Jicarillas (J), Lipans (L), Mescaleros (M)) se trouvaient au Nouveau-Mexique;

Les Kiowas Apaches (LP) qui partagèrent longtemps les mêmes camps que les Kiowas et avaient adoptés leur mode de vie;.

Les Apaches du Sud (CH) étaient les Chiricahuas (Ceux des montagnes).

 


Notons que l'on trouve bien d'autres noms de groupes (Warm Springs, Mimbrenos etc...) en raison des regroupements et des divisions perpétuelles de ces groupes et de l'habitude des chroniqueurs espagnols, mexicains et américains de les distinguer selon des indications géographiques variables selon les auteurs!

Les Chiricahuas se divisaient eux même en plusieurs sous-groupes :

Les Chihennes (Ceux peints en rouge);
Les Chokonens (Le peuple de l'aube);
Les Bedonkohes (Ceux qui marchaient devant et derrière le peuple;
Les Nednis. Ces derniers étaient les plus méridionaux des Chiricahuas et vivaient surtout au Mexique.


Mode de vie :

Tous les Apaches furent d'abord des « chasseurs cueilleurs ».

Avec le temps, une partie d'entre eux, les Navajos (Apaches de Nabahu = Ennemi des champs cultivés), adoptèrent les us et les coutumes des Pueblos, réalisant même des mariages intertribaux avec ces derniers. Progressivement, ils s'établirent en Arizona au sud du Grand Canyon du Colorado. Devenus sédentaires, ils « emprunteront » aux Espagnols l'élevage du mouton et le tissage, puis le travail de l'argent aux Mexicains.

 

Les autres Apaches gardèrent leur mode de vie nomade, vivant de chasse, de cueillette, et de raids sur les villages pueblos et mexicains. Ils découvrirent le cheval à l'arrivée des Espagnols et ne tardèrent pas à l'utiliser pour lancer des raids de pillages de plus en plus lointains dans le Mexique et tout le sud-ouest des États-Unis. A côté, selon les lieux et les époques, ils leur arrivait souvent de commercer paisiblement avec d'autres Apaches ou même des ennemis tels que les Pueblos ou les Mexicains !

Dans la société Apache, les tâches dévolues aux femmes étaient de rapporter de la nourriture, de l'eau et du bois. Les hommes quant à eux chassaient et guerroyaient. Il y eut toutefois des femmes guerrières, telle Lozen, la sœur de Vittorio, qui est un peu la « Jeanne d'Arc » Apache.3.

Les Apaches tannaient les peaux des animaux qu'ils tuaient, notamment les daims et savaient fabriquer de la poterie qui tomba largement en désuétude quand ils purent de procurer des récipents en métal.


On ne devenait chef dans la société apache, qu'après avoir prouvé sa valeur personnelle, par exemple en accomplissant des raids de pillages particulièrement audacieux, sans subir de pertes et en ramenant un riche butin. A côté de ce chef se trouvait une femme qui, pour d'autres raisons de prestige, se trouvait être particulièrement écoutée sur les questions de vie quotidienne et la préparation des campements.

La famille a toujours eu beaucoup d'importance pour les Apaches. Il était formellement interdit pour un jeune homme de prendre pour épouse une femme de son groupe. Il devait trouver une épouse à l'extérieur de celui-ci pour éviter tout inceste, même éloigné en parenté. Notons que comme souvent dans les sociétés amérindiennes, c'était le mari qui allait vivre chez les beaux parents de sa conjointe. Il était mal vu de maltraiter les enfants et les femmes.

Les Apaches vivaient sous des huttes de branchages (Wickiup) ou des constructions en adobe, parfois « empruntées » aux Pueblos.

 

Ils étaient de redoutables coureurs à pieds et aimaient organisaient des courses auxquelles les femmes pouvaient d'ailleurs participer, ainsi que des épreuves de force physique. S'ils utilisaient les chevaux, ils n'auraient pas été les amis de Brigitte Bardot! En effet, ils les montaient jusqu'à épuisement, les tuaient et les mangeaient avant de s'en procurer d'autres soit par le commerce, la capture ou le vol....

 

Un Apache qui commettait un crime était banni du groupe. Il devait se débrouiller seul, sans assistance. Souvent, les réprouvés se regroupaient en petits groupes et commettaient des déprédations qui étaient attribués à tort à la tribu dont ils étaient issus.

 

Peuple religieux, les Apaches vénéraient Usen, « Le Donneur de Vie » et croyaient en de multiples esprits, comme la "Femme Peinte en Blanc". Leurs principales cérémonies religieuses sont encore aujourd'hui la danse des "Ga'he" ou "Esprits de la Montagne" ainsi que la "Fête de la Puberté des jeunes filles". Officiellement chrétiens, ils ont en effet mélangé croyances traditionnelles et christianisme.

 

 

 

Cruauté des Apaches

 

 

Si les Apaches n'étaient pas de gentils hippies couverts de plumes, ils étaient loin d'être les hommes sanguinaires dépeints dans tant de films!( « Ulzana's Raid (Fureur Apache) ». Ils n'étaient pas des brutes sadiques!

 

 

On a toujours eu tendance à exagérer leurs méfaits. Quand Geronimo se rendra pour la dernière fois en 1886, un journal de l'Ouest le décrira portant une chemise « ornée d'une centaine de scalps de blancs » tués lors de sa dernière cavale. Un autre journal citera même le nombre de 99! Sans doute le journaliste avait été les compter...

Et quand on lit les témoignages des blancs et indiens qui assistaient à cette reddition, on ne trouve pas ce fait peu ordinaire mentionné! De même cette tenue est absente des photographies qui ont gardée la mémoire de cet événement... (voir ci-dessus)

 

Geronimo lors de sa dernière reddition en 1886


Témoignant du massacre d'une famille de colons, les journaux de l'Ouest rapporteront que la mère d'un jeune garçon, qui avait été épargné par les Apaches, avait été « violée avant d'être tuée et mutilée » sous les yeux de ce dernier. Plus tard, le jeune garçon mentionnera le meurtre à un historien, mais ne parlera ni de viol, ni de mutilation, car rien de cela ne s'était produit. Hier comme aujourd'hui, les journalistes avaient tendance à rajouter dans le sordide, parce que c'est ce que demandaient leurs lecteurs... qui aimaient frissonner avec des histoires d'indiens sanguinaires déchaînant leurs instincts lubriques sur de pauvres femmes blanches sans défense! Et puis cela justifiait les cruautés et les injustices commises par les colons et leur donnait bonne conscience quand ils "exterminaient la vermine rouge"!

Pour en revenir à Géronimo, lors de l'une de ses fuites de la réserve de San Carlos avec Juh le chef des Nednis, il passera par le ranch des Stevens, des colons qui s'étaient montrés amicaux envers les Apaches au point de nouer desliens étroits avec ces derniers. Les Apaches se contenteront de les enfermer sous bonne garde, ne faisant aucun mal tant aux femmes qu'aux hommes et aux enfants.

Ils massacreront par contre sans pitié à coups de fusils, de massues et de coutelas les employés Mexicains, sans distinction d'âge ou de sexe. Un jeune mexicain ira se réfugier derrière la maîtresse de maison. Un guerrier (Geronimo?) qui tenta d'écarter violemment celle-ci fut vivement rabroué (par Juh?) et le jeune homme eu ainsi la vie sauve. Sera aussi épargné un berger mexicain qui avait longtemps vécu parmi les Chiricahuas, d'abord comme captif, puis comme membre à part entière de la nation Chiricahua.

 

Les Chiricahuas questionnés dans les années 1930-1940 et qui avaient connus la dernière phase des combats dans leur jeunesse ont toujours récusé avec véhémence les accusations de torture sur des prisonniers. L'un d'entre eux, qui était à l'époque un jeune garçon, se rappelait de l'exécution sommaire de plusieurs prisonniers d'une simple balle dans la tête. Un autre avoua qu'il était arrivé dans quelques cas que des prisonniers soient brûlés vifs la tête en bas, supplice qui était réservé à l'origine aux Apaches accusés de pratiquer la magie noire. Mais il signalait ce fait comme exceptionnel. Enfin et pour conclure, je possède dans l'un de mes livres la photo d'un mexicain tué à coups de pierre par les Apaches

A noter que si les Apaches scalpaient leurs victimes, ils ne gardaient pas les scalps comme trophées en raison de leur crainte des morts qui obligeait tout ceux qui en manipulaient de se soumettre à des rituels de protection et à s'en débarrasser au plus tôt!


Remarquons enfin que dans bien des cas, les Apaches agissaient comme leurs ennemis agissaient vis à vis d'eux. Ils furent ainsi particulièrement choqué quand le vieux chef Mangas Coloradas fut capturé par traîtrise lors de négociations (1863) et torturé par les soldats avant d'être tué lors d'une « tentative d'évasion ». Puis que sa tête aient été séparée de son corps pour l'envoyer à un amateur de phrènologie dans l'Est des États Unis! Ils tuérent peu après dans une embuscade un officier américain et traitérent sa dépouille de la même manière en la décapitant.

Dernier point : en 1886 les Chiricahuas enlevèrent un jeune enfant de six ou sept ans et le gardèrent avec eux pendant plusieurs mois. A leur reddition, les militaires voulurent rendre l'enfant à sa famille d'origine. Ils eurent toutes les peines du monde à le faire car ce dernier avait été si bien traité qu'il ne voulait plus quitter ses ravisseurs!

Bref, des hommes ordinaires, ni des saints, ni des démons. Capables de se montrer clément et même pacifique, puis de devenir mauvais sous l'emprise de la colère et de la haine! Capables de pleurer et de rire... et d'hurler de rage!

 

 

Tactiques guerrières

 

 

Les Apaches étaient comme nous le verrons surtout experts dans la guérilla plutôt que dans les batailles rangées, comme nous le verrons.

Ils opéraient par groupes de cinq à trente hommes selon les objectifs du raid, les risques encourus... ou le butin espéré. On traversait le territoire ennemi de préférence la nuit et en accélérant l'allure. Si l'on manquait de chevaux, on allait à pied. Et à vive allure, car comme les légendaires Tarahumaras, les Apaches étaient des coureurs de fond endurants.

 

Même une fois armés d'armes à feu, les Apaches continuèrent à utiliser arcs et flèches, ces armes présentant l'avantage de tuer en silence. Ils utilisaient aussi des lances longues de deux à trois mètres terminées par une lame de sabre, de couteau ou de baïonnettes.

Pour le combat rapproché, ils avaient des casses têtes formés d'une pierre ronde fixée à un manche de bois. Quelque uns portaient des boucliers de cuir fait par un spécialiste titulaire d'un "charme contre l'ennemi", le rendant impossible à percer par les projectiles de l'ennemi, qu'il s'agisse de balles ou de flèches. De tels boucliers n'étaient porté que par des chamanes ou des guerriers possédant un pouvoir "charme contre l'ennemi".

 

 

L'attaque est lancée au premiers rayons du soleil. Si les Apaches ne combattaient pas la nuit, ce n'était pas par superstition, mais pour éviter les pertes par "tirs amis"! C'est aussi le moment où les sentinelles s'assoupissent et où le sommeil est le plus profond...

Bien entendu, ils ne négligent pas non plus de tendre des embuscades dans des canyons étroits ou à proximité de points d'eau...

Les Apaches étaient particulièrement difficile à poursuivre, surtout quand ils se déplaçaient à pied, comme le découvriront les soldats américains. Ils connaissaient en outre parfaitement chaque point de leur territoire, chaque sentier, chaque point d'eau... D'où des exploits insensés qui servent encore d'exemple pour les actions de commandos "loin en territoire ennemi"!.

Cependant, ils n'étaient pas des surhommes, ni des fantômes. Ils pouvaient être surpris ou trahis et tomber eux même dans des pièges comme nous le verront. ils ne pouvaient non plus rien contre un adversaire résolu, bien plus nombreux et lourdement armé.



Les Premiers envahisseurs.

Remontant de la région de Mexico après leur victoire sur les Aztèques, les Espagnols venaient à la recherche d'or et d'esclaves. Ils n'allaient pas trouver d'or et allaient par leur cruauté et rapacité s'attirer l'hostilité de tous les peuples indiens de la région, qu'ils soient sédentaires ou non!

Ils lancèrent cinq expéditions entre 1540 et 1594 dans l'espoir de trouver de l'or et les mythiques sept cités de Cibola, sans rien trouver d'autre que des villages Pueblos. Mais il faudra attendre l'expédition de Don Juan de Onate pour trouver en 1601 la première mention « d'Apaches » pour désigner un groupe de chasseurs de bisons rencontrés dans les plaines du Kansas par l'une de ces expéditions.


A cette époque, les Espagnols imposèrent aux Pueblos une domination alors bien fragile, sans qu'ils s'en rendent compte. Or, les Navajos-Apaches lançaient de fréquents raids de pillage contre les villages Pueblos. En 1608, les Espagnols en eurent assez et décidèrent de lancer un raid de représailles pour faire cesser ces attaques. Sans le savoir, ils allaient ouvrir plus de trois siècles de conflits!

Pire encore pour les Espagnols, leur tyrannie était telle que des Pueblos n'hésitèrent pas à trouver asile et liberté chez les Apaches! Et ils ne venaient pas les mains vides : ils amenaient avec eux des chevaux, des armes à feu et de la poudre. Sans compter des renseignements de grande valeur sur l'organisation des Espagnols, leurs routes et centres de ravitaillement, leurs méthodes de guerre. Autant dire qu'ils étaient reçus à bras ouverts!

 

A partir de 1623, les Apaches lancent chaque années des raids contre les indiens christianisés et les Espagnols. Ces derniers se livrent à des représailles aveugles. Les Apaches qu'ils capturent sont soit massacrés pour l'exemple, soit vendus comme esclaves loin dans le Mexique.

En 1680, les Pueblos se révoltent et chassent pour douze ans les Espagnols et leurs missionnaires. Malheureusement, les divisions internes des Pueblos permettront aux Espagnols de reconquérir de 1692 les villages Pueblos. Toutefois, ils tireront les recettes de la révolte et adouciront leur joug sur les Pueblos. Restaient les Apaches, toujours insoumis...

 

 

Expulsés des Plaines

 

Vers 1700, les Comanches commencent justement à chasser les Apaches des Plaines et à les forcer à gagner le sud-ouest où leur nombre croissant pose de plus en plus de problèmes aux Espagnols, qui doivent en plus affronter les raids des Comanches justement.

Pour la première fois, les Apaches lancent des attaques à l'intérieur même du Mexique en 1724. Vers 1750, « Apacheria » s'étend de l'Arizona au Texas actuel. Soit une bande de terrain longue de 1100 km sur une largeur de 300 km le long de l'actuelle frontière entre les États Unis et le Mexique.

Pour tenter de les stopper, les Espagnols construisirent une ligne de « Presidio » fortifiés, mais la pression indienne est telle qu'en 1786 ils doivent abandonner ces derniers et signer une paix précaire avec les différents groupes Apaches. C'est à cette occasion que l'on trouve pour la première fois le nom des Chiricahuas.

 

 

Le plan des Espagnols

 

 

Les Espagnols décidèrent alors de changer de politique. Ne pouvant écraser militairement les Apaches, ils décidèrent d'essayer de les appâter en leur offrant de l'alcool, de la nourriture, un abri dans un village gardé par les soldats espagnols et une arme pour chasser, mais en assez mauvais état pour être le plus souvent inutilisable. Avec le temps, l'Apache soumis deviendrait gros, gras et fainéant. Il serait jalousé bien évidemment par l'Apache libre, qui serait affamé et démuni de tout, ce qui provoquerait des querelles fratricides entre eux.

Ce plan échoua totalement en raison de l'indépendance des différentes bandes Apaches entre elles. Un traité conclu avec l'une d'entre elle n'engageait pas les autres qui continuaient leurs raids. Ainsi, quand un groupe trop pressé par les Espagnols concluait une trêve ou une paix, celle-ci était le plus souvent pour elle le moyen de souffler pendant que d'autres prenaient le relais avant de recommencer les hostilités.

 

 

Dans le Mexique Indépendant

 

En 1821, le Mexique chassa les Espagnols et devint un état indépendant qui comprenait le Mexiqueactuel, mais aussi en totalité ou partiellement les états actuels de la Californie, de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas. La nouvelle citoyenneté fut généreusement octroyé aux Indiens, du moins s'ils étaient christianisés, ce qui n'était pas les cas ni des Navajos, ni des Apaches. Pour ces derniers, la situation n'avait donc pas changé!



Les "Yeux Pâles"

Pourtant quelque chose de nouveau venait d'arriver. Depuis 1807, des étrangers venus de l'Est pénétraient en territoire Apache. Ils se nommaient eux-mêmes les Américains. Les Apaches ne tardèrent pas à les nommer « Yeux Pâles » et à voir en eux peut être des alliés contre les Mexicains, du moins en leur donnant accès à des armes à feu et à de la poudre. Mais ils ne tardèrent à déchanter en voyant que les nouveaux venus chassaient les castors dont la peau leur servait de monnaie d'échange avec les Mexicains et d'autres nations indienne. Des heurts éclatèrent entre trappeurs et Apaches.

Au même moment, le gouvernement mexicain engagea contre les Apaches des chasseurs de scalps professionnels qui avaient tous les droits pour se procurer des chevelures d'Apaches et recevaient en échange des primes, l'armée mexicaine étant bien incapable de s'opposer aux raids des Apaches qui se montraient aussi redoutables diplomates que guerriers...

Pour un scalp masculin de plus de 14 ans, l'état du Chihuahua proposait 100 pesos, un scalp féminin 50 pesos, un d'enfant 25 pesos...A vrai dire, il s'avéra que certains de ces chasseurs de scalps n'hésitaient pas à faire passer comme scalps d'Apaches ceux d'autres indiens et même de Mexicains!

En fait, cette chasse aux chevelures aura surtout pour effet de souder les différents groupes Apaches dans une haine commune pour les Américains et les Mexicains.

Dans le même temps, alors que tout ce petit monde s'entretuait, on en continuait pas moins à commercer sans prêter attention à la provenance des marchandises que l'on achetait...

 

 

« Manches Rouges »

 

Surgi dans notre histoire des Mimbrenos, un sous-groupe des Chricahuas qui vivait près des mines d'argent de Santa Rita, dans la Sierra Mimbres4 un nommé Dasoda-Hae (« Celui qui est assis là »). Né vers 1794, il arriva un beau jour de 1825 avec une chemise de flanelle rouge dont les manches dépassaient de sa tunique de chasse, à la grande hilarité de son peuple qui le nomma alors « La-Choy-Ko-Kunnoste », autrement dit « Manches Rouges », ce qui se dit en espagnol « Mangas Coloradas ».

 

En 1835, il assistera au massacre de 35 Mimbrenos attirés par ruse par des chasseurs de scalps dans le village mexicain de Santa Rita. Sa vengeance et celle des Apaches ne tardera pas! Ils tendront une embuscade à un fort groupe de trappeurs et en tueront 20 qu'ils démembreront, clouant leurs membres à des arbres avec des flèches et plaçant leurs têtes coiffées de leurs chapeaux sur les poteaux d'une clôture proche, pour décourager d'éventuels imitateurs...

 

En 1846, il observera les soldats américains venir conquérir sur les Mexicains le Sud-Ouest et la Californie Au grand étonnement de ces derniers et surtout de leur commandant le général Kearny, il leur proposa une alliance contre les Mexicains Kearny repoussa la proposition de Mangas Coloradas, mais accepta volontiers les mules volées aux Mexicains que ce dernier lui proposait.

Deux ans plus tard, le traité de Guadualupe Hidalgo donnait aux américains tout le sud-ouest. Les Mimbrenos de Mangas Coloradas se retrouvaient en territoire américain, tandis que le reste des Chiricahuas demeurait en terre mexicaine. Un article du traité imposa au gouvernement de Washington d'empêcher les raids des Apaches et des Navajos au Mexique. S'ils ne parvenaient pas à le faire, ils devaient rembourser à Mexico les dommages causés par les attaques de ceux ci. Or les Apaches avaient besoin de ces actions de pillages pour survivre économiquement. On devine la suite!

 

La même année, de l'or est découvert en Californie et par dizaines de milliers des postulants à la fortune quittent l'Est pour l'Ouest. L'une des routes pour la Californie passait par la Nouvelle Orléans, le Texas, le Nouveau Mexique et l'Arizona. Elle passait en plein territoire Apache. En 1849, ils seront 8000 à l'emprunter. En 1850 et 1851 ce sera chaque année 60000 immigrants que les Apaches attaqueront sans relâche pour tenter de les effrayer. Ceux ci déciment en effet leur gibier pour se nourrir et n'hésitent pas ça et là à les tuer pour s'emparer de leur chevelure toujours mise à prix au Mexique...

 

 

Campagnes de l'armée américaine contre les Apaches

 

Entre 1846 et 1850, les Navajos et Apaches, Chiricahuas compris, avaient volé 493293 moutons, 31981 bovins et 12887 mules et chevaux aux fermiers installés le long du Rio Grande. Le gouvernement de Washington par le biais du gouverneur du « Territoire du Nouveau Mexique » Calhoun est bien décidé à mettre fin à ces attaques et à mettre les Indiens sur des réserves contrôlées par les agents du « Bureau des Affaires Indiennes » et sur lesquelles l'armée pourrait veiller à ce qu'ils ne s'échappent pas.

Colons et soldats ont quant à eux une vue légèrement différente de la situation : ils préconisent pour les Navajos et les Apaches l'extermination.

De 1850 à 1854, l'armée américaine commence par briser la résistance des Jicarillas. Ces derniers seront ballotés de réserves en réserves jusqu'en 1908, date à laquelle ils en obtiendront enfin une près de la ville de Dulce (Nouveau Mexique), dans la partie septentrionale de leur ancien territoire.

Les Mescaleros seront bien plus difficiles à soumettre, comme nous le verrons. Entamée en 1855, leur entière soumission n'aura lieu qu'en 1880, bien que certains d'entre eux resteront jusqu'en 1882 avec les Mimbrenos de Victorio, puis avec Geronimo.

Les Apaches de l'Ouest ne déposeront eux aussi les armes qu'en 1882.

Dans les Plaines, les Kiowas Apaches seront définitivement soumis en 1875.

Les Lipans, décimés et dispersés cessèrent toute résistance après 1881, pratiquement anéantis (3000 vers 1700, 400 vers 1873) et dispersés.

 

 

Le feu couve...

 

Après sa tentative infructueuse avec Kearny, Mangas Coloradas entrepris d'unifier autour de lui tous les Chricahuas pour les dresser contre l'envahisseur. Il s'allia aux Chokonens du chef «Shi-Ka-She », connu par les « Yeux Pâles » sous le nom de Cochise, tout en essayant par la diplomatie et l'intimidation d'obtenir le départ des Blancs du territoire Chiricahuas.

 

Est-ce pour cela qu'il se mit à visiter seul les campements de chercheurs d'or? Près de deux cents d'entre eux, trouvant décidément la Californie trop lointaine, s'étaient en effet établis en terre Mimbrenos pour y chercher or et argent. Il tentait par ses discours de les inciter à aller plus à l'Ouest, « où ils trouveraient de riches filons ». Bien évidemment, il mentait et en fit trop. Ses interlocuteurs se mirent à penser qu'il voulait les éloigner des soldats qui les protégeaient pour les massacrer. Ils le capturèrent, l'attachèrent à un arbre et le fouettèrent jusqu'au sang avant de le jeter sur un tas d'ordure, persuadés qu'il était mourant et n'en réchapperait pas.

 

Mais grâce à sa volonté et à sa forte constitution physique, il s'en sortit et parvint à rejoindre son peuple qui commença à le venger alors qu'il se rétablissait lentement. Son premier acte, trés symbolique, sera de partager un repas avec un trappeur qui était devenu son ami, puis de l'abattre d'une balle de pistolet dans le coeur. Le message était clair : il ne pouvait plus concevoir être l'ami d'un "Yeux-Pâles". Ses guerriers étaient conduits par Cochise et un homme dont on parlera de plus en plus : Geronimo...

 

Mais Mangas Coloradas, homme intelligent et réfléchi, avait compris que les Américains étaient prêts à exterminer les Apaches pour s'emparer de leurs terres. Sachant que ces derniers étaient plus nombreux, mieux organisés et mieux armés que les siens, il accepta en juin 1852 de se rendre au pueblo d'Acoma avec d'autres chefs d'autres nations indiennes du sud-ouest pour y rencontrer les délégués du gouvernement fédéral et signa avec les autres le traité dit d'Acoma.

Par ce traité, les peuples amérindiens du sud-ouest se soumettaient en tout à l'autorité du gouvernement des États Unis, s'engageaient à rester en paix et en amitié pour toujours avec ce dernier, de ne donner aucune aide d'aucune sorte à toute tribu qui engagerait des hostilités contre les américains, tout en recevant l'assistance de ce dernier au cas où ils auraient à souffrir d'agressions contre leurs personnes et/ou leurs biens. Les Apaches devaient aussi cesser de lancer des raids en territoire mexicain, laisser librement traverser leur territoire par les citoyens américains et accepter que le gouvernement des États Unis y construise à sa guise des postes militaires, des comptoirs de commerce et de des relais. Le gouvernement américain avait aussi toute latitude pour définir unilatéralement les frontières du territoire Apache. Le tout en échange de marchandises, de cadeaux et de mesures « plus libérales » à venir!

 

On peut se demander si les signataires indiens comprenaient la portée de ce qu'ils avaient signé, voire si même le contenu du document signé correspondait aux discussions et négociations qui avaient eu lieu. Toujours est-il qu'il pouvait être utilisé comme prétexte pour lancer une guerre indienne en invoquant le « non respect » des clauses du traité et en se donnant bonne conscience. Car il liait les pieds et les mains des signataires indiens

...

Un an plus tard, la commission Gadsden achetait une large bande de territoire aux Mexicains. Aucun des deux pays ne se soucia des groupes amérindiens occupant le territoire ou le parcourant. Quant ces derniers se rendront compte de la nouvelle situation, ils passeront à l'action, Chiricahuas en tête...

 

 

Les premiers seront les Mimbrenos cantonnés par le traité d'Acoma sur une portion réduite de leur ancien territoire près de Santa Rita. Où ils attendaient dans le plus grand dénuement les cadeaux et les vivres promis par le traité d'Acoma. Pour survivre, ils durent reprendre leur raids. Leur agent, le Docteur Speck, réussit à les en dissuader et à les mettre à l'agriculture, mais par malheur la première récolte fut désastreuse. En 1857, la moitié d'entre eux étaient morts de faim ou de maladie. Le reste se remit à lancer des raids vers l'état mexicain du Sonora.

 

C'est en 1858 lors de l'un de ces raids que Geronimo retrouvera sa famille massacrée par les soldats mexicains. Cette année là les Mimbrenos de Mangas Coloradas et les Bedonkohes de Geronimo et Juh avaient en effet passés la frontière poussés par la faim. Ils s'arrêtèrent près du village de Janos que tous les hommes gagnèrent pour commercer, laissant le campement sous la garde seulement de quelques vieillards, sans se douter de la proximité d'une unité de la cavalerie mexicaine. Celle-ci massacra tous les occupants du village. Geronimo retrouvera les corps scalpés de ses fils, de sa belle-mère et le corps mutilé de sa femme. De là viendra sa haine féroce des Mexicains.

 

L'année suivante, les Apaches reviendront pour se venger. Ils tueront d'abord huit mexicains dans une embuscade, puis repousseront le lendemain une attaque de la petite garnison mexicaine de Janos avant de prendre d'assaut le village et d'en tuer en représailles plusieurs habitants.

Par contre, la paix existait entre les Américains et les Apaches, ces derniers s'abstenant d'attaquer les troupeaux des colons. Cet état de chose était dû en grande partie à la médiation de Speck qui arriva à obtenir pour eux des vêtements et des vivres qu'il distribua contre leur promesse de rester tranquille. Les relations étaient même si bonnes que Cochise et ses Chokonens ravitallaient souvent en petit bois et en gibier les employés de la station de diligence de l'Overland Mail à Apache Pass...

 

 

Mourir à Apache Pass : la guerre de Mangas Coloradas et Cochise (1861- 1863)

 

Fichier:ApachePassAZ.JPG


Depuis juillet 1858, un relais avait été en effet installé dans ce col d'Apache Pass. Depuis la fin de 1860, c'était un certain Wallace, surnommé « Doigts Crochus » par les Apaches qui le dirigeait. C'était un endroit solitaire, loin de tout, à proximité d'un cours d'eau limpide, chose rare dans le secteur. Le dernier endroit où aurait pu éclater une guerre... et pourtant!

Près de là, vivait un colon du nom de John Ward, un homme violent et alcoolique qui battait souvent sa femme mexicaine et le fils de celle-ci, Mickey Free. Ce dernier était né alors que sa mère était prisonnière chez les Apaches Pinals d'un père membre de ce peuple. Un jour, Ward battit le jeune garçon si violemment qu'il prit la fuite. Furieux, son père galopa jusqu'au Fort Buchanan à quelques kilomètres de là et accusa les Chokonens de Cochise d'avoir volé son bétail et kidnappé son fils adoptif!

L'officier commandant le poste le cru d'office et chargea un jeune officier venu de l'Est depuis peu, le lieutenant Bascom (1836-1862) de récupérer le bétail et le jeune garçon, puis de mettre Cochise en état d'arrestation.

Quand le lieutenant Bascom se présenta au relais le 3 février 1861 avec 54 soldats lourdement armés, Wallace eut du mal à croire les accusations pesants sur Cochise qu'il connaissait bien. Bascom insista pour voir ce dernier et quand il fut présent l'accusa de vol et de rapt. L'Apache nia formellement ces accusations, mais quand Bascom donna l'ordre de l'arrêter lui et ses compagnons, Cochise sortit de l'une de ses bottes un couteau avec lequel il fendit la toile de tente qui abritait la rencontre. Malgré un coup de baïonnette dans l'un de ses genoux, il parvint à s'échapper au contraire de ses compagnons dont l'un fut abattu et les autres capturés.

Durant les jours suivants, des renforts de cavalerie parvinrent à Bascom, ainsi que trois nouveaux prisonniers Chiricahuas. De son côté, Cochise fit capturer Wallace et deux autres Blancs.

 

Les deux camps auraient du en toute bonne logique procéder à un échange de prisonniers, mais l'obstination de Bascom qui refusait de relâcher les Chiricahuas prisonniers tant que Cochise ne se serait pas rendu fit échouer toute négociation. Il voulait en plus qu'il « libére » le jeune Mickey Free qui était alors libre avec une bande d'Apache Coyoteros! Cochise essaya tout pour négocier, proposant même d'envoyer ses hommes à la recherche de Mickey Free et du bétail. Bascom s'obstina, refusant de plier devant un "sauvage" et incité à se montrer inflexible par ses supérieurs, notamment le capitaine-major Irwin. Il fit pendre ses prisonniers Chiricahuas, pensant ainsi impressionner le chef Apache et l'amener à se rendre. Cochise répliqua en faisant exécuter ses otages.

 

Alors que les Arizoniens choisissait de se ranger dans le camp sudiste dans la guerre qui débutait entre le nord et le sud, les Apaches de Cochise entreprirent de venger leurs morts en attaquant tous les voyageurs qui empruntaient la route des diligences. Une centaine d'entre eux trouveront la mort en avril-mai et l'hiver sera marqué par de nombreux raids de Mangas Coloradas, Cochise et Géronimo au Nouveau-Mexique, en Arizona et dans le Sonora Mexicain.

 

Début mai 1862, une colonne nordiste commandée par le général Carleton arriva à Tucson. Ce dernier envoya en juillet sous les ordres du capitaine Roberts une avant-garde de 126 hommes, vingt-deux chariots et deux obusiers à Apache Pass, puis une seconde colonne de fantassins et de cavaliers commandés par le capitaine Cremony. Ces troupes devaient gagner le Rio Grande à travers la passe. Mangas Coloradas et Cochise étaient décidés à les empêcher à faire leur jonction avec les mineurs toujours plus nombreux et agressifs à Santa Rita. Ils les attendaient avec plus de 700 guerriers pour la majorité armés d'arcs, de flèches ou de lances, sans prendre attention aux obusiers. Cochise et les siens prirent position au nord, Mangus Coloradas au sud.

Le 15 juillet la bataille s'engagea dans la plus grande confusion, les guerriers Apaches cédant parfois à la tentation d'abandonner leurs attaques pour poursuivre des chevaux ou des mules en fuite!

 

Mangas Coloradas voulait attaquer les soldats assoiffés juste avant qu'ils n'atteignent la source près de la station, mais il fut obligé de distraire d'entrée de jeu une partie de ses hommes de l'action principale pour exterminer un groupe de quatorze mineurs arrivés inopinément à l'autre extrémité du défilé. Alors que s'engageait une lutte désordonnée, Mangas Coloradas est grièvement blessé à la poitrine par le tir chanceux d'un cavalier d'un détachement qu'il attaquait avec ses hommes.

 

Tandis que quelques-uns des siens emmenaient Mangas Coloradas sur une civière de fortune jusqu'à Janos dans le Sonora où il sera soigné par un médecin mexicain sous la menace. Cochise continua le combat, mais le tir des deux obusiers, bien qu'il faisait plus de bruit quede mal l'oblige bientôt à donner le signal de la retraite...

 

 

Restés maître du terrain, les soldats bleus y construisirent un fort ceinturé d'un mur de pierre de 1,20 m de haut entourant un périmètre de 123 m. Baptisé Fort Bowie, sa petite garnison avait pour consigne de protéger voyageurs et diligences et d'attaquer les Apaches là où ils trouveraient aux alentours.

 

Malgré l'intensité des combats, il n'y eu que deux soldats tués et trois blessés. Les pertes Apaches sont inconnues. Les militaires revendiquèrent la mort de 66 Chriricahuas, mais ce total semble excessif d'après les témoignages de ceux qui prirent part au combat et furent questionnés bien plus tard. Il est toutefois certains qu'il fut bien plus élevé que celui des soldats. Il fera comprendre aux Apaches qu'ils avaient tout intérêt à éviter les batailles rangées et à privilégier la guérilla.

 

 

L'assassinat de Mangas Coloradas

 

Le presque septuagénaires Mangas Coloradas se rétablit de sa blessure, mais il était devenu fort inquiet pour l'avenir de son peuple en raison du nombre croissant de soldats et de mineurs présents sur leurs terres.


Parmi ceux ci se trouvait un ex-trappeur, Walker, qui s'était reconverti dans la prospection et la chasse aux scalps indiens avec une quarantaine d'individus de son acabit. Walker, gêné dans ses activités par la présence des Mimbrenos suggéra au capitaine Shirland des « Volontaires Californiens » d'attirer Mangas Coloradas et de le tuer pour briser la résistance de son peuple.

Des mineurs et des soldats se présentèrent avec un drapeau blanc devant Mangas Coloradas qui était escorté d'une quinzaine de guerriers dont Geronimo. Contre l'avis de ses compagnons, il accepta de suivre les Blancs jusqu'à leur camp pour parlementer. Shirland l'accueillit et le présenta à son supérieur le major-général West qui l'accusa des pires atrocités et se félicita de l'avoir capturé en le trompant avec un drapeau blanc. Tandis que les soldats emmenaient le vieux chef Mimbrenos, il leur précisa qu'il ne serait nullement surpris si on lui annonçait le lendemain matin la mort du prisonnier.

Dans la nuit froide, Mangas Coloradas couchait à la belle étoile sur une unique couverture et tentait de dormir malgré les rires gras de ses quatre sentinelles, dont les soldats Collyer et Med. Ces derniers ont imaginé un petit jeu qu'ils trouvent très drôle : ils mettent la pointe de leur baïonnette dans le feu jusqu'à ce qu'elle soit rouge et piquaient ensuite les pieds de Mangas Coloradas en riant de ses réactions de douleur. Ils ne tiennent aucun compte des protestations du vieux chef. Soudain, ayant reçu sur ses genoux un tison ardent, le vieux chef Chriricahua se relève brusquement s'exclame que cela suffit... et s'effondre criblé de balles tirées d'un peu partout : tentative d'évasion...

Au matin, la dépouille de Mangas Coloradas devient un objet de curiosité. Le sodat Wright le scalpe avant que le corps ne soit enterré par cinq autres soldats. Peu de temps après, le capitaine Sturgeon le fit déterrer pour le décapiter. La tête de Mangas Coloradas fut mise à bouillir pour en enlever les chairs et le capitaine l'envoya à un phrénologue de ses amis.

Dans son rapport le major West écrivit : « J'ai placé sept soldats, dont un officier assermenté, près de Mangas afin qu'il ne s'évade pas. Il avait été capturé par mon détachement au cours d'une bataille contre mes soldats. Il fut tué à minuit alors qu'il fuyait ».

On le crut et tout le monde se déclara satisfait de la mort de Mangas Coloradas. Surtout en Arizona où beaucoup suggéraient de payer des chasseurs de scalps et des indiens Papagos et Pimas pour venir à bout des « loups humains » qu'étaient les Apaches. Ils suggéraient aussi de recourir à toutes les traitrises imaginables et louaient les Pimas qui vendaient comme esclaves les enfants Apaches dans le Sonora et en Arizona, car « capturés jeunes, ils font de très bons serviteurs »!

Mais un homme allait prendre le relais de Mangas Coloradas : Cochise. Il allait rallier autour de lui les Mimbrenos démoralisés et galvaniser la volonté de résistance des Chiricahuas.

 

Histoire des Chiricahuas (2e partie) de Cochise à Nana

 

1Encore ce dernier joue le rôle d'un blanc adopté par les Apaches!

2« Qui sont », car ils sont encore bien vivants, merci pour eux!

3Guerrière exceptionnelle toute dévouée à son frère, elle accomplira nombre d'exploits et était réputé pouvoir « sentir » l'approche d'ennemis. Elle est morte de la tuberculose en Alabama lors de la longue captivité des Chiricahuas en 1890 vers l'âge de quarante ans

 

 


01/04/2010
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