L'ours polaire

L'ours polaire

Constantinople 1453, la vraie histoire : le siège et ses conséquences

  Siège de Constantinople

VII) La guerre 

a) Son déclenchement

En 1451, Mourad II meurt et Mehmet II devient Sultan à l'âge de 19 ans. Beaucoup considèrent alors qu'il est un souverain faible et impressionnable. Les Turcs Karamanides sont de ceux là. Dès l'avènement du nouveau Sultan, ils attaquent les possessions Ottomanes. Mehmet II ripostera aussitôt. Ses armées battront les Karamanides et les forceront à signer un traité de non-agression. Mehmet II pensait à autre chose qu'eux. Pour affermir son pouvoir et transformer son empire en une puissance mondiale, il était en effet décidé à s'emparer de Constantinople coûte que coûte. Cette idée, il la cultivait déjà depuis plusieurs années sous l'influence de ses maîtres à penser.

Or, on lui annonça l'arrivée d'une ambassade envoyée par Constantin XI. Que voulait-elle?

Tablant sur un jeune sultan impressionnable, l'ambassade était venue demander à Mehmet un accroissement de la "pension" que l'état Ottoman versait à Constantinople pour garder en ses murs le prétendant potentiel Orkhan. Ils furent d'abord reçu par le grand Vizir Halil qui se mit en colère et les traita de fous quand il apprit la nature de leur démarche : « Je connais depuis longtemps, Grecs stupides, vos manières sournoises. Le sultan défunt était pour vous un ami débonnaire et attentionné. Le sultan Mehmet ne voit pas les choses de la même façon. S'il ne parvenait pas avec sa fougue habituelle à s'emparer de Constantinople, ce serait uniquement parce que Dieu continue à fermer les yeux sur vos procédés sordides. Vous êtes bien niais si vous croyez pouvoir nous effrayer avec vos puérilités, alors que l'encre de notre dernier traité n'est pas encore sèche. Nous ne sommes pas des enfants sans force ni raison. Si vous croyez pouvoir tenter quelque chose, allez-y. Si vous voulez amener les Hongrois de ce côté du Danube, faites-les venir. Si vous voulez reprendre les places que vous avez perdues depuis longtemps, essayez donc. Mais sachez ceci : ni là ni ailleurs, vous n'irez bien loin. Tout ce que vous risquez, c'est de perdre ce qui vous reste". Il connaissait les projets de Mehmet II, tout en les désapprouvant, et ne se faisait aucune illusion sur sa détermination. Seul un motif manquait au jeune Sultan pour déclencher la guerre et les Romains d'Orient lui en amenaient un sur un plateau.

Mehmet II reçu les ambassadeurs avec calme et même courtoisie, et promit d'étudier par la suite leur demande. Peu de temps après, il commença les préparatifs de sa campagne. Il savait que les conditions politiques en Europe et en Asie l'assuraient de la passivité de ses ennemis. Mais il lui fallait vaincre vite pour éviter toute mauvaise surprise.

Il réorganisa pour cela l'armée ottomane en la dotant d'une puissante artillerie et fit armer une flotte imposante pour contrôler les approches maritimes de Constantinople. Dès la fin de l'année 1451, il expulsa les collecteurs d'impôts du Basileus de la basse vallée de la Strouma en Macédoine où l'Empire Byzantin avait gardé le droit de percevoir des impôts. Enfin, connaissant la faiblesse des moyens dont disposait Constantin XI, il fit pénétrer ses hommes en territoire byzantin et ordonna l'édification de la forteresse de "Rumeli Hissar" (La forteresse du pays des Romains") le 15 avril 1452 sur la rive européenne du Bosphore. Grâce à l'emploi d'un grand nombre d'ouvriers et de maçons (pas tous volontaires!), elle sera terminée en 4 mois et seize jours, le 31 août 1452. Les constructeurs firent flèche de tout bois, réutilisant notamment les matériaux d'un monastère voisin et d'une ancienne forteresse byzantine.

View from the Bosporus

Située à l'endroit le plus étroit du Bosphore et juste en face d'Anadolu Hissar, la forteresse aux treize tours fut vite équipée de canons et d'une garnison de 400 Janissaires sous les ordres de Firuz Bey. Elle donnait à Mehmet II le contrôle total du Bosphore. Les Constantinopolitains ne s'y trompèrent pas et la baptisèrent la "Coupeuse de gorges". Le moment était venu pour le sultan de préparer le blocus de la ville.

Alors que Rumeli Hissar n'était pas encore achevée, il se présenta à la fin d'août 1452 devant les remparts de la ville pour les examiner de loin.

Le 26 novembre 1452, un navire marchand vénitien chargé d'orge venant de la Mer Noire refusa de stopper pour être inspecté par la garnison de Rumeli Hissar. Touché par un tir provenant d'une bombarde conçue par Orban, il coula. Son capitaine, Rizzo, et une partie de l'équipage parvinrent à gagner la rive où ils furent capturés. Ils furent envoyés sous bonne garde à Didymotika (aujourd'hui en Grèce, au sud d'Andrinople). Les vénitiens de Constantinople se hâtèrent d'envoyer une ambassade auprès de Mehmet qui résidait dans cette ville pour demander la libération des marins, mais c'était trop tard! Ils avaient tous été exécuté par décapitation sur l'ordre personnel de Mehmet. Rizzo, quant à lui, avait été empalé sur le bord d'une route pour l'édification de ceux qui oseraient défier l'autorité du Sultan. Ce dernier, impressionné par l'efficacité de la bombarde d'Urban, lui ordonna d'en mettre en chantier une autre d'une taille double pour rompre les murs de Constantinople, lui laissant deux mois pour mener le chantier, gigantesque pour l'époque.

Dès le mois d'octobre, Mehmet II envoya son lieutenant Tourakhan Bey en Morée pour y ravager les terres du Despotat et faire comprendre aux frères de Constantin, les Despotes Thomas et Démétrius que toute tentative pour aider leur frère était promise à l'échec et occasionnerait de sévères représailles. Bien que l'un des fils de Tourakan, Ahmed, soit capturé lors d'une embuscade, les Ottomans purent razzier le Despotat, à l'exception de ses principales places fortes, sans rencontrer véritablement de résistance organisée.

Les paysans "Roums" proches de la forteresse s'étant révoltés contre les mauvais traitements que leurs infligeaient les Janissaires de la forteresse, Mehmet ordonna en représailles le massacre de tous les habitants d'un village voisin de Rumeli Hissar. 

Pendant ce temps, avec ses conseillers, dont l'encyclopédiste italien Ciriaco de Pizzicoli et bien sûr "Urban", ils étudiaient les dernières innovations occidentales en matière militaire et préparaient le siège de la ville.
 

b)  Une ville divisée -Appels à l'aide de Constantin XI - Passivité de l'Occident.

Bien évidemment, face à la menace, Constantin ne resta pas les bras croisés. En fait, si ses conseillers lui avaient dit de ne rien faire qui puisse fâcher Mehmet, il était d'avis de lancer une attaque sur le chantier de Rumeli Hissar avant que la forteresse ne soient achevée, mais à la vue de ses moyens, il se rallia à la politique qu'on lui conseillait. Il envoya donc des cadeaux au Sultan tout en protestant de ses intentions pacifiques. Mais quand les Janissaires eurent massacré des paysans grecs, il n'eût plus d'autre solution que de se préparer à la guerre.

Or, pour son malheur, Constantinople était au bord de la guerre civile!

En effet, l'une des conditions préalables à l'organisation d'une croisade contre les Turcs pour sauver Byzance était que l'Acte d'Union entre les églises orthodoxes et catholiques reconnaissant implicitement la souveraineté du Pape de Rome soit proclamé à Constantinople de façon solennelle par le Basileus. Or, une part importante du clergé et du peuple byzantin était farouchement opposé à cette Union, allant jusqu'à interpréter les désastres frappant le monde orthodoxe comme autant de manifestation de la colère divine. Beaucoup haïssaient les "Latins" en se souvenant de 1204. Prudemment, Jean VIII avait évité de procéder à la cérémonie, mais Constantin XI n'avait plus le choix! Le 12 décembre 1452, en présence du légat pontifical, il la fera proclamer à Sainte-Sophie. Ce fut alors comme si il avait lui-même ouvert les portes de l'Enfer dans l'église ou qu'il avait annoncé sa conversion au Satanisme! Les adversaires de l'Union quittèrent la Grande Église comme si elle était devenue un repaire de démons et des rixes éclatèrent entre partisans et adversaires de l'Union à l'extérieur de l'édifice.

Le chef de file des opposants à l'Union, Gennadios Scholarios, qui fut ironiquement d'abord partisan convaincu de celle-ci, envoya à Constantin un mémoire surréaliste où il le priait pour le salut de la ville de renoncer à l'Union impie et lui prodiguait des conseils pour l'administration de l'Empire, cela à l'heure même où Mehmet préparait avec application le siège. Durant ce dernier, Gennadios prônera la défense passive face aux Turcs et le recours intensif aux prières. Beaucoup d'habitants de la ville considéraient d'ailleurs que le salut de celle-ci ne dépendait que de Dieu et de la Sainte Vierge et non des armes...

Et il n'y avait pas que cela pour contrarier les efforts désespérés de Constantin!

En effet, quand il tenta de recruter des maçons et de la main d’œuvre pour réparer les remparts de la ville, beaucoup refusèrent de travailler sans être payé en disant qu'ils avaient des familles à nourrir. Constantin mit en place un système de distribution de nourriture pour leurs familles, mais les désertions continuaient d'être nombreuses. Pire, les mercenaires se mirent à réclamer leur solde! Or, les caisses de l'état étaient vides et la fortune personnelle de Constantin avait déjà fondue... Le Basileus n'eut d'autre solution que d'envoyer ses soldats s'emparer d'objets précieux dans les églises de Constantinople, tout en promettant au Clergé Orthodoxe furieux de ce sacrilège que tout serait remplacé. Personne n'y crû. Constantin XI fit fondre les objets liturgiques et hâtivement frapper des pièces d'argent à son effigie pour les ouvriers et ses mercenaires.


 

Mais pire encore fut l'attitude des Vénitiens vivant dans la ville et celle des Génois de Péra. Alors que les premiers avaient juré d'apporter tout leur concours au Basileus, ils s'enfuirent à la première occasion, privant les défenseurs du renfort de 700 hommes.

Les Génois de Péra, eux, envoyèrent à Constantin une missive le prévenant que bien sûr, ils étaient de son côté, mais que pour mieux l'aider, ils s'afficheraient comme neutres. Bref, qu'ils étaient de tout cœur avec lui dans l'épreuve que l'Empereur des Romains devait affronter.... Mais que fâcher le sultan les gênait!

Constantin se heurta aussi à de sérieuses résistances des paysans des environs quand il fit confisquer les récoltes pour munir la ville de provisions.

Une dernière question se posa à lui : que faire des Ottomans présents dans la ville, dont plusieurs serviteurs de Mehmet II? Son premier mouvement fut de les emprisonner. Ceux-ci protestèrent "en disant que s'ils n'étaient pas relâchés, ils risquaient d'être considérés comme des traîtres par le Sultan et mis à mort". Des conseillers de Constantin durent en plus argumenter que libérer les captifs apaiserait peut être Mehmet, ou du moins l'encouragerait à temporiser. Après réflexion, le Basileus fit libérer les Turcs emprisonnés et leur permit de quitter la ville.

Constantin XI n'avait d'autre choix que de mener un combat strictement défensif en attendant la venue de secours ou d'une diversion provenant de l'Italie ou de la Hongrie. Giustiniani, en se basant sur le précédent de 1422, opta pour concentrer les défenseurs sur le rempart extérieur en ne laissant que des archers, des arbalétriers et mousquetaires sur le rempart intérieur.

 

c) Les premiers combats.

Les troupes turques mirent beaucoup de temps à venir devant les remparts de Constantinople. On ne peut pas dire que l'état des routes était excellent et surtout l'énorme cortège nécessaire pour amener à pied d’œuvre l'artillerie défonçait des routes détrempées par les pluies du printemps.

Le 2 avril, les éclaireurs Ottomans parurent près des portes de la ville. Constantin XI envoya à leur rencontre des cavaliers qui en tuèrent plusieurs et les mirent en fuite. Mais ce succès était sans conséquence, car de plus en plus de Turcs approchaient, annonçant l'arrivée du gros des troupes. Le Basileus ordonna à ses hommes de rentrer dans la ville, fit détruire les ponts enjambant le fossé, murer les portes et confia à l'ingénieur Bartolomio Soligo le soin de fermer la Corne d'Or par une chaîne soutenue de flotteurs en bois, entre la Tour d'Eugène et le rempart de Pera.

Le mauvais état du terrain fit que ce n'est que le 5 avril 1453 que les troupes turques furent au complet devant les remparts de la ville Mehmet II faisant dresser sa tente en face de celle-ci sur la colline de Maltepe.

Constantin XI avait rassemblé tous les soldats dont il disposait sur les remparts de Constantinople. Il avait cependant dans l'espoir de la venue de renforts conséquents venus d'Occident gardé de petites garnisons dans la forteresse de Therapia sur le Bosphore, dans celle de Studius sur la Mer de Marmara et dans les îles des Princes dans cette même Mer de Marmara au sud-est de la cité. Pour renforcer le moral des habitants de la ville et montrer à Mehmet qu'il avait le soutien de Venise, il fit à plusieurs reprises défiler les soldats vénitiens, étendards en tête, sur les remparts.

 Avant tout assaut, Mehmet envoya à la ville une offre. Contre une reddition immédiate de la Cité, il offrait aux habitants la vie sauve et la sauvegarde de leurs biens, promettant en outre qu'aucune famille ne serait réduite en esclavage et dispersée. Mais peu dans la ville prêtaient foi à sa parole et beaucoup étaient malgré tout fidèles à Constantin XI.

Dès le 9 avril, la flotte Ottomane tenta de forcer la chaîne fermant la Corne d'Or. Peine perdue, elle fut contenue par les navires chrétiens. Une nouvelle tentative échoua le 12 avril.

Lors de cette même journée, Mehmet envoya des troupes soutenues par de l'artillerie s'emparer de la forteresse de Therapia, ce qui sera l'affaire de deux jours. Les survivants, qui étaient une quarantaine, se rendirent sans condition. Ils furent empalés en face des remparts de Constantinople, tout comme les trente-six survivants de la place forte du Studius, située devant la ville, pour en intimider les défenseurs.

Durant ce délai, Mehmet fera aussi positionner le canon géant d'Orban en face de la Porte de Saint Romain. Le premier tir de celui-ci le 11 avril emportera une partie du mur.

Le 16 avril 1453 eut lieu prise des Îles des Princes par la flotte de Batolglu. Seule résistance, une garnison d'une trentaine d'hommes retranchés dans une tour près du principal monastère de l'île qui refusèrent de se rendre. Les Turcs tentèrent de canonner la tour, ce qui se révéla sans effet. Profitant du vent favorable, Baltoglu fit enfumer les défenseurs qui essayèrent alors de fuir. Ceux qui ne furent pas immédiatement tués furent mis à mort. Baltoglu emmena tous les habitants de l'île pour les vendre comme esclaves en punition de la résistance qu'il avait rencontré.

Une exception fut la ville de Selymbria (Silivri, Turquie). D'abord conquise sans combat par les Ottomans, elle se révolta avec la localité voisine d'Epibatos et ferma ses portes. Pour contrariante qu'était cette révolte pour Mehmet II, elle ne gênait en rien ses projets et ne menaçait pas ses voies de communication, aussi il se contenta de faire bloquer les deux localités en remettant leur châtiment à plus tard.

Finalement, les troupes turques arrivèrent à pied d’œuvre.

La flotte de Baltoglu était chargée de bloquer tout vaisseau voulant pénétrer ou sortir de la ville. Elle devait aussi essayer de forcer l'entrée de la Corne d'Or, protégé par une chaîne et assurer du transport de troupes et de ravitaillement entre les côtes orientales et occidentales du Bosphore.

Les troupes anatolienne de Zaganos Pacha devaient surveiller le comptoir génois de Péra et les rives de la Corne d'Or.

Celles européennes de Karadja Pacha, renforcées de nombreux Bachi-Bouzouks s'étalaient de la rive sud de la Corne d'Or au sud de la vallée du Lykos. Elles faisaient face aux Blachernes et au Mesoteichion, la partie centrale des murailles terrestres de Constantinople, qui étaient aussi la zone la plus vulnérable de celle-ci. C'est pour cette raison que Mehmet II fit planter sa tente dans ce secteur.

Les troupes d'Ishak Pacha venaient ensuite jusqu'à la Mer de Marmara

Constantin XI et Giustaniani disposèrent leurs forces en plusieurs petits contingents, en privilégiant la zone vulnérable du Mesoteichion.

En allant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, on trouvait à l'extrémité orientale de la ville le Cardinal Isidore et ses 200 hommes, le vénitien Gabriele Trevisiano surveillant les murs maritimes de la Corne d'Or face à Péra. Les Blachernes étaient défendus par le chef de la communauté vénitienne de Constantinople Girolamo Minotto et les frères génois Bocchiardi (Antonio, Paolo et Troïlo) avec des troupes levées à leurs frais. Le Mesoteichion était défendu par Giustaniani et Constantin XI en personne.

Venaient ensuite les hommes de Théodore Caristo et ceux de Théophile Paléologue (un cousin de Constantin XI) qui protégeaient la porte de Pegae. Puis ceux de Philippe Contarini et de Démétrius Cantacuzène, ce dernier défendant l'extrémité sud du rempart terrestre.

D'ouest en est, les remparts situés le long de la Mer de Marmara étaient défendus par les hommes de Jacob Contarini situés au Stoudion, flanqués à leurs gauche par des moines du monastère du même nom, qui avaient après bien des réticences acceptés de surveiller une part des remparts, mais refusaient catégoriquement de combattre et de porter les armes pour des motifs religieux. A leur gauche on trouvait les Turcs du Prince Orkhan et près du site du Grand Palais les mercenaires Catalans.

 Le siège commença par la mise en œuvre de l'artillerie le 11 avril. Celle de Mehmet, notamment le canon géant fondus par Orban, commencèrent à pilonner les murailles face à eux. Mais celles-ci étaient solides et le tir des pièces, surtout des plus lourdes très lents, comme je l'ai déjà dit. Les défenseurs avaient tout le temps qu'il fallait pour réparer les dégâts durant la nuit. Des paniers de terres, des balles de coton, du bois et tout ce qu'il était possible de trouver était amené par des travailleurs requis, hommes et femmes et enfants, puis disposé pour combler les brèches ouvertes. Mehmet II lui-même sera témoin de cela. Après qu'un tir heureux ait provoqué l'effondrement d'une tour près de la porte de Charision dans la soirée, il se coucha en pensant à l'assaut qu'il ordonnerait le lendemain. A son réveil, il constata avec stupéfaction que la tour était réparée!

Ainsi, la brèche ouverte près de la porte Saint-Romain par la bombarde gigantesque d'Orban qui avait emporté tout un pan de muraille sera vite comblée par une barricade.

Mehmet décida alors de marquer une pause le temps d'amener plus d'hommes et de canons près des remparts.

Dans la nuit du 17-18 avril, les Janissaires renforcés  de fantassins attaquèrent deux heures après le coucher du soleil, une rareté pour l'époque. Éclairés par des porteurs de torches, ils montèrent à l'assaut des remparts que Mehmet pensait assez ébranlés par son artillerie au son de la musique. Ils sont refoulés avec de lourdes pertes par les défenseurs menés par Giustiniani. Moins nombreux, ces derniers sont mieux protégés par leurs armures que les Turcs et se battent comme des lions durant quatre heures. Les Ottomans laissèrent derrière eux de nombreux morts : près de 200 d'après le vénitien Barbaro, sans que les assiégés aient perdu un homme!

Notons en passant le courage des assaillants : s’approcher d'une haute muraille sous une grêle de projectile, puis escalader péniblement une échelle branlante en portant tout son barda sur le dos, avec une seule main (l'autre devant tenir une arme) en priant pour que l'échelle ne tombe pas et qu'il n'y ait pas là-haut quelqu'un qui vous attend de pied ferme avec une hache ou une masse d'arme n'est pas une promenade de santé!

 

e) La bataille navale du 20 avril 1453.

L'amiral Baltoglu avait reçu comme mission de bloquer les approches maritimes de la ville et de forcer la chaîne de la Corne d'Or pour pénétrer dans celle-ci, y détruire les vaisseaux chrétiens et exposer les murs maritimes de Constantinople, plus vulnérables que les murs terrestres (car moins hauts et moins épais) à une attaque en règle. Las, malgré son écrasante supériorité numérique, la marine turque avait vu tous ses assauts échouer face à des adversaires bien moins nombreux. Ces déconvenues étaient dues au fait que la flotte Ottomane ne pouvait se déployer dans cet espace relativement restreint et surtout parce que les navires chrétiens, plus haut et plus grands que la majeure partie de leurs adversaires disposaient d'une supériorité tactique.

Or, le 20 avril 1453 apparue poussée par un fort vent du sud une petite flottille de quatre vaisseaux, trois génois et un transporteur byzantin, revenant chargé de matériel de Sicile. Elle était commandée par Maurizio Caetano. Baltoglu envoya ses galères pour les intercepter avec à bord certains des meilleurs soldats de Mehmet. Baltoglu lui-même était sur la trirème de tête et héla les vaisseaux chrétiens en leur ordonnant de stopper et de baisser leurs voiles. Ceux ci obtempèrent d'autant moins que le vent se renforçait rendant le maniement des galères turques difficiles mais avantageant les navires chrétiens. Ces derniers étaient en supplément plus hauts, plus lourds et mieux armés que les galères ottomanes. Les Turcs ne pouvaient que tenter de les aborder ou d'incendier leur coque avec des grenades incendiaires. Seulement, juste au moment où les vaisseaux chrétiens approchèrent de la pointe de l'acropole, le vent tomba brutalement! Le courant très fort à cet endroit les déportait vers l'endroit où se tenait le Sultan. Baltoglu, qui avait vu les dégâts que le feu des vaisseaux chrétiens pouvait causer aux siens, décida de les encercler et de les bombarder de boulets et de projectiles incendiaires, avant de les aborder quand ils seraient assez affaiblis. Mais ses petits canons n'avaient pas l'inclinaison suffisante pour toucher les vaisseaux chrétiens et leurs équipages fort bien entraînés stoppaient aussitôt tout départ d'incendie.

Baltoglu décida alors de lancer ses navires à l'assaut, faisant diriger sa galère amirale vers le plus grand des vaisseaux, qui était aussi le moins bien armé, à savoir le transporteur byzantin. Seulement voilà, les combattants chrétiens étaient mieux protégés par leurs armures que les Ottomans par les leurs et ils taillèrent en pièces les pauvres Turcs qui tentaient de les aborder en les décapitant ou en leurs coupant les mains à la hache. Le navire byzantin pris dans la nasse avec les génois utilisait contre les navires Ottomans le "feu grégois" dont il transportait de pleines barriques, avec des effets dévastateurs sur les navires à sa portée. Son capitaine Phlatanelas et ses hommes repoussaient tous les assauts, mais s'il y a bien un navire que Baltoglu ne voulait pas voir s'échapper, c'était bien celui là! Aussi, ses navires lançaient attaques sur attaques sur ce dernier qui voyait peu à peu ses moyens de défense s'épuiser. S'en apercevant, les Génois amenèrent leurs navires bord à bord  avec de dernier et tous se réunirent par des cordages, formant ainsi une sorte de forteresse face aux Turcs. Celle-ci repoussa toutes les attaques lancées contre elle et après de durs combats qui causèrent de lourdes pertes aux Turcs, les navires chargés d'hommes et de ravitaillement parvinrent à s'abriter dans la Corne d'Or, aidés par un vent favorable et la montée de l'obscurité. Furieux, Mehmet qui avait assisté à tout cela depuis les environs de Pera laissa éclater sa rage et ordonna l'exécution immédiate de l'infortuné Baltoglu. Des conseillers du Sultan et des amis de l'amiral interviendront en sa faveur en rappelant à Mehmet la loyauté et les services rendus par Baltoglu. Ce dernier sera gracié, mais sévèrement bastonné, déchu de tous ses titres, privé de tous ses biens et condamné à ne plus paraître devant Mehmet. Il finira sa vie dans l'obscurité, hébergé par des personnes qui lui étaient redevables.

Ce succès chrétien, obtenu devant les yeux des habitants de la ville qui s'étaient rassemblés sur l'ancienne acropole ou depuis le sommet des ruines de l'hippodrome leur redonna confiance et espoir.

f) Navires Turcs dans la Corne d'Or

Cet échec donna à Mehmet II l'idée d'un nouveau plan : puisque ses navires n'arrivaient pas par la mer à entrer dans la Corne d'Or.... ils y arriveraient par la terre!

Il fit construire une route formée de troncs d'arbres entre une baie du Bosphore et la Corne d'Or, puis fit glisser sur ceux ci des navires légers qui débouchèrent le 22 avril dans le dos des navires défendant la chaîne. Heureusement pour ceux-ci, ils se contentèrent à rester à une extrémité de la Corne d'Or et ne tentèrent pas une attaque coordonnée avec les vaisseaux en dehors de la baie contre les navires italiens et byzantins qui défendaient la chaîne, pas plus qu'ils ne servirent à une attaque contre les murs maritimes de la cité.

Toutefois, leur apparition avait porté un coup très dur au moral des défenseurs et des habitants de Constantinople en raison de la vulnérabilité des murs maritimes de la ville, qui avaient déjà cédé en 1204. Les navires Ottomans menaçaient aussi le ravitaillement et les "relèves" de troupes provenant de la ville officiellement neutre de Pera, dont la population avait largement pris le parti des Byzantins. Les autorités génoises de la colonie, dirigée par Ange Zacharias, qui n'avaient pu manquer de voir les préparatifs de Mehmet, s'étaient bien gardé de les communiquer à Constantinople, car ils jouaient la carte de la neutralité. Constantin XI et Giustianani furent contraints de distraire des hommes du mur terrestre pour garder cette part des remparts.

Les autorités de Pera allèrent plus loin dans la duplicité le 23 avril en prévenant les Ottomans qu'une attaque avec des brûlots allait être lancée durant la nuit contre les navires présents dans la Corne d'Or. L'attaque échoua de ce fait et causa de lourdes pertes aux chrétiens. Les captifs furent exécutés sous l'ordre de Mehmet. Constantin ripostera en faisant décapiter 260 prisonniers ottomans sur les remparts devant les assiégeants. 

Les Turcs répliquèrent en lançant plusieurs assauts contre la muraille, mais furent à chaque fois repoussés par les défenseurs. Les attaquants subissaient des pertes d'autant plus lourdes qu'ils tentaient de récupérer les corps de leurs camarades tombés durant l'attaque en s'avançant sous les flèches, carreaux d'arbalètes et balles de mousquets tirés par les assiégés.

Technique de la sape

Mehmet ordonna alors un changement de tactique : plutôt que de passer au-dessus des murailles, on allait passer en-dessous. Il savait en effet que les fondations des murailles étaient peu profondes. Il chargea ses ingénieurs et mineurs (qui rappelons le étaient pour la plupart des Serbes) de creuser des tunnels qui devaient aller jusqu'en dessous des fondations du rempart pour saper celles-ci et provoquer son effondrement. Pendant dix jours (15-25 mai) plusieurs tentatives seront faites. Toutes seront déjoués par les défenseurs, grâce à "Johannus Grant

Tour de siège

" qui fit creuser des contre-sapes qui permirent aux Byzantins d'envahir les tunnels ottomans et de tuer ou capturer les mineurs, utilisant en prime le "feu grégois". Le 23 mai, ils réussiront même à capturer deux officiers ottomans qui leur révéleront sous la torture l'emplacement des tunnels restants.

Une attaque tentée le 18 mai se soldera par un nouvel échec près de la Porte de Pégée, les Génois de Maurizio Cattaneo ayant réussi à incendier la tour de siège que les Turcs tentaient d'amener près des murailles.

g) Crise morale chez les défenseurs... et les assiégeants!

Ces échecs successifs alimentaient dans le camp ottomans l'énergie de ceux qui s'étaient opposés à l'attaque de la cité, notamment Halil Pacha et ses partisans, car ils y voyaient la preuve de leurs craintes : la prolongation de l'entreprise risquait d'exposer l'empire Ottoman à l'invasion d'une armée de secours. Par ailleurs, le trouble se répandait dans les troupes à la vue des pertes croissantes et de la vanité de leurs efforts.

Sans doute est-ce pour cela que Mehmet envoya un ambassadeur à Constantin XI avec une proposition de paix. Si le Basileus acceptait de capituler et de lui abandonner la ville, il lui promettait qu'il pourrait, tout comme chaque habitant de la cité, garder ses biens et sa vie. Il lui garantissait le gouvernement de la Morée, et permettait à qui le voudrait de le suivre là-bas.

Constantin repoussa l'offre en répondant à Mehmet qu'il ne pouvait pas lui rendre une ville dont Dieu lui avait donné la garde. Il fit une contre proposition en proposant à Mehmet II de lui laisser la ville en échange de ce qu'il avait déjà conquis, ce qui sera refusé par Mehmet.

De toute façon, si Constantin avait accepté le marché qu'on lui proposait, rien ne lui certifiait que ses neveux lui auraient cédé de bonne grâce le gouvernement du Despotat. Peut être même aurait-il dû s'imposer avec l'aide des Turcs, ce qui aurait été un comble! Cependant, sa position n'était guère facile : dissensions et mauvaises nouvelles affaiblissaient le moral des défenseurs. Aucun secours ne venait de l'Occident et des disputes de plus en plus fréquentes éclataient entre Orthodoxes et Catholiques. Le 5 et 12 mai, il repoussa les demandes de vénitiens qui lui demandaient l'autorisation de fuir la ville.

En plus, pour les défenseurs et les Constantinopolitains, les signes néfastes se multiplient, ébranlant leur moral. Le 22 mai, une éclipse partielle de Lune les terrifia. Deux jours plus tard, le dôme de Sainte Sophie sera éclairée d'une lumière rougeâtre, fait qui sèmera la panique dans la ville.

Le 28 mai une pluie diluvienne s'abat sur Constantinople. La statue de la la Vierge la plus sacrée de la cité, promenée par quatre solides porteurs glisse et tombe à terre. Avec difficulté, on la remet sur son socle, ce qui demandera près d'une heure d'efforts. Devant la fureur des éléments, on doit stopper la procession et la rentrer en hâte dans l’Église des Saints Apôtres, là où se trouve sa chapelle. La nouvelle du mauvais présage fera très vite le tour de la ville et des remparts.

 

 h) L'ultime assaut

Le 25 mai, Mehmet II réunit ses vizirs et ses principaux généraux pour tenir conseil : faut-il abandonner le siège de la ville ou tenter un ultime effort? Halil Pacha plaida une nouvelle fois pour l'abandon du siège, mais il fut contré par Zagan Pacha qui insista pour une attaque générale immédiate.

Mehmet II donna gain de cause à ce dernier et ordonna de lancer une attaque massive sur le secteur le plus vulnérable et le plus ébranlé par les bombardements, le "Mesoteichon". Celle-ci devait employer en plusieurs vagues d'attaques toutes les forces disponibles pour déborder les défenseurs; Il ordonna aussi que l'artillerie concentre son tir sur la Porte Saint-Romain et ses alentours et qu'elle tire sans relâche pour faire les brèches les plus larges possibles dans les remparts, empêcher les assiégeants de réparer et les épuiser physiquement et moralement. Ces tirs causeront à la fin de l'après-midi près de cette porte une brèche que les assiégés tentèrent de boucher avec des matériaux de fortune.

Mehmet réunit aussi autour de lui ses officiers supérieurs et chercha à les galvaniser en leur présentant la guerre contre Constantinople comme une Guerre Sainte. Il n'oublia pas non plus les motivations matérielles en évoquant à leurs yeux les richesses contenues dans les édifices religieux et les palais, ainsi que le grand nombre d'esclaves des deux sexes dont ils pourraient s'emparer, les rançons qu'ils pourraient tirer des personnages de haut rang et les femmes qu'ils pourraient prendre comme épouses ou concubines... sans compter les jeunes gens parfois si séduisants! Il leur exposa aussi que l'Empire Ottoman ne serait jamais en sécurité tant que la ville ne serait pas prise, mais, qu'une fois celle-ci conquise, elle deviendrait un marchepied pour réaliser de nouvelles conquêtes...

Le Grand Amiral reçut l'ordre de faire approcher la flotte au plus près des murs de la ville et de s'attaquer à la chaîne bouclant la Corne d'Or. Elle devait avec ses archers, arbalétriers et canonniers essayer de semer la panique chez les défenseurs. La porte de Charisios devait être attaqué par les troupes de Kharadja Pacha, tandis que celles d'Isaak et Mahmoud Pacha devaient s'en prendre au secteur au nord du Lykos. Zagan Pacha devait faire franchir à ses hommes le pont jeté par dessus l'extrémité ouest de la Corne d'Or pour attaquer les murs des Blachernes avec le concours des navires ottomans se trouvant dans la Corne d'Or, ces derniers devant amener un pont flottant jusqu'au rempart. Halil, à la tête des Janissaires, devait s'emparer de la porte Saint Romain. Mehmet tint en réserve sa garde personnelle pour éventuellement la lancer à l'assaut au même endroit.

Il parcourut ensuite à cheval le campement Ottoman accompagnés de gardes du corps et annonça que celui qui franchirait le premier les remparts de Constantinople recevrait les plus grands honneurs, tandis que celui qui resterait sous sa tente sans prendre part à l'assaut serait exécuté de la façon la plus humiliante possible. Il leur annonça aussi qu'ils auraient le droit de piller la ville durant trois jours. Il se garda bien de leur dire que la cité avait perdue beaucoup de sa superbe depuis le sac de 1204. Il lui suffisait que la plupart de ces soldats s'imaginent que derrière les remparts se trouvaient les trésors des Mille et une Nuits et les délices de Capoue!

Les défenseurs, dont le nombre avait été réduits de 8000 à 4000 hommes environ du fait des pertes dues aux combats et aux désertions, apprirent que le navire que Constantin XI avait envoyé le 3 mai vers la Mer Egée pour y rencontrer une éventuelle flotte de secours était revenu le 27 mai pour annoncer n'avoir vu qu'une mer vide de navires, ce qui ébranla encore un peu plus leur moral. Ils étaient épuisés, mal nourris et la nervosité était telle entre eux que lors d'une dispute entre Notaras et Giustiniani sur la disposition de la maigre artillerie des assiégés le sang faillit couler n'eut été l'intervention de Constantin XI en personne!

Une autre querelle opposa les Vénitiens aux habitants de la ville. Des charpentiers byzantins avaient reçu commande de mantelets pour protéger les défenseurs des tirs turcs. Une fois ceux ci fait, les Vénitiens leurs demandèrent de les apporter sur les remparts. Les grecs refusèrent car ils n'étaient pas payés et avaient besoin de l'être pour nourrir leurs familles. Le ton monta, les italiens les accusant de cupidité. Ce n'est que dans la nuit que les mantelets arriveront aux remparts, trop tardivement pour y être utile...

Les soldats Turcs se reposèrent pendant deux jours avant de recevoir l'ordre de l'assaut le soir du 28 mai.

Les défenseurs de Constantinople, qui avaient pu observer les préparatifs ottomans savaient ce qui se tramaient. Toute la journée, des processions arborant des reliques parcoururent la ville en implorant le secours divin pour la protéger des Turcs. Une grande cérémonie œcuménique à Sainte-Sophie se tint en présence du Basileus, des notables de la cité et de tous les officiers participant à la défense de la ville. Constantin fit un discours pour relever leur moral et galvaniser leur volonté de résistance. Tous savaient que s'ils repoussaient l'assaut à venir, ils avaient une chance sérieuse de victoire et que la journée du lendemain serait décisive.

Le point le plus vulnérable de la Corne d'or, à son extrémité occidentale, était défendue par 500 archers et arbalétriers. Puis, tout le long de celle-ci jusqu'à la chaîne fermant son entrée, on ne trouvait qu'un archer ou arbalétrier par tour! L'essentiel des forces, à savoir Giustiniani et ses 400 hommes et Constantin XI avec 2000 autres étaient massés au point le plus vulnérable et le plus ciblé par l'artillerie Ottomane : dans la vallée du Lykos, entre les portes Saint Romain et de Charisios , le "Mesoteichon". Là, les bombardes avaient ouvertes neuf larges brèches dans le mur extérieur. Elles avaient été obturées par des barricades édifiées au prix de grands efforts sous le feu et les attaques des Turcs par des civils - hommes, femmes ou enfants, religieux ou laïcs- et les soldats de Giustiniani. 

A la fin de l'après-midi, une grande messe fut célébrée à Sainte-Sophie. La première depuis la promulgation ratée de l'Union des Églises. Elle y attira une foule de gens qui y cherchaient du réconfort et priaient pour que l'aide divine intervienne pour sauver la cité. Pour la première fois depuis 1054, elle réunissait catholiques et orthodoxes, partisans et adversaires de l'Union dans une même ferveur inquiète. Constantin XI y était présent, assis dans le fauteuil impérial à droite de l'autel, faisant preuve de la plus grande piété. Après celle-ci, il regagna son poste de combats avec tous les autres officiers. Resta dans la Grande Église des gens qui priaient sans s'arrêter pour implorer le Ciel... D'autres, plus prudents, partirent se ménager des cachettes au "cas ou...".

Constantin retourna aux Blachernes. Il fit selon Sphrantzes y réunir tous ses serviteurs et les gens de sa maison et leur demanda de lui pardonner toutes les offenses et tous les torts qu'il pouvait avoir envers eux. Visiblement, si l'on considère ce témoignage, Constantin n'envisageait que la victoire ou la mort! Puis, remontant à cheval, il fit le tour des remparts pour veiller personnellement qu'aucune sentinelle ne soit endormie à son poste. Il gagna ensuite son poste de combat à la porte de Caligarie aux premières lueurs de l'aube.

Pendant ce temps, les hommes de Mehmet se préparaient à l'attaque en mangeant, buvant et en priant eux aussi. Mehmet avait ordonné que les musiciens jouent de leurs instruments avant et pendant l'assaut pour saper encore un peu plus le moral des défenseurs et pour renforcer celui de ses propres hommes. Le camp de ces derniers était illuminé de feux et de torches et une grande ferveur religieuse y régnait. mais contrairement au camp byzantin, c'était une ferveur joyeuse qui y prédominait.

 

Peu après minuit, la première vague d'assaut parti à l'attaque . Elle se composaitAzaps d' Azaps pauvrement équipés et mal entraînés et de contingents de l'armée d'Anatolie qui attaquèrent une portion du mur des Blachernes qui avait été fortement endommagé par l'artillerie. Les défenseurs fauchèrent littéralement les Azaps, mais les soldats Anatoliens parvinrent à ouvrir une brèche et à entrer dans la cité. Toutefois, une contre-attaque des défenseurs les rejeta hors de la muraille. Une seconde vague, constituée cette fois de janissaires s'avança. Elle fut elle aussi contenue. Les troupes de Mehmet n'étaient pas plus heureuses ailleurs : au sud des remparts terrestres, Ishak parvint par ses attaques à empêcher les défenseurs d'en retirer des troupes, mais fut repoussé. Le long de la Mer de Marmara, Hamza Bey eut bien du mal à approcher ses navires des remparts et les quelques groupes qui tentèrent de les franchir furent aisément rejetés à la mer. Le long de la Corne d'Or, il n'y eut que quelques feintes destinées à retenir les défenseurs sur ce point, mais aucun assaut sérieux. Par contre, autour de la zone des Blanchernes, les hommes de Zaganos et Karadja Pacha livraient des combats acharnés contre les italiens de Minotto et des frères Bocchiardi, sans venir à bout de leur résistance. Bref, les choses se déroulaient plutôt positivement pour les défenseurs quand tout à coup la fortune leur tourna le dos.

Dans le secteur des frères Bocchiardi se trouvait une poterne qui avait été longtemps murée : la Kerkoporta (Porte de chêne). Or, celle-ci avait été rouverte pour permettre aux défenseurs de faire des sorties sur le flanc des troupes Ottomanes. Elle fut effectivement utilisée à cet usage, mais lors de la dernière sortie, on avait omis de la barricader de nouveau. Quelques soldats turcs s'en aperçurent et l'empruntèrent, puis suivirent un escalier montant au sommet des murs. Les défenseurs les virent et s'élancèrent pour les repousser avant qu'ils ne soient suivis par d'autres soldats, mais une cinquantaine d'entre eux avaient franchi le rempart extérieur. Cela n'avait rien d'irrémédiable : ce petit contingent aurait pu facilement être liquidé par les défenseurs, mais c'est à ce moment qu'allait survenir un second coup du sort! Alors que le soleil commençait à se lever, un projectile frappa Giustiniani, le blessant gravement. Malgré les adjurations et supplications de Constantin XI qui demandait qu'il reste à son poste, Giustianiani demanda à ses hommes de l'évacuer. Ses gardes du corps l'emmenèrent au port sur un navire génois. Ce départ soudain et inexpliqué désorganisa les défenseurs. Certains des hommes de Giustiniani durent penser qu'ils devaient se replier sur le rempart intérieur, mais la plupart pensèrent que tout était perdu et qu'il était l'heure de fuir pour sauver sa vie : les Génois se débandèrent laissant seuls Constantin XI et ses hommes face aux Turcs. Mehmet, qui observait la bataille, avait compris que quelque chose se passait et relança à l'assaut ses Janissaires.. Le Basileus, avec le concours de ses lieutenants tenta reprendre en main les fuyards et ils parvinrent à contenir le choc des Janissaires, mais ces derniers commençaient à les submerger par le nombre. Ceci se produisait aussi à d'autres points de la muraille.

Or, le drapeau Turc apparut soudain sur une tour au-dessus d'une poterne, la "Kerpoporta" ou "Porte de Chêne". Voyant cela, Constantin XI chercha à regrouper des hommes pour se porter au point menacé et reprendre la tour, mais il ne put en trouver. Pire, la vue de l’étendard ottoman avait achevé de désorganiser la défense. Alors qu'ici et là les soldats byzantins et leurs alliés se battaient jusqu'à la mort, à d'autres endroits ils tournaient les talons et fuyaient pour sauver leur vie ou mettre leur famille à l'abri. La défense s'effondrait sous les coups de boutoir des Janissaires menés par Ulubatli Hasan qui y laissera la vie. Ces derniers ouvrirent la Porte de Pempton, tandis qu'une autre unité pénétrait par la Porte d'Andrinople. Ce fut une ruée générale tandis que la défense s'effondrait. Tous les défenseurs ne prirent cependant pas leurs jambes à leur coup. Certains, comme nous le verrons continuèrent à se battra alors que la ville était perdu, dans l'ignorance qu'ils étaient des événements.

 

 i) La mort du dernier empereur romain

File:Theofilos Palaiologos.jpg.

Constantin réalisa que tout était perdu.Se débarrassant des insignes le désignant comme Basileus, il alla à cheval à la rencontre des Janissaires avec plusieurs de ses compagnons et se battit contre eux jusqu'à la mort. C'est du moins la version la plus probable de son sort. Le vénitien Nicolo Barbaro, qui était dans la ville au moment des faits assure qu'il se serait en fait suicidé en se pendant. D'autres versions le montrent mourant piétiné par des soldats paniqués, mais ces hypothèses paraissent moins valables que la première.

 j) La prise de la ville

Dans le film "Fetih 1453", on a l'impression que la ville a été prise par des boy-scouts plein de fair-play protégeant et même câlinant la veuve et l'orphelin, avec une mignonne petite fille jouant avec la barbichette de Mehmet II.

D'un autre côté, à lire les descriptions de l'événement faites par des "historiens" grecs modernes très nationalistes, on pourrait croire que celle-ci a été un épouvantable carnage...

Disons le tout net : la vérité n'est dans aucune des lignes ci-dessus!

Une fois les murailles franchies, l'essentiel pour les troupes de Mehmet était le pillage. Le sultan leur avait accordé pour ce dernier trois jours plein avec comme consigne de respecter les bâtiments de la ville. Mehmet avait en effet déjà en tête d'en faire sa capitale et il ne voulait pas se retrouver avec un champ de ruines sur les bras!

Sinon, ce fut la curée! Avant de s'en offusquer, il faut savoir que lors de la prise de toute ville à cette époque, quelque soit la religion ou la couleur des troupes conquérantes, les biens et les femmes des vaincus appartenaient aux vainqueurs!

Les habitants de Constantinople le savaient si bien que certains quartiers de la ville, comme le Pétrion, Stoudious ou Psamathia n'hésitèrent pas à négocier leur protection. Ouvrant leurs portes aux troupes ottomanes placées devant elle, elles offraient de l'or ou des marchandises en échange d'une protection contre les pillards.

Mais cela ne se passa pas aussi bien tout partout! La ville tomba au petit matin, alors que la plupart des habitants dormaient. Parmi les rares passants qui croisèrent des soldats fuyant les remparts, bien peu les crurent quand ils leurs crièrent que les Turcs arrivaient. Nombreux furent ceux et celles surpris dans leurs sommeil. Une foule importante se massa dans Sainte Sophie dont les portes furent barricadées. Tous priaient et certains croyaient peut être que la légende qui assurait que la statue de Justinien prendrait vie pour repousser les envahisseurs était vrai. Elle ne l'était pas et les haches des Turcs firent voler les portes en éclat. Tous ceux qui se trouvaient dans la Grande Église partirent en esclavage ou furent tués, à part quelques uns qui purent se faufiler par des portes latérales. Durant trois jours, il y eu d'innombrables viols. Ceux qui faisaient mine de résister étaient tués et l'on comptera des milliers de morts. 30000 personnes seront emmenés en esclavage. Beaucoup seront par la suite libérés après que Mehmet II les ait racheté et pourront revenir à Constantinople.

La réputation de richesse de la ville était telle que les Turcs (et leurs alliés chrétiens) se bousculaient pour entrer dans la ville! Cela offrira l'opportunité aux derniers navires chrétiens encore à flot de quitter la ville avec des réfugiés serrés sur leur pont sans être inquiété par la flotte ottomane! Les marins de celle-ci étaient tellement pressés de prendre part au pillage que leurs navires se percutaient pour accoster et ils étaient complètement indifférents aux fuyards!

Mehmet II ne perdit pas son temps à s'en offusquer. Il fit rechercher le corps de Constantin XI par ses janissaires. Ceux ci trouvèrent le corps d'un homme portant des chaussures pourpres. Ils en conclurent que c'était le défunt le basileus, cette couleur étant en théorie réservée à l'empereur et à l'impératrice. Ils le décapitèrent et amenèrent la tête supposée impériale à Mehmet II. Ce dernier la fera identifier par des dignitaires byzantins capturés et l'exposera à Augusteon, juste en dessous du sabot du cheval de Justinien. Puis il la fera embaumer et l'enverra dans tout l'empire pour qu'elle atteste de la prise de Constantinople!

 

k) L'entrée de Mehmet dans la ville.

Ce n'est que le  vendredi 1er juin que Mehmet II effectua son entrée triomphale dans la ville par la Porte d'Andrinople (Edirne Kapi). En ce jour de prière pour les musulmans, il se rendit immédiatement à Sainte Sophie qu'il fait transformer en mosquée et y fait sa prière. Il ordonne ensuite que soit mit fin au pillage de la ville et aux exactions contre ses habitants. Il n'agit là pas par bonté d'âme : il n'entend pas provoquer la ruine de la ville, mais la transformer en sa capitale. Il rachètera  -comme on l'a dit précédemment dans le même ordre d'idée- bien des captifs, leur permettant de revenir dans la cité. Puis, il repeuplera celle-ci en faisant venir, souvent contre leur gré des paysans de Thrace et d'Asie Mineure pour "turquiser" la ville et y favorisa l'établissement d'Arméniens et de Juifs. Il signa des accords commerciaux dès 1454 avec les Génois et les Vénitiens, obligeant toutefois les premiers à abattre les fortifications de Galata. Le 6 janvier 1454, il reconnu Gennadios comme Patriarche de Constantinople et chef de l’Église orthodoxe, lui accordant plus de privilèges et de droits que les empereurs byzantins. S'il fit abattre la statue équestre de Justinien en 1455, il lança aussi un vaste programme de construction pour embellir la ville : mosquées, casernes, bains, hôpitaux, et fit bien sûr réparer et même renforcer les remparts

 

k) Devenir de certains des protagonistes.

Rompons ici pour nous intéresser à la destinée des autres protagonistes de l'événement

Lucas Notaras fut capturé avec sa femme (une Paléologue parente de Constantin XI) et son fils. Mehmet II lui avait garanti la vie sauve en échange de la plus grade partie de sa fortune. Il comptait sur lui pour s'assurer de la soumission des habitants de la ville qui avaient échappé à la mort, à l'esclavage ou étaient partis en exil (soit 25000 personnes) et réorganiser la vie dans la cité. Mais cela durera peu! Pour des raisons inconnues, Mehmet le fera exécuter avec son fils le 3 juin 1453. Certains détracteurs de Mehmet II disent que Notaras avait eu le tort de s'opposer au Sultan qui éprouvait un trop vif intérêt pour la beauté de son fils de quatorze ans, mais cette version est douteuse car elle copie d'autres histoires dans lesquels Mehmet est remplacé par un empereur romain païen persécuteur de chrétiens. En fait, Mehmet devait plus probablement se méfier de Notaras. Ce dernier avait mis sa fille Anna à l'abri à Venise et avait la majeure partie de sa fortune en Italie. Peut être la somme versée pour sa vie était insuffisante ou parvenue trop tardivement. Nul ne sait. Sa femme périra alors qu'on la menait avec d'autres captifs à Andrinople, mais sa famille survivra jusqu'à nos jours, par le biais de son fils cadet qui parvint à s'enfuir et à rejoindre Anna Notaras à Venise. Cette dernière rassemblera autour d'elle nombre de réfugiés et participera activement à la diffusion de la culture byzantine et grecque classique en Occident en participant financièrement en 1499 à Venise à la construction de la première presse pouvant imprimer avec des caractères grecs.

George Sphrantzès, conseiller de Constantin XI, sera capturé par les Turcs, mais parviendra à s'évader et à se réfugier à Mistra à la cour de Thomas Paléologue. A la chute du Despotat en 1460, il entrera dans un monastère orthodoxe de Corfou et y écrira ses 'Chroniques", un récit relatant l"histoire du monde de ses origines à 1476. Surtout centré sur l'époque des Paléologues (1258-1476), ce document sujet à controverses se montre peu disert sur le siège alors que Sphrantzès y a participé.

Démétrius Paléologue Métochitès, dernier gouverneur byzantin de la ville, trouvera la mort aux côtés du Basileus.

Théophile Paléologue, le cousin de Constantin XI, sera tué au combat le 29 mai dans les mêmes circonstances, ainsi que Jean le Dalmate et le Grand Domestique Andronic Paléologue Cantacuzène.

Giovanni Guistiniani sera emmené par ses hommes à bord d'un navire qui les emmènera tous loin de la ville. Giustiniani mourra des suites de sa blessure en mer, près de l'île de Chio (alors possession génoise). Il y sera enterré. Ses derniers jours le verront hanté par le remords de n'être pas resté sur le rempart malgré sa blessure.

Girolamo Minotto, le baïle vénitien, défendait le secteur des Blachernes. Il repoussa tous les assauts, mais se retrouva encerclé avec ses hommes. Capturé, il sera rançonné et exécuté pour non versement de la rançon promise avec son fils Zorzi et six autres vénitiens. Son second fils, qui avait été envoyé à Venise pour réunir la rançon, arriva trop tard et ne put qu'obtenir la libération de sa mère.

Le capitaine Gabriele Trevisiano sera capturé, mais libéré peu après le versement d'une rançon.

Le médecin vénitien Nicolo Barbaro (v. 1420-1494) parvint à échapper à la capture et laissera un journal très précis sur le siège dont il fut un témoin oculaire. Il y montre cependant un fort mépris pour les Génois et les Byzantins.

Le Cardinal Isidore de Kiev échappera à la mort probable par la ruse. Offrant ses vêtements sacerdotaux à un vagabond en échange des défroques de ce dernier, il sera capturé et emmené comme esclave en Asie Mineure sans être reconnu. Par un moyen ou un autre, il retrouvera assez vite sa liberté. De retour en Italie, il sera par la suite nommé cardinal-évêque de Sabine et archevêque de Chypre. Il décédera en 1463 en soutenant toujours le projet d'Union des Églises. Quant au mendiant auquel il avait donné ses vêtements sacerdotaux, il sera tué et décapité par des soldats turcs qui iront fièrement porter sa tête à Mehmet II, ignorant que l'habit ne fait pas le moine.

Son compagnon, l'évêque Leonard de Chio, échappera à la capture et rejoindra Rome où il écrira pour le Pape un compte rendu de la prise de la ville qui sera souvent repris par d'autres historiens. Revenu à son évêché de Mytiléne, il sera capturé par les Ottomans lors de la prise de l'île de Lesbos en 1462. Il obtiendra sa libération en 1463. Il écrira une relation de ces événements et on perd sa trace ensuite.

Mehmet II ordonnera à ses hommes de lui ramener Maurizio Cattaneo qui avait été l'un des défenseurs les plus efficaces de la cité, mais le Génois parvint à s'échapper et était encore vivant en 1461 selon des documents.

Le sultan Turc fera aussi rechercher (pas pour leur bien!) les frères Bocchiardi, Antonio, Paolo et Troïlo. Tous parvinrent aussi à quitter la cité, mais il semblerait par l'absence de documents postérieurs que Paolo ait succombé aux blessures qu'il a subi durant le siège, selon le témoignage de Leonard de Chio

Orkhan, le prétendant potentiel à l'empire ottoman, se battit avec vaillance avec ses hommes, mais ils furent débordés par les troupes débarquées par Hamza Bey. Orkhan tenta de fuir sous le déguisement d'un moine orthodoxe, mais dénoncé par un prisonnier, il fut arrêté et exécuté sur le champ sans autre forme de procès. la plupart, sinon la quasi-totalité de ses suivants connaîtront le même sort.

Gennadios Scholarios, l'adversaire résolu de l'Union des Eglises, sera capturé par les Turcs. Trois jours après, Mehmet, qui était soucieux de pacifier sa conquête, le nomma Patriarche de Constantinople, comme on l'a vu précédemment. Sainte Sophie étant devenue une mosquée, il s'installera à l'église des Saints Apôtres. Son patriarcat sera agité, puisqu'il démissionnera en 1456 de sa charge, sera réélu en 1462-1463, puis en 1464-1465! Il terminera sa vie dans un monastère de Serrès (Macédoine) où il se consacrera à l'écriture. Sa mort a eu lieu vers 1473.

Philippe Contarini, qui était chargé de la défense du secteur situé entre la Porte de Pegae et la Porte d'Or repoussera tous les assauts turcs, mais encerclé, il devra se rendre et sera par la suite libéré contre rançon.

Démétrius Cantacuzène, qui combattait aux côtés du précédent, sera capturé et exécuté cinq jours après sur ordre de Mehmet II.

Zaganos Pacha devint Grand Vizir en remplacement d'Halil Pacha, mais il tomba en disgrâce en 1456 après l'échec d'une attaque sur Belgrade. Sa fille sera expulsée du harem impérial et rejoindra son père à Balikesir (Turquie) sur le domaine familial. Zaganos revint en grâce en 1459 avec le grade d'amiral de flotte Ottomane. L'année suivante, il sera nommé gouverneur de la Thessalie et de la Macédoine. Il décédera en 1466.

Son ennemi juré, Halil Pacha sera mis à mort sur ordre de Mehmet II, accusé de collusion avec les défenseurs de la ville. Il payait en fait tout à la fois son opposition au siège de la cité et à la volonté de Mehmet II, sa trop grande puissance et le souvenir qu'il avait été celui qui avait déposé le jeune Mehmet II en 1446 pour remettre son père au pouvoir. Sa "trahison" n'a jamais été prouvé et n'a certainement été qu'un prétexte pour le liquider.

Ishak Pacha sera chargé de repeupler la ville avec des Turcs d'Anatolie en assurant leur déportation lors de son premier Grand Vizirat sous Mehmet II. Il le sera de nouveau sous le règne du fils de ce dernier, Beyazit II et rendra l'âme en 1497 à Thessalonique.

 

 l) Le destin de Mehmet II Fatih

Et de Mehmet? Qu'advint-il? Et bien, il justifia son nom!

Mais tout d'abord, il installa sa capitale à Constantinople à partir de 1456, prenant au passage le titre de "César des Romains". Il se voyait en effet comme le continuateur (musulman) des empereurs de Constantinople et de Rome. Ses successeurs gardèrent ce titre (avec d'autres) pendant plus d'un siècle. Bien évidemment, ni le Patriarche Orthodoxe de Constantinople, ni l'Occident ne reconnurent ce titre. Lui, basait sa revendication sur sur le mariage d'Orhan (1326-1360) avec Theodora, fille de l'Empereur Jean VI Cantacuzène (1347-1354) et une supposée descendance de Jean Tzelepes Comnène. Ce dernier avait comploté avec son père Isaac Comnène pour détrôner Jean II Comnène (1118-1143). Ils furent découverts, mais Jean II leur pardonna. Cela n'empêcha pas Jean Tzelepes Comnène de déserter lors d'une expédition impériale contre les Turcs Seldjoukides en 1140, de se convertir à l'Islam et d'épouser la fille du sultan seldjoukide Mesud Ier (1116-1156)

En tant que "Constantin" musulman, Mehmet s'affaira à restaurer la ville dans son ancienne beauté.. et à liquider politiquement ou physiquement les prétendants possibles au titre de "Basileus".

Mehmet commença par en finir avec les restants de Byzance, en commençant par la Morèe où Démétrius et son frère Thomas Paléologue se disputaient de plus belle. Il les mit d'accord en partageant le Despotat entre deux... et en s'adjugeant la moitié du territoire. Puis, quelques années après, en 1460, il décida de parachever la soumission de la région en l'annexant à son empire. Il y fut aidé par Démétrius qui l'avait appelé au secours, Thomas s'emparant de ses terres! Démétrius lui rendit sans combat Mistra et fut placé dans un exil doré dans l'ancien palais impérial d'Andrinople. Malgré une disgrâce temporaire en 1467-1469, il sera l'un des favoris de Mehmet II et finira sa vie sous l'habit monastique en 1470.

Thomas refusera de se soumettre et ira se réfugier en Italie avec sa famille. Reconnu comme prétendant légitime au titre de Basileus par le Pape. Il luttera toute sa vie pour obtenir l'envoi d'une expédition pour reconquérir Constantinople, se convertissant même au catholicisme pour accroître ses chances... qui n'existaient que dans ses rêves. Il décédera en 1465.

Plus tragique sera le destin des Comnènes de Trébizonde. Créé en 1185 avant la prise de Constantinople par les Croisés, cette état se trouva vite coupé par les Turcs du reste de l'Empire et mena dès lors une vie indépendante tournée vers le Caucase et la Crimée. Les relations des "Grands Comnènes" avec les Paléologues étaient compliqués par de nombreux problèmes de protocole et leur état ne dépassa jamais la taille d'une frange littorale le long de la Mer Noire. Ils étaient néanmoins très riche, disposaient d'une armée de taille réduite, mais de grande valeur au combat, et d'une marine.

En 1456, Jean IV Megas Comnène (1429-1459), qui avait refusé de payer tribut à Mehmet II après la prise de Constantinople, repoussa une attaque du gouverneur Ottoman d'Amasée. Toutefois, il fut forcé de reconnaître sa vassalité. Il tenta de protéger l'avenir de son état en concluant des alliances avec les états musulmans adversaires des Ottomans et laissa le pouvoir à son neveu David Megas Comnène (1459-1461).

Ce dernier, lâché par ses alliés, ne put résister à l'armée commandée par Mehmet II et signa une reddition conditionnelle au début de septembre 1461. Il y cédait ses territoires et abandonnait son titre impérial en échange de la protection de Trébizonde contre tout pillage et d'une retraite dorée pour lui et sa famille à Andrinople.

Mais "on" complota d'envoyer l'un des fils de David grandir à la Cour de Uzun Hassan, l'un des pires ennemis de Mehmet II, dans la pensée que Uzun Hassan le mettrait à la tête d'un empire de Trébizonde reconstitué. David avait-il pris part au complot ou seulement l'un de ses parents? Nul ne le sait, mais Uzun Hassan et lui avaient des liens de parenté. En tout cas, Georges Amiroutzés était parti prenante du complot, ou du moins en connaissait l'existence.

Or, Georges Amiroutzés, ci-devant lettré et philosophe, qui avait servi David comme intermédiaire avec Mehmet II, était aussi un neveu du Grand Vizir Mahmud Pacha. Il était également l'un des favoris de Mehmet avec lequel il s'entretenait souvent, dialoguant sur la philosophie gréco-romaine ou discutant des préceptes du christianisme. C'est lui qui divulguera à Mehmet II l'existence du complot.

Le Sultan réagira rapidement en faisant jeter en prison David et ses quatre fils en mars 1463. Le 1er novembre de cette année, David, l'un de ses neveux et trois de ses fils seront exécutés. Mehmet II interdira sous peine de mort de leur donner une sépulture. Le plus jeune fils sera épargné en raison de son âge, mais devra se convertir à l'Islam. Par la suite il s'échappera en Géorgie. Sa belle-sœur, Maria Gattilusio, sera envoyé dans le harem de Mehmet, son fils devenant l'un des pages du Sultan. Par contre, la veuve de David, Hélène Catancuzène, qui avait enseveli elle-même les restes de son époux, de son neveu et de ses trois fils contre les ordres de Mehmet II, sera dépouillée de tous ses biens et finira sa vie dans la plus grande pauvreté. Elle est considérée comme une Sainte par l'Eglise Orthodoxe.

Georges Amiroutzés recevra des terres, et l'un de ses fils, baptisé Mehmet, dirigera par la suite les secrétaires de langue grecque de l'administration impériale.

Sans attendre la conclusion de tout ces événements, Mehmet II se lança dans toute une série de conquêtes. En 1456-1459, il rattacha par une série de campagnes la Serbie vassale à l'Empire Ottoman, conquis (voir ci-dessus) la Morée en 1458-1460, puis la côte de la Mer Noire (voir ci-dessus) en 1460-1461. Il se tourna ensuite vers la Valachie (sud de la Roumanie) en 1459-1462, combattant contre Vlad Tepes (alias Vlad L'Empaleur, alias Dracula), puis s'empara de la Bosnie en 1463. Il mena ensuite une longue guerre contre Venise (1463-1479). La ville vénitienne y perdit plusieurs villes dalmates, l'Eubée et Lemnos et fut forcée de payer tribut à Mehmet pour garder ses privilèges commerciaux dans la Mer Noire.

De 1464 à 1473, il allait aussi étendre sa domination sur les royaumes Turcomans d'Anatolie et soumettre l'Albanie (1466-1478). Ses troupes mèneront une difficile campagne en Moldavie, mettant fin à la menace que présentait cette principauté pour les frontières Ottomanes.

En 1475, il s'empara des villes génoises de Crimée, mettra fin à l'existence de la Principauté de Théodoros, dernier état byzantin, et s'alliera au Khanat de Crimée.

En 1480, il enverra une expédition en Italie qui s'emparera de la ville d'Otrante, semant la panique dans toute la péninsule où l'on planifia des plans pour abandonner Rome! Mais les Ottomans ne tardèrent pas à se trouver confronter à une guérilla féroce de la part des Italiens et de réfugiés grecs, tandis qu'une armée se levait pour s'opposer à eux. Puis vint la nouvelle de la mort de Mehmet. Les Turcs négocièrent alors leur départ. Ils n'allaient jamais revenir.

Alors qu'il se préparait à lancer une nouvelle campagne et avait rassemblé une Tombeau de Mehmet II
armée sur la rive asiatique du Bosphore le Sultan tomba soudainement malade et décéda quelques jours plus tard, le 3 mai 1481; Il sera enterré dans la mosquée Fatih à Constantinople. L'empoisonnement est probable, mais si c'est le cas, on ignore le commanditaire. Au cours du règne de Mehmet II, les Vénitiens firent plusieurs tentatives infructueuses pour l'assassiner. Ont-ils corrompu pour cela Yakub Pacha, le médecin personnel de Mehmet, un juif converti à l'Islam qui sera tué peu de temps après dans une révolte des Janissaires? Cela n'est pas impossible. Mais pour le commanditaire, beaucoup soupçonnent le propre fils aîné de Mehmet, le futur Bayezid II (1481-1512) qui aurait craint de voir son frère cadet Cem le supplanter dans l'ordre de succession. Après la mort de Mehmet, une guerre civile l'opposera à ce dernier. Bayezit le battra et Cem fuira en Italie où il décédera en 1495 à Capoue. Son frère décrétera à la nouvelle de sa mort un deuil de trois jours dans tout l'Empire Ottoman et paiera une somme importante pour récupérer son corps et l'enterrer à Bursa.

 

m) L'étrange destin posthume de Constantin XI

Constantin XI deviendra un  personnage de légende, tant en Grèce qu'à Istanbul. L'une de ces légendes raconte ainsi que loin de mourir au combat, le Basileus a été enlevé à la dernière minute par des anges qui le transportèrent dans une caverne située près de la Porte d'Or. Là, changé en statue de marbre, il attend le jour où les chrétiens (orthodoxes) reprendront la ville pour redevenir chair et les mener au combat.

Le pauvre Constantin XI a été aussi l'objet de bien des instrumentalisations : "bad guy" ou empereur lascif et décadent (voir "Fetih 1453") pour les Turcs nationalistes, il est aussi un Saint "Non officiel" pour certains orthodoxes - bien que cette église n'ait jamais reconnu comme martyr des gens morts au combat-. Ceci est d'autant plus ironique qu'il faut se souvenir que Constantin XI avait choisi de se soumettre au Pape de Rome dans l'espoir (déçu) de sauver Constantinople!

Bien entendu, les nationalistes grecs, y compris les néo-nazis de "L'Aube Dorée" ne firent pas faute d'utiliser l'image d'un homme qui ne se considérait pas comme un Grec, mais comme un Romain!

  

VIII) Conséquences de la chute de Constantinople.

1) Naissance d'une grande puissance 

La prise de Constantinople consacre la domination ottomane, déjà largement incontestée, sur les Balkans et une large partie de l'Asie Mineure. En supprimant l'enclave byzantine, Mehmet II accroissait aussi la stabilité et l'unité de son empire et rendait sa domination incontestable. La prise de Constantinople, sur un autre plan donnait aux Ottomans un prestige considérable parmi le monde musulman et les faisait craindre de l'Europe chrétienne. Elle donnait aussi aux Turcs le contrôle du Bosphore, voie de communication menant depuis l'Europe du Nord et les steppes du nord de l'Iran vers le monde méditerranéen.

Cet empire continuera à croître pour atteindre l'apogée de sa puissance et de sa richesse sous le règne de Soliman le Magnifique (1520-1566). Il s'étendait alors de l'Ukraine à l'Egypte, de l'Algérie au Golfe Persique, dominant Bagdad, Alexandrie, La Mecque et Budapest.

Il connaîtra ensuite un long déclin, mais en 1914, il contrôlait encore l'ensemble du Moyen Orient, la Mésopotamie, La Mecque et la Thrace.

 

2) La fin de l'Empire Romain

La prise de Constantinople met fin à une longue histoire: celle de l'Empire Romain. Entre Auguste, le premier empereur, et Constantin XI, il y a près de 1500 ans et entre le premier et le dernier Constantin près de 1150 ans. Par comparaison, dans le premier cas la distance temporelle qui nous sépare de Clovis et des premiers Mérovingiens et dans le second celui qui est entre nous et les Carolingiens!

Rare sont les états à avoir connu une existence aussi longue et à avoir tant apporté à l'humanité. Mais en 1453, cet état vivait de toute façon ses derniers jours, même si l'assaut du 29 mai 1453 avait été repoussé. Il aurait immanquablement succombé à l'assaut suivant ou au suivant du suivant. Et même si la ville avait été sauvée par les Vénitiens ou par une autre puissance occidentale, il est évident que ces derniers en auraient fait payer le prix à l'Empire Romain d'Orient exsangue.

L'Empire Byzantin avait joué son rôle dans l'histoire. Depuis plus d'un siècle il n'était plus qu'une puissance de troisième ordre, dépourvue pratiquement de toute force armée et ne vivant que de prêts. Il était temps pour lui de céder la place, ce qu'il fit avec honneur.

 

3) Réactions de l'Occident - Vers l'Atlantique

La nouvelle de la chute de Constantinople se répandit en Occident en juin-août 1453 y semant la stupeur. Beaucoup pensaient que la solidité des murs de la ville était telle qu'elle parviendrait à tenir jusqu'à l'arrivée d'armées de secours. Personne ne s'attendait à une chute aussi prompte.  

Toutefois, l'effet de l'émotion passé, "les affaires ordinaires reprirent" et les réactions des différents états chrétiens varieront selon leurs intérêts.

Ainsi, les Vénitiens choisirent de traiter avec Mehmet II pour obtenir de celui-ci un accord confirmant le traité de 1451 et les autorisant à se rétablir dans leur quartier de Constantinople. Venise obtiendra la libération de tous les prisonniers vénitiens, mais verra ses autres demandes insatisfaites.

Les Génois, par leur implication aux côtés des Byzantins, se trouvaient dans une situation bien plus compliquée. Bloquée par des conflits en Occident, Gênes ne pouvait envoyer des troupes en Orient, notamment pour préserver Péra. Le gouverneur de la place tenta d'amadouer le Sultan, mais ce dernier ordonna le 3 juin 1453 que la ville détruise ses remparts et que le gouverneur génois soit remplacé par un Ottoman. Gênes fut contrainte de se soumettre. La prise de possession par Mehmet des détroits condamnait en plus les comptoirs commerciaux de la cité en Mer Noire. Cinquante plus tard, il n'en restait plus un seul!

Les autres villes commerciales italiennes (Florence, Ancône...) s'en tirèrent mieux car elles ne possédaient pas en Orient de territoires et ne pouvaient entrer en conflit avec l'expansionnisme Ottoman. Les Catalans, s'ils perdirent leur Consul, purent eux aussi revenir à Constantinople.

Bien sûr, le Pape Nicolas V lança en septembre 1453 un appel à la Croisade avec le soutien du Saint Empereur Germanique Frédéric III. Ce sera un échec : l'autorité pontificale sur la Chrétienté n'était plus ce qu'elle était et Frédéric III n'en n'avait guère sur ses vassaux! Par ailleurs, l'époque des Croisades était fini depuis longtemps et les souverains européens avaient d'autres choses en tête!

En France, le roi Charles VII doit relever son royaume après sa victoire sur les Anglais, tandis que le souverain anglais Henri VI sombre dans la folie et que va éclater la "Guerre des Deux Roses" qui tiendra l'Angleterre hors des affaires du continent jusque 1485. Le royaume de Hongrie, quant à lui, est trop affaibli pour inquiéter les Ottomans.

Certes, Calixte III, successeur sur le trône de Saint Pierre de Nicolas V, réussira à envoyer une flotte qui s'emparera de Lemnos, Samothrace et Thasos. Mais ces conquêtes ne seront que temporaires, car aucune puissance européenne n'était en mesure de les consolider et elles retomberont bien vite dans les mains de Mehmet.

En fait, mis à part quelques exaltés ou rêveurs, la majeure partie de l'Europe s'accommode de la prise de Constantinople. Après tout, ces Grecs n'étaient-ils pas des schismatiques, des hérétiques et n'était ce pas pour cela qu'ils ont été défait? Près de cinquante ans après, le très catholique et digne fils de l'Eglise Catholique Romaine François Ier n'allait avoir aucune hésitation à s'allier avec Soliman le Magnifique contre Charles Quint!

Seule la Sainte Russie, unique puissance orthodoxe à ne pas être tombée sous la domination Ottomane revendiquera le statut de "Troisième Rome" et de seconde "Constantinople", concrétisant ce fait par le mariage du Tsar Ivan III avec Zoé (Sophie) Paléologue, fille de Thomas Paléologue et petite nièce de Constantin XI. Jusque à la révolution russe de 1917, la Russie ne cessera de caresser le rêve de s'emparer de Constantinople et des détroits menant de la Mer Noire à la Méditerranée.

En fait, l'Europe s'accommodait fort bien de la présence ottomane à Constantinople, qui ne rompit pas les contacts commerciaux avec l'Inde où la Chine. Ceux ci s'effectuèrent simplement préférentiellement par l'Egypte des Mamelouks et la Mer Rouge jusqu'à la conquête de ces régions par les Turcs vers 1517.

Gênes avait de même beaucoup investit dès avant la prise de Constantinople dans la culture de la canne à sucre à Madère et aux Canaries et soutenait aussi des projets pour ouvrir de nouvelles routes de commerce vers l'Orient en contournant l'Afrique.

Les Portugais, bien évidemment peu menacés par les Ottomans, étaient le fer de lance de ces explorations. Dès 1445, ces derniers arrivent à hauteur de l'actuelle Sierra Leone, grâce notamment à un nouveau type de navire capable de voguer contre le vent : la caravelle.

Peu à peu, le centre de gravité de l'Europe se déplaçait des rivages de la Méditerranée vers les côtes atlantiques. L'empire byzantin, ou plutôt la ville qui le résumait, était devenu lointain et moins intéressant que par le passé....

 

IX) Questions

1) La ville aurait-elle pu tenir?

Cela peut sembler étonnant devant la disproportion des forces en présences, mais non seulement les défenseurs auraient pu repousser l'assaut du 29 mai 1453, mais ils auraient peut être même pu tenir plus longtemps encore, voire repousser Mehmet II!

Quand on regarde une ville fortifiée du Moyen-Âge (comme Carcassonne), on imagine qu'en cas d'attaque il y avait un défenseur armé jusqu'aux dents derrière chaque créneau : c'est une illusion!

Un soldat, surtout un professionnel de la guerre, revient très cher à l'époque. En plus, il ne faut pas oublier qu'il faut nourrir toutes les bouches se trouvant dans une place assiégée! Quand on étudie l'histoire des précédents sièges de la Constantinople, les défenseurs n'étaient guère plus nombreux. Même à sa grande époque, la ville "n'était" défendu que par des corps de la Garde Impériale (comme les fameux Varègues) et l'équivalent de "douaniers"!

Les défenseurs savaient en effet qu'un éventuel assiégeant ne lancerait pas un assaut général contre les murs, mais qu'il concentrerait ses efforts en un nombre limité de points. Il "suffisait" donc aux défenseurs de déterminer ces endroits pour s'y concentrer (portes, brèches, lieux où les fossés avaient été comblés) et tenter de repousser l'assaut. Précisons en plus que les remparts étaient aussi calculés dans leur tracé pour permettre aux défenseurs de se déplacer rapidement en sécurité et sans être observés par leurs adversaires.

Des historiens militaires ont critiqués l'option faite par les défenseurs de se concentrer sur le rempart extérieur, mais cette même décision s'était révélé fructueuse lors du siège de 1422.

 

2) L'artillerie ottomane est-elle le principal facteur de la chute de la cité?

De façon surprenante, alors que la prise de Constantinople est souvent considérée comme le symbole de la victoire du canon sur les remparts, la victoire Ottomane ne doit pas être attribuée à la seule artillerie! Comme cela a déjà été expliquée, la cadence de tir des bombardes (et non des canons qu'ils n'avaient pas) turques étaient insuffisantes pour véritablement emporter à elles seules.

Elles eurent par contre sur les défenseurs un fort impact moral et les épuisèrent physiquement en les forçant à travailler constamment pour combler les brèches ouvertes.

S'il y a eu un facteur essentiel du succès Turc, ce fut la persévérance et l'inventivité de Mehmet II, qui s'obstina à trouver le talon d'Achille de la défense contre l'avis de certains de ses conseillers qui doutaient du succès, en imposant des tactiques qui finirent par avoir raison des défenseurs.

 

3) Quelles pertes ont subies les assiégeants?

Le prix payé par les assiégeants pour la prise de Constantinople reste inconnu. Il ne faut pas trop se fier aux témoignages des contemporains qui évoquent "une mer couverte de cadavres turcs" ou "des fossés si remplis de corps  que les défenseurs devaient se munir de crochets pour les dégager du haut des remparts".

Par ailleurs, les sources turques mentionnent rarement les pertes consécutives aux attaques. On peut même dire qu'elles sont carrément muettes sur le sujet!

Cependant, on peut essayer de les déduire par raisonnement en additionnant plusieurs faits :

a) L'armée Ottomane était assez "en forme" pour lancer une expédition majeure contre Belgrade en 1456;

b) Mehmet II était assez intelligent pour ne pas envoyer ses soldats à la boucherie en s'obstinant en cas d'échec;

c) Les irréguliers turcs étaient fort logiquement envoyés en première vague dans les assauts et subissaient donc le plus lourd des pertes. Ils étaient de la "chair à canon" relativement facile à remplacer. Les corps "d'élites" (Janissaires et autres) étaient dans la mesure du possible "préservés"

d) Les assiégés ont eu au moins 4000 morts du fait des combats ou d'exécutions après la chute de la ville, étant entendu que l'on ne parle ici que des pertes des combattants seuls. Il est logique de supposer que les pertes des assiégeants aient été au moins égale.

e) Si l'on admet que l'armée Ottomane comptait en gros 80000 hommes avec les irréguliers et que sa force de frappe n'ait pas été entamée par le siège, on peut supposer que ses pertes n'ont pas excédé le dixième de ce chiffre.

En conclusion, une estimation de 8000 morts et blessés semble raisonnable.

 

4) Reste t-il des descendants des Paléologues?

Théoriquement, le dernier légitime prétendant au titre de Basileus, André Paléologue, fils du Despote de Morée Thomas Paléologue est décédé en 1502 en Italie.

Ceux de son frère Démétrios vécurent à Constantinople longtemps après la conquête ottomane, puisque des registres fiscaux recensent des "Comnenus bin Palaeologus" ou autres "Manuel Palaeologus" jusque tardivement dans le 16ème siècle. Plusieurs d'entre eux s'étaient convertis à l'Islam, soit par conviction, soit pour préserver leur statut social. Ils étaient collecteurs de taxes ou marchands. Leur trace se perd ensuite, mais il fort possible que d'ardents "Loups Gris" aient dans leur gênes quelque chose des Paléologues, comme d'autres de Tennessee!

Le Duché de Montferrat, dans le nord de l'Italie, se retrouva doté de souverains
Paléologues, convertis au Catholicisme. Cela se produisit suite au décès en 1305 de Jean Ier de Montferrat qui avait pour seul héritier son neveu Théodore Paléologue (1291?-1338), fils d'Andronic II Paléologue, Cette lignée allait exister jusqu'en 1533 avec la mort du dernier tenant du titre, Jean Georges Paléologue (1488-1533), sans héritier. Les Gonzague, famille régnante de Mantoue

Prince Vescovato

 qui était liée par les femmes aux Paléologues de Montferrat héritèrent du titre. Cette maison s'est éteinte en 1760, mais la famille Vescovato, qui existe encore, en est l'héritière. Le titulaire actuel du titre, le Prince Maurice Gonzague de Vescovato (1938-) "pourrait" donc prétendre au titre d'Empereur de Constantinople.

Anne de Bourbon ParmeMais il pourrait rencontrer de l'opposition, car une autre lignée peut prétendre au titre. Si Thomas Paléologue n'a laissé aucun héritier de sexe masculin, il a eut une fille dont la descendance donna la lignée ducale de Castriota de San Pietro di Galatina. Au début du 19ème siècle, une femme de cette famille, la Princesse d'Arenberg, épousa l'un des membres de la famille des Ducs de Bavière. L'actuelle descendante de cette lignée est la reine Anne de Roumanie (1923-), aussi connue sous le nom de Anne de Bourbon-Parme.

Il existe de par le net des prétendants déclarés au titre. Au mieux, ce sont des mythomanes plus ou moins sympathiques, au pire des escrocs.

 

Constantinople 1453, la vraie histoire : Arrière-plan et forces en présence

 

 



01/10/2013
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